lagrasse avril 2015

C’est le samedi 25 avril au petit matin, sous une pluie fine, que nous prenons la direction de l’Aude. La journée est organisée par l’association Rencontre, présidée par Rosmay Granel, nous sommes une trentaine de participants qui prenons place dans le bus de la Populaire drivé par Thierry. Le but de la journée, est la visite du village de Lagrasse dans l’Aude et de son abbaye.
 A partir d’Agde, la pluie cesse, et nous avons un timide soleil qui commence à poindre, nous faisons une petite halte sur l’aire d’autoroute de Narbonne, pour prendre un petit déjeuner. Nous quittons l’A9, nous voici sur l’A61, que nous quittons à Lézignan-Corbières, nous sommes dans le massif des Corbières, dont voici une présentation :
Les Corbières (las Corbièras en occitan, les Corberes en catalan) sont une région naturelle française du Languedoc-Roussillon.
 Région de moyenne montagne, aux terrains calcaires et schisteux, elle subit les influences du climat méditerranéen, ce qui en fait une région connue pour son vin (voir vin des Corbières) et son miel à base de romarin commercialisé sous le nom de Miel de Narbonne. 
Ce toponyme, Corbière, est utilisé en pays catalans pour désigner un grand nombre de massifs de basses altitudes (Corbera de Camprodon, Corbera del Llobregat, Puig Corbera, etc.) ainsi que pour nommer des localités (Corbera d’Ebre, Corbera, Rotglà i Corbera, Corbières). Cependant, le terme en français «massif des Corbières», utilisé sans autre précision, désigne le massif reliant la mer Méditerranée et les Pyrénées, s’étendant sur les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales.
 Les Corbières sont principalement situées dans le département de l’Aude mais aussi dans le département des Pyrénées-Orientales pour les Corbières catalanes. Le massif des Corbières est délimité par le fleuve Aude au nord et à l’ouest, par la mer Méditerranée à l’est et par le Fenouillèdes au sud. Au nord-est des Corbières se trouve la ville de Narbonne, au nord-ouest Carcassonne, au sud-ouest Axat et au sud-est Rivesaltes.
 Les Corbières s’étalent sur quatre arrondissements, Narbonne, Carcassonne et Limoux pour l’Aude ainsi que celui de Perpignan pour les Pyrénées-Orientales.
 Les reliefs des Corbières sont présents sur 17 cantons. 
Topographie avec 1231m d’altitude. Les autres sommets importants sont le Serre de Bec (1037m), mont Tauch (917m) et la montagne d’Alaric (600m).
 Au sud et à l’ouest, le relief s’élève de façon abrupte au-dessus de la haute vallée de l’Aude et du Fenouillèdes, ceci est du à la présence des Pyrénées dont les Corbières ne sont qu’un massif secondaire. À l’inverse, au nord et à l’est, le relief s’élève de façon plus régulière et douce parce que ces avants-monts sont les premiers contreforts des Pyrénées.
 C’est la raison pour laquelle le points culminant du massif, le pic de Bugarach, est situé au sud-ouest des Corbières.
 Au-dessus de la basse vallée de l’Aude, au nord du massif, les ruisseaux ont creusé des vallées larges qui se confondent avec les plaines de l’Aude.
 En allant vers le sud les vallées sont de plus en plus étroites et sinueuses ce qui explique que ces régions soient moins peuplées et moins cultivées. 
L’Orbieu, principal cours d’eau des Corbières, passe dans les gorges de l’Orbieu puis la vallée s’élargie après Camplong-d’Aude. 
Géologie 
lors du rapprochement de la plaque ibérique sur le continent européen. La région est géologiquement constituée d’un morceau de socle primaire constitué de calcaire et de schistes, du plateau de Mouthoumet et d’un pli pyrénéen, qui est le pic de Bugarach.
 Les Corbières sont surtout constituées de collines calcaires de 400m à 500m d’altitude environ à la végétation rare voire inexistante. Dans les parties les plus riches seulement, on cultive la vigne. Durant l’ère primaire, les Corbières étaient une pénéplaine calcaire et schisteuse. Plus tard, des sédiments se sont déposés et durant l’ère tertiaire, l’émergence des Pyrénées a provoqué un bousculement de la région.
 Les Corbières, que la dépression de la basse Aude sépare de la montagne Noire, forment la transition entre le Massif central et les Pyrénées. Leur originalité est surtout due à une grande variété de constitution géologique qui commande des contrastes de relief et de couleurs.
 Les mouvements du sol et l’érosion sont à l’origine d’un enchevêtrement de reliefs des plus curieux, d’où la région, malgré sa faible altitude d’ensemble, tire son aspect mouvementé, particulièrement net au voisinage du Fenouillèdes et dans les gorges de Galamus. 
Les Corbières sont délimitées à l’ouest et au nord par l’Aude et au sud par l’Agly qui passe dans les gorges de Galamus.
 L’Orbieu, rivière de 84,1km, prend sa source sur la commune de Fourtou et s’écoule vers le nord jusqu’à l’Aude au niveau de Saint-Nazaire-d’Aude.
 Il est notamment rejoint en rive droite par le Sou de Laroque et l’Aussou.
 Il forme des gorges sur la partie supérieure de son cours au niveau de Montjoi. L’Orbieu traverse notamment Lagrasse, Fabrezan et Ferrals-les-Corbières. 
Le Verdouble, rivière de 46,7km, prend sa source sur la commune de Cubières-sur-Cinoble et s’écoule vers l’est puis le sud jusqu’à l’Agly sur la commune d’Estagel.
 Le Verdouble passe à Tautavel.
 Le Lauquet, rivière de 36,6km, prend sa source sur la commune de Bouisse et s’écoule vers le nord-ouest à Couffoulens. Il traverse la commune de Caunette-sur-Lauquet, la moins peuplée du département ainsi que Saint-Hilaire, Leuc et Couffoulens. 
Climat, contrasté par de fortes chaleurs en été, généralement de 30 à 40°C sur de courtes périodes en même temps qu’un minimum pluviométrique, et d’abondantes précipitations en automne connues pour être dévastatrices comme celles de 1999. L’hiver est doux en raison de la proximité de la mer. 
