Sur les pas des dominicains octobre 2013

C’est le samedi 26 octobre, que nous prenons la direction du Lauragais, pour retrouver le berceau des dominicains qui convertissaient les cathares à la religion chrétienne. Cette journée à thème est proposé par l’association Rencontre présidée par Rosemay Granel, pour réaliser se circuit, nous prenons place dans un bus de la populaire, il est conduit par Nicolas. 
Il est 8 heures quand nous quittons Montpellier, nous empruntons le tracé de l’ancienne via domicia en direction de l’ouest. Rosemay commence à nous sensibiliser au département de L’Aude, dont la présentation a été faite dans un des comptes rendus précédents. Nous allons parcourir une bonne partie de la Septimanie, qui comprenait 7 centres importants Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Agde, Maguelone et Nîmes. Nous passons Sète, Agde et Béziers qui a subi la cruelle épreuve meurtrière de la croisade des albigeois, dirigé par Simon de Montfort, contre les cathares en 1209. Béziers a perdu de son lustre d’antan, comme capitale du vignoble languedocien, qui s’étend jusqu’à Carcassonne en passant par Narbonne. Au loin, nous apercevons la cathédrale de Béziers qui est dressée sur la colline biterroise. Le Saint-patron de la ville est Saint-Aphrodise, il est venu d’Egypte pour évangéliser la région, avec son chameau, qui est devenu l’emblème de Béziers. Béziers est la ville natale de Jean Moulin, et son équipe de rugby a dominé le championnat de France de rugby de la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1980. La présentation du catharisme que nous avions découvert il y a quelques années, est insérée à la fin du document.

Nous roulons sous un ciel couvert, nous abordons Narbonne, à l’époque romaine Narbonne était la capitale d’une des 4 provinces de la Gaule romaine, dont les villes principales étaient Narbonne, Toulouse, Valence, Aix et Marseille. A cette époque Narbonne avait son port maritime, aujourd’hui tout comme Aigues-Mortes le port a été ensablé. Narbonne avait une place stratégique, c’était le carrefour de la voie domicia qui reliait les Pyrénées aux Alpes, et la via Aquitana (Aquitaine) qui reliait l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. Narbonne n’a pas subi la cruauté de la croisade albigeoise, car la région ne s’était pas convertie à la religion cathare. Nous quittons la via Domitia, et nous empruntons l’autoroute qui conduit à Toulouse, elle est tracé parallèlement à l’ancienne via Aquitana. L’Aude est caractérisée par son vent, le cers ou tramontane souffle 190 jours par an, il provient de la montagne noire, c’est un vent du nord ouest. Le restant de l’année l’Aude subie un vent du sud est, le vent d’autan ou le grec, il provient de la mer, il amène la pluie quand il souffle fort. Jusqu’en 1830, l’Aude était majoritairement royaliste, puis les idées républicaines ont progressé, aujourd’hui l’Aude est un des grands bastions de la gauche. Le symbole du combat républicain a été mené par Armand Barbès, qui fut député de l’Aude, il a son boulevard et sa statue à Carcassonne, elle fut érigée en 1866. 

Armand Barbès Pointe-à-Pitre 1809 – La Haye 1870 Homme politique français. Républicain, il conspira contre la monarchie de Juillet puis fut élu député d’extrême gauche sous la II.me République. Il tenta de constituer un gouvernement insurrectionnel (mai 1848), fut emprisonné jusqu’en 1854 et mourut en exil.

Le maire radical de Narbonne Ernest Féroul, a été un des leaders de la révolte des vignerons en 1907. Ensuite les audois ont toujours donné une majorité confortable à la gauche, comme sous Léon Blum, ou à François Mitterrand qui y a réalisé son meilleur score départemental lors des élections présidentielles en 1981. Nous voici à l’approche de Carcassonne, nous laissons la cité médiévale, pour nous rendre dans le Lauragais, il est situé au pied de la montagne noire, et à l’orée de l’Ariège et de l’Aquitaine.

Lauragais, pays du Languedoc, constitué de sols argileux et situé entre Toulouse et Castelnaudary. – Le seuil du Lauragais ou de Naurouze (190 m) est la ligne de partage des eaux entre le versant atlantique et le versant méditerranéen.

