Billet d’humour ou d’humeur : le sirop de la rue

J’ai repris un document capturé sur Internet que j’ai mis au goût de Montpellier et qui pourrait l’être pour toutes les villes françaises. Je pense qu’après l’année 2003 appelée année des handicapés et 2004 année de la nouvelle loi qui encadre la vie des handicapés, beaucoup reste à faire pour l’accessibilité dans nos villes, à mon avis nos politiques et les décideurs ne se sentent pas concernés par ce problème.
Bonne lecture

(Le sirop de la rue a parfois un goût amer !)

Comme tous les soirs, et comme tous les matins d’ailleurs, j’avais parcouru la centaine de mètres qui séparent l’arrêt de bus de mon domicile au beau milieu de la chaussée, vu que les trottoirs se prennent pour des parkings. Les automobilistes m’avaient klaxonnée un peu plus que d’habitude. Je ne répéterai pas tous les noms d’oiseaux dont ils m’avaient affublée au passage, sous couvert de l’impunité que leur confèrent leurs pare-brise.
J’étais donc particulièrement fatiguée et énervée, ce soir-là, en rentrant chez moi. Mais je voulais en avoir le cœur net, car je finissais par douter de mon vocabulaire. Finalement, grâce à ma loupe héritée de Sherlock Holmes, je finis par dénicher sa définition dans mon Petit Bob. J’appris ainsi, qu’au XVI.ème siècle, un trottoir est une « piste où l’on fait trotter les chevaux ». Puis à partir du XIX.ème, c’est « un chemin surélevé réservé à la circulation des piétons (le long d’une rue)».
Point n’est besoin de préciser que cette définition est devenue totalement obsolète de nos jours.
Notre charmeur national n’oserait certainement plus chanter « j’aime flâner sur les grands boulevards… », tant ils sont encombrés. Les trottoirs de Montpellier sont devenus en un temps record une accumulation anarchique d’une foison d’objets dont certains sont sensés aider à la circulation des piétons !
Je citerai tout d’abord un échantillonnage choisi, au hasard du bitume, dans l’incomparable collection de bites qui y fleurissent : il y a les sphérique genre ballon de foot, les cylindriques style colonnes de Buren et les cubiques en forme de cube, toutes en pur béton ; Puis, les basses façon bobines et les hautes façon quilles ou quouille, toutes en fonte inébranlable. On rencontre aussi les potelets (terme récemment entendu…), les barrières métalliques et les murets maçonnés, sans parler des chaînes couleur macadam. Tous ces objets, désignés par les technocrates sous le terme pompeux de mobilier urbain, sont destinés à empêcher le stationnement des voitures sur nos trottoirs. En fait, ils ne font que favoriser celui des motos et des vélos. Ensuite j’énumérerai, suivant la méthode chère à Prévert, les poubelles, les horodateurs, les cabines téléphoniques en verre (afin qu’elles se confondent au mieux avec l’environnement, m’a expliqué sans sourciller un urbaniste convaincu), les poteaux de tout acabit, les panneaux publicitaires ou de réglementation, les échafaudages et bouches d’égout béantes et non protégées, les jardinières et autres éléments décoratifs aussi inutiles qu’inesthétiques. Cette mini-liste n’est évidemment, et malheureusement, pas exhaustive ! Les empêcheurs de marcher droit ne manquent hélas pas d’imagination.
Je n’irai pas jusqu’à dénoncer (pourtant j’en meure d’envie) les bancs publics, les platanes, les kiosques de presse, ni les terrasses des cafés et les éventaires des magasins, qui grignotent chaque jour un peu plus l’espace piétonnier. Je sais que je risque de me faire étriper par les inconditionnels de la flânerie, – dont je suis, je l’avoue…. Finies les balades bras dessus, bras dessous ! Il n’y a plus de place pour deux sous le soleil de Montpellier.

L’encombrement des trottoirs n’est malheureusement pas proportionnel à leurs dimensions. Moins ils sont larges, plus le cheminement y est fastidieux et surtout périlleux. Ces deux qualificatifs se démultiplient automatiquement quand les piétons sont des personnes dites « à mobilité réduite », temporaire ou permanente, engendrée notamment par une difficulté visuelle, mais qui aiment, comme les autres, le sirop de la rue.
J’allais oublier de mentionner les incontournables crottes des toutous montpelliérains qui ont pour maîtres des gens supposés responsables. Par surcroît, ces bêtes innocentes trottinent au bout de laisses démesurément longues, si longues que je ne sais plus lesquelles des crottes ou des laisses sont les plus dangereuses, pour avoir goûté des deux à plusieurs reprises. Bien que basse, ma vue ne me permette pas, hélas, de voir le niveau du bitume ! …
On pourrait comparer les trottoirs à la forêt de la Belle au Bois Dormant mais avec la Belle en moins; sauf si cette dernière personnifie la volonté de chacun résolu coûte que coûte à se frayer un chemin.

Toujours est-il que circuler à pied dans les rues de cette belle ville de Montpellier est devenu un véritable parcours du combattant.
Normal somme toute, puisque la définition première de piéton est…fantassin !

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