Histoire trouvés en France proviennent de la grotte de la Caune de l’Arago avec notamment un crâne appartenant à l’homme de Tautavel daté de -450000 ans.
 Plusieurs sites mégalithiques sont présents dans les Corbières; exemple: la Table des Morts. 
Histoire, la zone est déjà fortifiée par les Wisigoths. C’est notamment le cas du site de Peyrepertuse. Si la Septimanie avait pour frontière provinciale les Pyrénées, l’ancienne province romaine puis wisigothe est divisée par Charles le Chauve, roi de France, en 865. Le Roussillon est rattaché à Barcelone, le nord de l’ancienne province garde Narbonne comme capitale.
 La délimitation est alors marquée par le massif des Corbières, et prolongée par les étangs de Salses.
 L’autonomie croissante et rapide des comtés de Roussillon, leur rattachement en 1180 à la couronne d’Aragon puis à celle d’Espagne jusqu’au XVII.me siècle fait des Corbières une frontière lourdement défendue. 
Catharisme et Languedoc. 
Le moindre point de passage du nord au sud est contrôlé par un ensemble de châteaux: Peyrepertuse, Quéribus, Puilaurens, Aguilar, Termes, etc.
 Les premiers maîtres connus sont les comtes du Roussillon suivis de la maison Trencavel. Le Languedoc, sous suzeraineté du royaume d’Aragon, passe sous le contrôle des rois de France lors de la croisade des Albigeois.
 Ceux-ci cherchent alors à se défendre de leur ennemi et développent encore les fortifications des Corbières. 
Renaissance forment une défense naturelle en eux-mêmes. La zone de passage entre les étangs et les Corbières est défendue par le château de Salses au sud, construit par les rois d’Espagne au XVI.me siècle, et le château de Leucate au nord.
 Le traité des Pyrénées (1659) met un terme à l’histoire militaire des Corbières.
Nous circulons sur une route départementale, où nous apercevons de la vigne à perte de vue, la route est sinueuse, nous gravissons de petites collines, c’est très vallonné. Nous traversons Fabrezan, Camplon d’Aude, Ribaute, en fond de vallon on découvre l’Orbieu qui s’écoule. Puis nous voici à Lagrasse, dont voici la présentation :
Lagrasse (en occitan La Grassa) est une commune française, située dans le département de l’Aude en région Languedoc-Roussillon.
 Le village est admis dans l’Association les plus beaux villages de France, depuis plus de dix ans. Il compte 586 habitants, il s’étend sur 32 kilomètres carrés et s’étale entre 86 et 582 mètres d’altitude. 
Géographie, au fond d’une vallée traversée par la rivière d’Orbieu. Cette région appelée Basses-Corbières est caractérisée par des collines couvertes de pins et de végétation méditerranéenne. Sur certains coteaux prospèrent des vignes produisant un vin régional. 
Histoire qui débute par l’installation, dans la vallée, de Nimfridius avec quelques compagnons. Ils construisent alors un monastère. Charlemagne, par une charte datée de 778, reconnaît la nouvelle fondation et Nimfridius prend la direction de la communauté. L’abbaye de Lagrasse deviendra plus tard l’une des plus importantes de France.
 À la Révolution, l’abbaye est séparée en deux lots vendus comme Bien national, dont Barthélemy Darnis achète alors une bonne partie. Victor Hannuic, agent général, fait détruire à cette époque-là toutes les statues de l’abbaye.
 Aujourd’hui, une partie de l’établissement est publique (Conseil général de l’Aude) et l’autre privée avec la présence de chanoines. Le village héberge de nombreux artistes et artisans d’art qui le font vivre et attirent de nombreux visiteurs.
 Lagrasse fut, de 1790 à 1800, chef-lieu de district. 
Lieux et monuments: remparts (comme la porte de l’Eau), ruelles étroites, marché couvert, etc. 
L’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse située sur la rive de l’Orbieu faisant face au village. Le Pont-Vieux datant de 1303 puis remanié aux XVII.me et XIX.mesiècles. L’église Saint-Michel, de style gothique. Les ruines du prieuré Saint-Michel de Nahuze sur les flancs de la montagne d’Alaric, La chapelle Notre-Dame du Carla. La halle du XIV.me siècle, Le Camping municipal dominant le village. Le Pont-Vieux, la tour de l’abbaye et la rivière l’Orbieu.
Nous faisons connaissance de Nathalie, qui sera notre guide pour la matinée, elle prend place dans le bus, nous sommes sur le boulevard de la promenade, il longe les anciens remparts de Lagrasse. La ville a été fortifiée au XIV.me siècle, sur la gauche on découvre un reste de rempart, qui date donc, de la guerre de cent ans. Nous passons devant l’hostellerie des Corbières, où nous déjeunerons ce midi. Tout comme son abbaye, certaines maisons du village sont en restauration. Nous avons une vue panoramique, sur le pont Vieux de Lagrasse, sous lequel passe l’Orbieu. Nous pouvons aussi admirer, la tour clocher, de l’ancienne abbaye de Lagrasse.
Nous descendons du bus, nous empruntons une petite route qui conduit à l’abbaye, sur notre gauche, s’écoule l’Orbieu, au bord de laquelle ce sont établis le village et son abbaye. Ils se font face, pour les relier, on a construit un pont sur la rivière, le pont vieux, il est en pierre à dos d’âne. Il était autrefois, lieu de péage, où les marchands qui venaient de Carcassonne ou de Narbonne, devaient s’acquitter d’une taxe, pour franchir l’Orbieu, seul la bastide de lagrasse avait un pont sur l’Orbieu, qui était donc un point stratégique de la région.
 La base du commerce était l’élevage, dont la viande, et la laine où les drapiers de la région venaient s’y approvisionner. Tout autour de nous, nous avons des reliefs, qui ceinturent le val d’Orbieu, ce nom a pour étymologie l’olivier et non pas l’or. Nous parcourons une petite route, sur notre gauche l’Orbieu, et sur notre droite une falaise qui nous domine d’une dizaine de mètres de hauteur. 