La grande fortune du Lauragais a été le pastel, la couleur, mais on du arrêter sa production, car il fut importé d’orient à moindre prix. Au niveau culinaire, le cassoulet est le dieu de la cuisine occitane, dieu en 3 personnes, le père habite à Castelnaudary, le fis à Carcassonne et le Saint-Esprit à Toulouse. Ce sont 3 cassoulets différents, ils ne sont pas élaborés avec les mêmes ingrédients, mais ils ont chacun leurs amateurs. Il existe un sentier de randonnées, qui relie Port-la-Nouvelle à Foix en 12 étapes. Nous sommes sur la route qui conduit à Limoux, nous sommes en terre dominicaine, c’est ici que Saint-Dominique a fait construire la première basilique, elle a été rasée 2 fois, aujourd’hui celle que nous allons découvrir date du XIX.me siècle. Elle est de style romano-byzantin, elle n’a rien de remarquable, mais elle marque le site du berceau de l’ordre des dominicains. Au loin sur la colline nous découvrons l’église de Fanjeaux, nous quittons la route, nous empruntons une petite route, elle est bordée de platanes, elle nous conduit au couvent de Prouilhes, les abords du site sont plantés d’épicéas. Nous voici devant la basilique, et les bâtiments du couvent. Voici la présentation de l’ordre des dominicains :