Nous arrivons sur le site de l’abbaye de Lagrasse, nous empruntons une allée gravillonnée, elle est bordée d’arbres, le site de l’abbaye a été divisé en 2 parties, lors de sa vente après la révolution, où 2 propriétaires ont acheté l’ancienne abbaye, et pour délimiter leur nouvelle propriété, ils ont construit un mur de 4 mètres de haut, pour séparer les 2 lots. Ce matin, nous allons visiter la partie publique, qui est aujourd’hui propriété du conseil départemental de l’Aude. Voici, la présentation de l’abbaye de Lagrasse :
L’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse est une abbaye située dans la commune de Lagrasse dans le département de l’Aude en région Languedoc-Roussillon. 
Monastère bénédictin du VIII.me siècle à la Révolution, l’abbaye est rendue à la vie monastique en 2004 lors de son rachat par la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu. L’abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 23 juillet 1923.
 Le monastère primitif, fondé à une date inconnue, est reconstruit par l’abbé Nimphibius en 779 en un lieu nommé alors «Novalius». La nouvelle abbaye reçoit la protection de Charlemagne à partir de cette date. Son allégeance jouera un grand rôle dans le rayonnement temporel et spirituel de l’abbaye au cours du IX.me siècle au XI.me siècle. Ses possessions s’étendent de l’Albigeois jusqu’à Saragosse. Le texte de la charte de fondation daté du 19 janvier 779 est conservé aux archives départementales de l’Aude. Un manuscrit intitulé «La légende de Philomena» de la première moitié du XIII.me siècle, dont deux exemplaires en latin et deux en langue d’oc existent encore aujourd’hui, décrit la fondation du monastère, les miracles et la consécration miraculeuse de l’église.
 Au cours des XII.me et XIII.me siècles, pendant la répression contre les Cathares, les abbés de Sainte-Marie ont un rôle d’apaisement. C’est grâce à eux que les cités de Béziers et de Carcassonne retrouvent la paix avec le roi et l’Église. Saint Louis leur en sera reconnaissant.
 À partir du XIII.me siècle jusqu’au XV.me siècle, l’abbaye connaît une période de déclin à cause de son excès de richesse puis de la guerre de Cent Ans. 
Une première réforme spirituelle est alors introduite au XIII.me siècle par l’abbé Auger de Gogenx. L’église abbatiale actuelle est profondément remaniée et transformée pour se protéger des pillards et des attaques venus de l’extérieur. 
Des fortifications sont bâties au XIV.me siècle. 
Au XVI.me siècle, le premier abbé commendataire, Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix, entreprend la construction d’un grand clocher qui restera inachevé à sa mort en 1537. Au XVII.me siècle, la vie religieuse refleurit dans sa ferveur avec l’introduction à Lagrasse de la réforme de Saint-Maur en 1663.
 Puis, au XVIII.me siècle, l’évêque de Carcassonne, Armand Bazin de Bezons, devient abbé de Lagrasse. Sous son impulsion les monuments monastiques sont rénovés et enrichis d’une cour d’honneur, d’un bâtiment conventuel et d’un cloître de style classique dans un beau grès ocre flammé. Ce chantier offre à Lagrasse l’originalité d’être aujourd’hui une des rares abbayes de la région juxtaposant harmonieusement des parties médiévales et classiques.
 À la veille de la Révolution, l’abbaye jouit des services d’un organiste et d’un serpent chargé d’accompagner le plain-chant des moines.
 En 1792, malgré l’opposition des Lagrassiens, l’État s’empare des bâtiments et les moines sont chassés. Mais cette action engendre une dégradation de l’abbaye. L’édifice est pillé et puis vendu en deux lots séparés. Ces lots sont achetés par la famille Berlioz pour la petite partie, et la famille Sarrail et Gout de Bize pour la grande partie. Cette séparation subsiste encore de nos jours. 
La grande partie
Après avoir servi d’hôpital militaire puis de caserne de gendarmes jusqu’en 1880, quatre religieuses de la congrégation des filles de Notre-Dame des Sept Douleurs s’installent dans la plus grande partie de l’abbaye.
 Après deux ans de travaux, une maison de retraite y fut inaugurée en 1896 et parallèlement une cérémonie marqua la réouverture au culte de l’Église en présence de l’évêque de Carcassonne, MgrBillard. Faute de vocations, l’hospice des religieuses à Lagrasse ferme en 1976. 
En 1979, la Communauté de la Théophanie rachète la grande partie. Elle réalise d’importants travaux d’aménagement pour loger la communauté. L’association sera finalement dissoute en 1991 et l’abbaye mise en vente. 
Après quelques années d’abandon, la famille Pregizer rachète les bâtiments en 1995 et entreprend, sous la direction des monuments historiques, d’importants travaux de réhabilitation. Toutes les cloisons érigées au fil des siècles sont abattues et laissent à nouveau réapparaître la splendide architecture d’origine au sein du palais abbatial. Parallèlement, l’étude préalable réalisée avec la DRAC, est l’occasion d’un travail de relevé sans précédent qui permet d’examiner pour la première fois la vue d’ensemble du monument et pose les bases d’un plan de restauration. Afin de ramener l’abbaye à sa fonction d’origine, la famille Pregizer décide de vendre le bâtiment à une communauté de chanoines sous la règle de saint Augustin.
 En 2004, cette communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu acquiert les bâtiments avec le soutien de Monseigneur Jacques Despierre, alors évêque de Carcassonne. 
En 2014, l’abbaye remporte le «grand trophée de la plus belle restauration», organisé par Propriétés de France, Le Figaro Magazine, la Fondation pour les monuments historiques et La Demeure historique pour la restauration du cloître. 
La petite partie
Il s’agit de la partie médiévale en cours de restauration. L’orphelinat des œuvres sociales des Médaillés militaires occupe cette partie de l’édifice, depuis le début du XX.me siècle. La mairie de Lagrasse l’acquiert en 1981. 
Depuis 2004 elle est propriété du conseil départemental de l’Aude qui permet sa visite depuis 2007. 
La matinée est consacrée à la visite de la partie public de l’abbaye, qui est en restauration, elle est propriété départemental de l’Aude, dont la collectivité territorialle a investi 5 millions d’euros. Pour redonner l’éclat, à la partie qui a été réalisée à partir du XIII.me siècle, ce que l’on appelle le logis abbatial et sa cour.
 L’allée gravillonnée parcourue, nous voici dans la cour, au centre de laquelle trône un magnifique cèdre du Liban. La cour est entourée de bâtiments, lesquels possèdent des portiques ou galeries, ce qui permet de circuler à l’abri, ce n’est pas un cloître, que nous découvrirons cet après-midi. 
La cour est en terre battue, au centre de laquelle est dessiné un passage en pierre, une sorte de rue. C’est ce que l’on appelle, le pas de l’abbé. L’abbé foulait ce chemin tracé, dont le symbole était de montrer la voie. L’abbé était le père des moines, en bon père, il était devin, il devait, donc, montrer le chemin. 
Nous pouvons faire le lien avec l’abbaye de Saint-Guilhem le désert, qui était aussi une abbaye bénédictine. Celui qui a impulsé l’ordre bénédictin, était Saint-Benoit d’Aniane. C’est le moine, qui a fait appliquer, la règle de Saint-Benoit de Nurcie en Italie, et qu’il a développé sur toute l’Europe. Saint-Benoit d’Aniane, était contemporain à Charlemagne. Le lien peut donc être établie, entre les abbayes d’Aniane, de Saint-Guilhem le désert, Fontfroide et Saint-Hilaire où l’on aurait inventé la méthode champenoise. Charlemagne pour étendre son empire, a décidé d’implanter des abbayes, à des endroits stratégiques, qui devenaient des représentations, du pouvoir de Charlemagne. L’abbaye de Lagrasse, est un des territoires reconquis par Charlemagne aux musulmans, dont l’œuvre avait été entreprise par son père, Pépin le bref. 
Nous profitons des portiques ou galeries, pour contourner le logis de l’abbé, afin d’accéder à l’intérieur des bâtiments conventuels. 
Nous pénétrons dans le réfectoire, c’est une vaste salle de près de 400 mètres carrés, dont la voûte est en pierre, qui est soutenue par de magnifiques croisées d’ogives.
 Ces abbayes étaient considérées, comme des Jérusalem célestes. Les moines ne pouvaient donc pas, sortir de l’enclos monastique. On devait par conséquence, y trouver tout le nécessaire à l’intérieur, pour pouvoir y vivre en retrait du monde extérieur. Ce réfectoire a été construit, à l’époque où l’abbaye, comptait beaucoup de moines, une centaine, au XIII.me siècle. Ensuite le nombre de moines bénédictins a décliné, la plupart ont été attiré par la réforme cistercienne, qui était toujours gérée par la règle de Saint-Benoit, mais que l’on avait quelque peu modernisée. A cette époque on a aussi développé, les ordres mendiants, comme les frères dominicains, augustins ou franciscains, qui vivaient dans les villes, au contact de la population, ils ne voulaient plus vivre retirés dans les villages, où ils étaient isolés du monde extérieur. A la révolution française, l’abbaye de Lagrasse ne comptait plus que 15 moines. L’abbaye était une seigneurie, l’abbé en était le seigneur, il régnait sur 91 villages, ce qui donnait à Lagrasse de vastes territoires, ce qui en faisait sa puissance. Le rayonnement spirituel était également important, Lagrasse est situé sur la route dite des abbayes, nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Fontfroide par exemple. 
Nous nous dirigeons vers la boulangerie, C’est une salle de 70 mètres carrés, elle possède une voûte simple en pierre, on y découvre une immense cheminée ou four qui a partiellement été fermée. La salle est ajourée par de petites ouvertures, meurtrières ou archères, comme son nom l’indique, elles avaient aussi un rôle défensif. Il fallait aussi préserver la richesse, qui était contenue dans ces abbayes ou seigneuries. Devant le four on y aperçoit une rigole qui a été creusée, il y circulait de l’eau captée dans l’Orbieu, et qui par un canal permettait d’irriguer les jardins de l’abbaye. Le canal rentrait aussi à l’intérieur de l’abbaye, où par une petite canalisation ou rigole, l’eau était dirigée devant le four cheminée, où par son passage, elle était quelque peu réchauffée, ce qui permettait de tempérer quelque peu le réfectoire, qui possédait aussi sa rigole, dite d’eau chaude. Les moines ne respectaient guère, la règle de Saint-Benoit, de temps à autre, un abbé réformateur était envoyé à l’abbaye, afin de remettre de l’ordre au sein des abbayes, où l’orgie et la débauche étaient légion. Au cours de toute son existence, l’abbaye de Lagrasse, a connu 60 pères abbés. La règle de Saint-Benoit voulait que les moines mangent peu, le jeun et la frugalité, étaient nécessaires, car ils devaient permettre de s’élever au plus près de dieu. Les moines étaient si riches, qu’ils faisaient bonne chair, la nourriture leur était offerte en abondance, et le vin coulait à volonté, et l’élévation au ciel était quelque peu oubliée. 
Nous quittons la boulangerie, nous ressortons dans la cour, nous sommes toujours protégés par les portiques, sous lesquels nous empruntons un escalier, qui va nous conduire à l’étage. Il possède aussi des portiques ou galeries, sous lesquels, une porte permet d’accéder au dortoir des moines. C’est une immense sale, de 495 mètres carrés, elle est arborée de magnifiques colonnes en pierre sculptée, qui soutiennent une splendide charpente en bois. La salle est ajourée de vastes ouvertures, Nous sommes au-dessus du réfectoire et de la boulangerie. La charpente a été refaite plusieurs fois, un des propriétaires après la révolution, avait même eu la malencontreuse idée, de déposer le toit du dortoir, afin de payer moins d’impôt foncier. Ce qui a eu pour effet, de détériorer quelque peu les murs intérieurs du dortoir et d’endommager le sol constitué de tomettes. Il était plus que temps, qu’un chantier de restauration soit entrepris pour sauvegarder ce merveilleux patrimoine architectural. Les 15 ouvertures actuelles ont été agrandies, car à l’initiative, elles étaient beaucoup plus réduites, car elles avaient un rôle défensif. De magnifiques peintures ont été mises à jour, elles datent du XIII.me siècle, lors des travaux de restauration en cours, dans la chapelle privée de l’abbé, qui n’est pas ouverte à la visite à ce jour. Dans ce dortoir on dormait donc tous ensemble, comme au quotidien, on formait des couples, constitué d’un frère majeur et d’un frère mineur ou novice. Les premiers moines de l’abbaye étaient des seigneurs de bonne famille, ils faisaient vœu de pauvreté, c’était plus officiel que réel. Dans la noblesse, dans chaque famille, il y avait le combattant et un autre était le religieux, il ne fallait pas mettre tous les œufs dans le même panier. Ce qui signifie, que dès son entrée à l’abbaye, les moines nobles, apportaient en dotation, des terres qui venaient Amplifier le foncier déjà très important de l’abbaye. 
Nous ressortons du dortoir, nous parcourons la galerie supérieure, où nous pouvons admirer le splendide cèdre du Liban, qui se dresse dans la cour. Nous profitons de dominer l’ensemble des bâtiments conventuels, pour découvrir les différences d’architecture qui s’offre à nous. On y voit des ouvertures archères, canonnières, trilobées et gothiques, nous sommes devant un mélange de roman et de gothique. Les parties hautes des fenêtres sont en trilobé, des chapiteaux soutiennent les arcs, ils sont sculptés de feuilles de chêne. Sur les façades, on peut y remarquer aussi des parties peintes, de ton orange ou bleu, car autrefois on ne voyait jamais la pierre nue, les murs extérieurs et intérieurs étaient peints. Au-dessus d’une fenêtre, on distingue, le blason d’Augé de Gogenx, c’est un des abbés des plus connus de l’abbaye. C’est lui qui a décidé de faire agrandir l’abbaye, à la fin du XIII.me siècle, en faisant construire ces bâtiments conventuels avec un logis privé pour sa personne. 
Nous pénétrons dans la salle, du maître de Cabestani, les moines étaient des bâtisseurs, ils faisaient donc venir des artistes pour édifier leur abbaye. Ils suivaient la mode, on détruisait donc les édifices à chaque fois que l’architecture changeait, le roman, le gothique, le baroque puis le classique. Ce sont surtout les cloîtres qui subissaient les destructions et reconstruction, suivant l’ère de l’art, pour rester contemporains. On gardait certains éléments pour immortaliser l’évolution de l’édifice, ce sont des fragments récupérés sur le site, qui sont exposés dans cette salle. On y dénombre des restes de piliers du cloître, de style roman et gothique, des restes du portail roman etc. Le maître de Cabestani, n’est pas son nom, qui est inconnu, mais c’est à Cabestani, près de Perpignan, que l’on a découvert le plus de ses œuvres. Le maître de Cabestanie, était un maître maçon, qui se déplaçait avec son atelier, en Italie en Catalogne et en France. Par conséquence, il s’arrêtait dans les abbayes, pour réaliser des sculptures. Dans la salle du maître de Cabestani, on y découvre de nombreux claveaux (ARCHI Pierre taillée en forme de coin, élément de l’appareil d’un arc, d’une voûte (, ils sont sculptés, on y retrouve des représentations de visages, de saints, de fleurs, de fruits et de bestiaire. Le maître de Cabestani avait une signature, ses visages avaient des formes allongées, fines et très douces. Il donnait aussi à ses personnages des mains très allongées, car pour lui elles sont très spirituelles, ce sont par elles que passait le divin et que l’on bénissait, les mains avaient pour Cabestani un réel pouvoir. 
Notre découverte des bâtiments conventuels se termine, nous quittons l’abbaye, pour rejoindre le village, pour ce faire nous passons sur le pont Vieux, pour franchir l’Orbieu, qui sépare l’abbaye du village actuel. Nous arrivons à un croisement de 3 ruelles, dont la ruelle Cancan, et la ruelle des Tineries. Dans cette dernière, se trouvaient en bordure de l’Orbieu, les tanneurs, les lavandières et les teinturiers. Les ruelles sont pavées de galets, le village était dédié aux tisserands en particulier. L’abbaye de Lagrasse, tirait une partie de ses revenus, de la fabrication de draps. Les tanneurs n’étaient pas en reste, et les bouchers possédaient une partie du monopole économique de Lagrasse. Chaque corporation avait son quartier, nous passons dans la ruelle des 2 ponts, qui nous conduit sur la place de la halle, où y est installée le marché hebdomadaire. La halle est érigée au centre de la place, elle date du XIV.me siècle, sa charpente est majestueuse. Nous continuons à circuler dans de toutes petites ruelles, à droite se trouvent des façades de maisons, et à gauche d’autres façades de maisons, derrières lesquelles, il y a de petites cours intérieures. 
Auparavant le village se trouvait près de l’abbaye, c’est à partir du XII.me siècle, que l’on a décidé de l’établir, sur l’autre rive de l’Orbieu. Nous déambulons dans l’ancien quartier des bouchers, nous sommes dans la rue des Mazets, puis dans la rue de la Bouquerie. Nous faisons une halte devant une maison à colombage, elle date de la fin du XV.me siècle, entre les poutres on peut y distinguer des dessins en peinture. Nous passons devant des maisons parfaitement restaurées, certaines ont leurs murs recouverts de glycine. 
Nous voici devant la maison du patrimoine de Lagrasse, L’arc ou claveau au-dessus de la porte, est sculpté, nous entrons dans un ancien presbytère, une sacristie où l’on entreposait les objets nécessaires au culte. La maison du patrimoine se caractérise par ses plafonds peints, entre les poutres, on peut y distinguer des dessins. Ils ont été noircis volontairement, par les religieux, au moment où ils ont récupéré cette maison. Car l’ancien propriétaire, y avait fait dessiner des scènes quelque peu cocasses, que les religieux n’appréciaient pas du tout. Une des salles de la maison du patrimoine, nous propose des vitrines où sont représentés des closoirs. Ils datent du XVI.me siècle, ils ont été récupérés dans une maison située près de la halle de Lagrasse, et la mairie a fait valoir son droit de préemption pour les acquérir. Une autre salle est arborée, de restes de plafonds peints de dessins récupérés, lors de la rénovation d’une maison à Montpellier, qui appartenait à la famille de Carcassonne. La dernière salle, met en lumière des restes de plafonds peints du XIII.me siècle, également récupérés dans une maison de Lagrasse. Les dessins représentent des blasons qui nous rapporte à la croisade, contre les cathares, comme celui de Simon de Montfort, des comtes de Toulouse et des rois d’Aragon. Les plafonds de la maison du patrimoine, sont à caissons, à l’intérieur desquels on retrouve des représentations, que l’on appelle des closoirs. 
Midi sonne au clocher de Lagrasse, il est temps de se diriger, vers l’hostellerie des Corbières, où nous allons déjeuner.
 Après un bon repas, nous allons visiter, un musée original, toujours à Lagrasse, intitulé 1900. Il fait l’éloge du début du XX.me siècle, c’est le résultat d’une collection privé, qui est aujourd’hui ouverte au public. Nous sommes tout d’abord conviés à un petit film, qui se décompose en 4 parties, les 4 saisons, avec la description des travaux agricoles affairant à chaque saison dans les années 1900. Ensuite, nous nous installons dans une autre salle, où on nous munit d’un casque sur les oreilles, pour nous faire ressentir le trajet et les commentaires du tramway qui reliait au début du siècle dernier, Lézignan-Corbières à saint-pierre des champs. Les fauteuils dans lesquels nous sommes assis, trépident comme si nous étions à bord d’un wagon du tramway d’antan. On essuie même de petits courant d’air, quand des voyageurs ouvrent les vitres, et des gouttelettes d’eau, quand un orage s’abat lorsque les vitres du wagon sont ouvertes.
 Ensuite au rez-de-chaussée, on nous fait l’article, sur les produits proposés à la vente à base de la vigne et des produits locaux. Puis nous circulons dans un dédalle de vitrines, où nous découvrons, 40 ans de chigne sur toute la région. On y rencontre, les anciens emballages de produits alimentaires, des anciens ustensiles de cuisine, des chapeaux, de l’horlogerie, de la lunetterie, de la maroquinerie, des outils de menuisier et d’ébéniste, un ensemble d’un ancien salon de coiffure, de la bijouterie, des poupées en tout genre, un appareil photo et son légendaire soufflet et un magnifique pigeonnier œuvre d’un tailleur de pierre. Il est aussi exposé, la tenue officielle d’une préfète du début du XX.me siècle. 
Ensuite, nous passons dans l’atelier où l’on fabrique les produits proposés à la vente, dont la vinaigrerie et ses bonbonnes en verre. Enfin, nous prenons place, le long d’un bar, où l’on nous invite à déguster les produits, dont la carta gène, en guise de digestif.
 C’est sous un soleil radieux, que nous remontons dans le bus, nous reprenons la direction de l’abbaye de Lagrasse, pour aller découvrir sa partie privée, occupée par 36 chanoines aujourd’hui, dont voici la présentation :
La communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu a été fondée par le père Wladimir, premier père abbé de la communauté, à Gap. En 2004, elle déménage vers Lagrasse. Le 3 novembre 2006 le second abbé de la communauté, le père Emmanuel Marie de Saint-Jean, 60e abbé de l’abbaye de Lagrasse, a reçu des mains de MgrAndré Fort, évêque d’Orléans, les insignes de sa charge: la Crosse, la Mitre et l’Anneau.
 Au sein de l’abbaye vit donc la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu. Ce sont des religieux, en majorité prêtres, vivant en communauté sous la règle de saint Augustin, attachés à un monastère ou à une église.
 Ces prêtres vouent leur vie à la liturgie et à l’apostolat. Cela donne donc un triptyque: vie commune, vie contemplative et vie apostolique.
 Ces hommes vivent intégralement la réalité de la consécration communautaire et personnelle à la Vierge Marie. La vie d’un chanoine de l’abbaye se déroule alors autour de la liturgie, la contemplation, l’apostolat et les études diverses. Les chants, les prières et les messes font partie de leur vie quotidienne. 
Les travaux de rénovation de l’abbaye ayant un coût très élevé, une jeune compositrice, Jeanne Barbey, décide de leur venir en aide en écrivant un «Te Deum». Cette œuvre, jouée pour la première fois le 15 janvier 2006 en l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile de Paris devant plus de 1500 personnes, connaît un grand succès, et contribue ainsi à développer le rayonnement de l’abbaye en France.
Dès notre arrivée à l’abbaye, nous sommes accueillis par un jeune chanoine, qui va nous faire découvrir son lieu de vie. 
Tout d’abord, notre hôte, nous remémore l’historique de l’abbaye que nous avons déjà abordé ce matin. 
Les abbés ont eu beaucoup de mal de se relever de la guerre de 100 ans, des abbés commanditaires mis en place par le traité de Bologne entre François premier et le pape de l’époque, puis est intervenue la réforme et la guerre des religions. C’est le temps des mauristes, saint-Maur était lorrain, il était un des disciples de saint-Benoit et un de ses préférés, Saint-Benoit est mort en 547, qui fut le fondateur des bénédictins. Les mauristes se sont nommés ainsi, parce que Saint-Maur a introduit en Gaule la règle de Saint-Benoit. Ces mauristes ou conversion, a eu lieu en 1618 en Lorraine, qui à l’époque n’était pas rattachée au royaume de France. Louis XIII, introduit cette réforme bénédictine, il les installe à Saint-Germain des près. Sous Louis XIV, par décision royale, en accord avec le cardinal de la Roche Foucault, la réforme est imposée à tout l’ordre bénédictin. 200 abbés seront concernés, certaines abbayes se réforment d’elles même, et d’autres ne l’accepteront pas, d’où la décision royale d’imposer les mauristes. Qui sont-ils, la devise de saint-Benoit est la prière et le travail manuel, les mauristes vont plutôt assister sur la dimension intellectuelle. Les mauristes sont des rats de bibliothèque, des chercheurs, des encyclopédistes, des historiens et des patrologues. Ils vont traduire les premiers écrits de l’église, dont Saint-Jérome et saint-Augustin. Ce sont aussi les pères de la critique historique, de l’église et de l’histoire. Les plus grands mauristes sont don Mabillon, don Bernard de Montfaucon, don de Vicq et don Vessette qui ont écrit une histoire monumentale du Languedoc Roussillon. C’est de cette époque, que provient l’expression, travail de bénédictin. Les mauristes arrivent à l’abbaye de Lagrasse en 1662, ça se passe très mal, car certains moines à Lagrasse acceptaient la réforme et d’autres la refusaient. Les mauristes ont aussi manqué de tact, de finesse et de délicatesse, ils ont été chassés. Ils sont revenus avec l’armée, pendant un certain temps il a fallu cohabiter, entre les pour et les contres de la réforme imposée. C’est pour cela que les bâtiments qui nous entourent ont été construits assez tardivement, ils sont l’œuvre de l’abbé commendataire Armand Bazin de Bezons, s’est intéressé à son abbaye, en la restaurant, en construisant de nouveaux bâtiments que nous pouvons voir aujourd’hui. Les chantiers ont débuté en 1740, pour s’achever en 1779, soit 10 ans avant la révolution. En 1792, les moines sont chassés, et en 1794, l’abbaye devient un hôpital militaire des troupes de Napoléon qui guerroient en Espagne. Et en 1796, l’abbaye est scindée en 2 lots, aujourd’hui public et privé. La vie religieuse reviendra à l’abbaye de Lagrasse, en 1896, ce sont les religieuses des filles de notre dame des 7 douleurs de Tarbes, qui y installeront un hospice. C’est pour cela, que dans le parc, il y a un cimetière, où sont enterrés les aumôniers, les religieuses et les pensionnaires de l’hospice des personnes âgées. L’hospice a cessé en 1970, ensuite il y a eu plusieurs propriétaires, et les chanoines sont arrivés à l’abbaye de Lagrasse en 2004.
 Nous sommes dans la cour des services, où l’on ne distingue aucune distinction religieuse. Nous sommes dans une zone tampon, entre le monde et la clôture réelle de l’abbaye. Les bénédictins sont des cloîtrés, ils sont enfermés toute leur vie, sauf pour aller chez le médecin ou pour aller faire des courses. Nous sommes donc au milieu des bâtiments qui contenaient les écuries, les ateliers, l’hostellerie et les magasins pour entreposer par exemple les fourrages. La cour d’honneur possède moins d’ouvertures, mais elles sont plus vastes. Les façades arborent des motifs fleuris, l’ensemble est assez austère, c’est rigide, il n’y a pas de balcon. L’austérité est tempéré par la douceur de la pierre, c’est du grés flâné, ocre veiné de rouge et de brun. Ce qui signifie, que quand le soleil se réfléchit dessus ça devient très lumineux et chaud. L’architecture mauriste, est très aérée, on y respire à volonté, les ouvertures sont immenses, ce qui fait que les pièces sont parfaitement éclairées. Les voûtes dans les cellules ou les galeries sont à 6 mètres de haut. On ne se marche donc pas sur les pieds, dans les parties communes, c’est très important psychologiquement quand on doit rester enfermé toute sa vie, dans le même lieu. 
Nous quittons la cour d’honneur, pour aller dans le cloître, il est d’architecture mauriste, de style classique. Le cloître a été restauré en 2008, en le restaurant, on a mis à jour, 2 entrées romanes, et une entrée gothique avec les armes de l’abbé augé de Gogenx. Ce qui signifie qu’il y a eu 3 cloîtres successifs, au cours des treize siècles d’existence de l’abbaye de Lagrasse. Le roman a été détruit en 1282, par Augé de Gogenx, qui en a reconstruit un nouveau. Et en 1760, les mauristes en ont construit un troisième. Avant le XI.me siècle, les cloîtres étaient plutôt rares, car la configuration des abbayes ressemblaient plutôt à un village. Les bâtiments étaient reliés entre eux, par des galeries en bois, c’est pour cela qu’il ne reste plus de vestiges de cette époque. Le cloître est une cour carrée, entourée de 4 galeries, autour desquelles se distribuent ou se répartit la vie religieuse. C’est le modèle des villas romaines, le cloître est un espace utilitaire, il permet de circuler à l’abri des intempéries, pour rejoindre les différentes parties, que sont l’église, le réfectoire, le scriptorium, la salle de chapitre et le dortoir dans certains cas. Le cloître est un espace sacré, c’est un lieu de silence et de méditation et parfois de procession même publique. C’est le lieu où on peut réciter l’office et lire. Mais au moyen âge, le cloître était un espace de convivialité, dans une galerie il pouvait y avoir une répétition de chant, dans une autre un cours de théologie, dans une troisième un entretien spirituel, tout pouvait alors se mélanger. Aujourd’hui le cloître, est plutôt considéré comme un lieu de recueillement, pour dire que tout peut évoluer, même en religion. Le cloître est un lieu symbolique, la source de lumière c’est le ciel, le ciel est apparenté au christ, qui est notre lumière spirituelle. Le ciel est aussi la patrie, vers qui nous tendons. Au centre, du superbe jardin du cloître, il y a un magnifique bassin, l’eau peut aussi représenter le christ, la source des eaux vives. Le christ est le seul capable d’étancher nos soifs, nos désirs et nos aspirations intérieures. Le bassin est aussi un miroir, il nous dit ce que doit être la vie religieuse, un reflet de l’amour de dieu pour les hommes, et un reflet des réalités célestes. Le bassin est au cœur d’un jardin, c’est le jardin d’éden, c’est lorsque dieu et l’homme conversait, mais c’est aussi le lieu où poussent les mauvaises herbes et les ronces. C’est le jardin de nos âmes, qu’il faut désherber. Pour chasser toutes les zones tortueuses de nos vies. Les 4 galeries sont un lieu de passage, qui peut être ininterrompu, mais on y a installé des tombes, pour signifier qu’un jour la vie s’arrête. On se faisait enterrer dans les églises ou les cloîtres, pour se rappeler à notre bon souvenir. C’est l’ordre de Cluny, qui a diffusé la dévotion, à la prière pour les défunts, afin de libérer leurs âmes. 
Nous parcourons les galeries, pour nous rendre à la salle capitulaire. Notre fervent chanoine, nous détaille l’organisation et la hiérarchie intérieure d’une abbaye. 
Ce sont les capitulants qui choisissent l’abbé et les conseillers, comme le cuisinier ou le sacristain. Rome envoie tous les 4 ou 5 ans, des visiteurs qui viennent contrôler le fonctionnement de l’abbaye, ils établissent un audit, pour savoir l’état financier du site et si l’épanouissement spirituel des religieux est correctement respecté. La salle capitulaire est l’endroit, où tous les moines se réunissent quotidiennement, pour lire un article de la règle de Saint -Benoit, mais à Lagrasse, ce sont des chanoines qui y sont implantés, ils lisent donc chaque jour, un article de la règle de Saint-augustin. La salle capitulaire est aussi le lieu, où se prennent toutes les décisions pour la vie matérielle de l’abbaye. C’est aussi dans la salle capitulaire, que l’on vote pour l’admission des candidats ou postulants à vouloir faire vœu. 
Nous quittons le cloître qui baigne au soleil, pour pénétrer dans l’église, c’est le lieu, où les chanoines se rendent 7 fois par jour. Pour chanter les louanges au seigneur, et pour assister à la messe conventuelle. C’est ici, le poumon de la vie religieuse des chanoines, L’église est du XIII.me siècle, elle a été construite sous Augé de Gogenx, nous sommes à l’époque de la construction des grandes cathédrales. C’est l’apparition des vitraux, ici, nous sommes dans un ensemble massif. Les murs font 2 mètres d’épaisseur, le plafond culmine à 18 mètres, les ouvertures sont assez petites, ce qui donne une atmosphère de recueillement. L’église est peu éclairée, les moines sont les seuls fidèles de leur église, il faut vivre en toute solitude entre toute la communauté religieuse. Au cours des 3 premiers siècles du christianisme, les chrétiens ont été persécutés. C’est l’empereur Constantin, en 313, qui va reconnaître la religion catholique, il va donc protéger ses adeptes. Certains ne voulant pas être martyr pour retrouver le christ, ils ont donc décidé de le chercher dans la solitude. Certains vont se réfugier dans le désert d’Egypte ou en Palestine. Des ordres monastiques sont créés en orient dès le IV.me siècle, puis en occident. En Italie ce sera Saint-Jérome à Rome, Saint-Ambroise à Milan, puis en France ce sera saint-Martin à Tours. Puis ce sera Saint-Patrick en Irlande, Saint-Honora sur l’île d’eyrins au large de Cannes. La vie religieuse va s’organiser, on arrive au VI.me siècle, saint-Benoit, qui va produire un chef d’œuvre, la création de sa règle, qui par son harmonie, son équilibre d’ordre et l’unité d’esprit de famille, ce qui vaudra à la règle de régner dans toute l’Europe jusqu’à nos jours. Les moines s’engagent donc, à suivre le christ en faisant vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Les moines sont traditionnellement vêtus de noir, notre chanoine conférencier, quant à lui est vêtu de blanc. Le noir évoque la mort, le blanc la résurrection, les anges qui au matin de Pâques annoncent aux saintes femmes la résurrection du seigneur. Nous sommes donc face à un chanoine, et non pas à un moine. Le chanoine est un prêtre, il peut exercer tous les actes religieux, du baptême à la mort. Un chanoine a une vie contemplative à l’abbaye, et une vie active en dehors parmi la société civile. Le chanoine face à nous, est frère infirmier, il est obligé de répondre à un appel téléphonique, dur dur la vie de chanoine. 
Ensuite, nous sommes invité à nous rendre au jardin, qui se trouve à proximité de l’église. Nous franchissons de petits escaliers et des petites cours pour y accéder. Nous marchons sur une allée gravillonnée, où pas un brin d’herbe n’ose s’y aventurer, bravo les jardiniers. Sur notre droite, ce sont de petits bacs en bois, qui sont plantées de plantes tinctoriales comme le pastel, des plantes médicinales et des plantes aromatiques. Sur notre gauche, on a préparé la terre, qui est paillé en attente de plantes potagères. Le jardin est parfaitement entretenu, c’est un parfait damier multicolore. 
Nous avons un certain recul sur l’ensemble de l’abbaye, on distingue un ouvrage mégalo, au XVI.me siècle, l’abbé Philipe de Lévis, évêque de Mirepois, a voulu reproduire sa tour clocher, mais en plus grand, au sein de l’abbaye qu’il administrait. Elle aurait dû faire 80 mètres de haut, elle n’en fait que 40 mètres, et c’est déjà grandiose. A droite de cette tour monumentale, on aperçoit des absidioles, du XI.me siècle, et au-dessus d’elles, on remarque des créneaux, l’absidiole centrale est plus volumineuse que les 2 autres qui l’entourent. A droite, un moignon du transept remanié au XIX.me siècle, le chevet abbatial qui est plat, peut-être qu’à l’époque romane, il y avait une absidiole. A Lagrasse, l’abbaye a été préservée, des guerres, des pillages et des incendies, on a donc en face de nous, différentes architectures qui s’étalent du VIII.me au XIX.me siècle. L’abbaye a été fortifiée au XIV.me siècle, tout comme le village actuel. Le jardin a été rehaussé, afin que les crues de l’Orbieu y soient interdites. Les chanoines n’ont pas vocation d’agriculteurs, mais ils veulent tout de même, donner un sens géométrique au jardin, en dessinant des parterres de différentes formes et composés de plantes méditerranéennes de toutes couleurs. 
L’abbaye peut compter, sur un bon nombre de bénévoles laïcs, pour accomplir les travaux agricoles ou d’autres tâches, comme la couture ou le repassage. Sur le canal de dérivation de l’Orbieu, qui alimente en eau l’abbaye, on y a construit plusieurs moulins. Les chanoines se lèvent à 5 heures 20, et leur journée se termine à 21 heures 45. La vie monastique à un rythme régulier, quand un chanoine doit quitter l’abbaye, pour aller par exemple encadrer des camps de jeunes. A son retour à l’abbaye, il lui faut un certain temps de réadaptation pour retrouver le rythme de la communauté.
 Il est près de 18 heures, quand nous prenons congé, de notre chanoine conférencier, qui nous a expliqué l’histoire de l’abbaye, et la vie quotidienne de la communauté. C’est sous le soleil, que nous regagnons le bus, puis nous mettons le cap sur Montpellier, où par intermittence, nous essuyons des zones pluvieuses.
 Ce fut une excellente journée, où nous avons visité le village de Lagrasse et son abbaye. Nous avons eu la chance de rencontrer des guides et des conférenciers, qui avec passion, ont su nous faire partager leur connaissance, en se mettant à notre portée. Encore merci à l’association Rencontre, nous attendons avec impatience le 13 juin, pour aller visiter Rodez.

Michel Michelland

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