L’ordre des Prêcheurs ou des Frères Prêcheurs (O.P. — Ordo Fratrum Prædicatorum), plus connu sous le nom d’ordre dominicain, est un ordre catholique né sous l’impulsion de saint Dominique en 1215. Il appartient, comme l’ordre des Frères mineurs ou franciscains, à la catégorie des ordres mendiants. 
Suivant la règle de saint Augustin, ainsi que ses propres Constitutions, en partie inspirées de celles des prémontrés (O.Præm), il s’est donné pour mission l’apostolat et la contemplation. Sa devise est Veritas (la vérité). D’autres devises lui ont aussi été assignées, par exemple: « annoncer ce que nous avons contemplé » (contemplata aliis tradere), reprise de saint Thomas d’Aquin, ou encore « louer, bénir, prêcher » qui est une formule liturgique. 
Les dominicains sont des religieux mais pas des moines : ils ont la particularité de ne prononcer qu’un seul vœu, celui d’obéissance, dans les mains du maître de l’ordre (ou de son représentant), les vœux de pauvreté et de chasteté étant implicitement inclus. Ils ne font, par contre, pas vœu de stabilité comme les moines. Ils vivent dans des couvents et non dans des monastères. Leur vocation étant de prêcher, leurs couvents sont souvent situés dans de grandes villes. 
Frères prêcheurs : les premières approbations pontificales de l’ordre fondé par saint Dominique parlent de l’ordre « des frères prêcheurs » (ordo fratrum praedicatorum). 
Dominicains : après la canonisation du fondateur, saint Dominique, en 1234, les frères furent parfois désignés du nom de « dominicains », appellation devenue courante après le XVIII.me siècle• 
Jacobins : nom donné à cause de l’implantation du couvent parisien fondé en 1217, sis à la rue Saint-Jacques, et placé sous le patronage de l’apôtre saint Jacques. 
Vers 1200, la plupart des institutions monastiques paraissent se replier sur elles-mêmes. Un besoin de renouveau spirituel se ressent aussi bien au sein de l’Église que parmi les couches populaires de la société. C’est dans ce contexte qu’apparait l’ordre dominicain qui se caractérise par une lutte sans relâche contre l’hérésie cathare ainsi que par un mode de vie apostolique. 
Selon la légende, la mère de Dominique (Dominicus en latin, ce qui signifie celui qui appartient au Seigneur) aurait vu en songe, pendant sa grossesse, un chien tenant une torche allumée dans la gueule, pour éclairer le monde. Ce songe résume la vie du futur saint, avec un jeu de mot en latin sur les futurs dominicains, dominicanes (les chiens du Seigneur) qui ont pour vocation d’« aboyer contre les hérésies » et d’être les chiens du Seigneur surveillant le troupeau de brebis. C’est ainsi que l’iconographie les figure parfois, comme à la chapelle des Espagnols de la basilique Santa Maria Novella de Florence, où les chiens de berger protègent le troupeau du pape. 
Dominique de Guzmán, plus connu aujourd’hui sous le nom de saint Dominique, est chanoine d’Osma en Espagne lorsque son évêque, Diègue d’Osma, lui demande de l’accompagner dans une mission diplomatique en Scandinavie. Durant leur chemin, Dominique rencontre un aubergiste albigeois dans le sud de la France et passe la nuit à essayer de le convertir. Au matin, l’aubergiste avait renoncé au catharisme pour le catholicisme. En revenant de Scandinavie, l’évêque de Dominique passe par Rome et demande au pape de le relever de son ministère pour se consacrer à la prédication dans le sud de la France. Le pape refuse. Toutefois en revenant en Espagne, le petit groupe croise une mission composée de légats du pape ayant pour but de convertir les cathares. Cette mission pontificale rencontre un premier échec. Diègue d’Osma leur montre l’exemple en abandonnant toutes ses affaires pour essayer de convertir les cathares avec pour seule arme l’Évangile. Son modèle est la prédication itinérante de Jésus. Alors que Diègue d’Osma retourne par la suite dans son diocèse à Osma, il laisse à Dominique la charge de continuer la prédication itinérante que lui-même avait initiée. 
Saint Dominique continue sans relâche cette œuvre. Il se fait des disciples. Il s’établit avec eux le 25 avril 1215 dans la maison Seilhan à Toulouse, où il fonde l’Ordre des frères prêcheurs. Par la bulle Religiosam vitam l’Ordre reçoit de Honorius III, en 1216, son approbation ecclésiale définitive. 
En quelques décennies, plusieurs centaines d’établissements nouveaux fleurissent à travers l’Europe. Le pape Grégoire IX, se méfiant du manque d’efficacité pastorale des évêques, confie l’Inquisition dès sa création par la bulle Excommunicamus (1223) aux dominicains, deux ans après la mort du fondateur de l’Ordre. Cependant, Dominique n’avait pas participé lui-même à la croisade contre les Albigeois, préférant lutter par les moyens du verbe. Compte tenu de leur compétence théologique, de leur vocation à être près du peuple, et de leur bonne image dans la société médiévale, le pape choisit de préférence dans les rangs des dominicains ses représentants pour en faire des juges de l’Inquisition. Pour pouvoir se consacrer pleinement à leur tâche, ils sont fréquemment relevés de certaines des obligations que leur règle leur impose, comme celle de leur vie conventuelle et apostolique. On a donc aussi un certain relâchement dans le strict respect de la règle de Saint Augustin que les dominicains s’appliquaient à suivre.
Par ailleurs, la pratique de la torture par l’Inquisition commence en 1252, sous la caution du pape Innocent IV. Maître Eckhart fut, semble-t-il, le premier maître en théologie de l’Ordre à être condamné officiellement (1329). Deux autres dominicains célèbres n’auront pas la chance de mourir de vieillesse durant leur procès comme Eckhart, à savoir Jérôme Savonarole et Giordano Bruno, qui mourront tous deux sur le bûcher, respectivement en 1498 et 1600. 
L’ordre dominicain se répand rapidement dans toute la chrétienté et forme un grand nombre de maisons distribuées en huit provinces : Espagne, Toulouse, France, Provence, Lombardie, Rome, Allemagne, Angleterre. À partir de la fin du XIII.me siècle, dans le contexte de querelles théologiques et des discussions sur la pauvreté mendiante, naîtra une longue rivalité avec son frère jumeau, l’ordre franciscain. À Rome, l’ordre possède plusieurs couvents célèbres : Santa Maria sopra Minerva et Santa Sabina, qui est devenue sa maison généralice. 
En France, Saint Dominique fonda la première maison de l’ordre à Toulouse. En 1217, il envoie des frères à Paris pour se former à l’université; la maison acquise près de la Sorbonne (près de l’actuelle rue Saint-Jacques) fut dédiée à saint Jacques. Au XVII.me siècle, un second couvent, qui accueillait le noviciat de la province réformée d’Occitanie, fut fondé à la rue du Faubourg Saint-Honoré où il existe encore. 
À la Révolution française, les dominicains connaissent des besoins financiers. Ils doivent louer leurs couvents. Le club des amis de la constitution loue leur établissement de la rue du Faubourg Saint-Honoré. On a alors coutume d’appeler ce club, le club des Jacobins, le lieu des réunions ayant été donné au club. Le club des Jacobins s’installe aussi à l’église Saint-Thomas d’Aquin. 
Supprimés en France en 1790, par le décret du 13 février qui interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers, les dominicains y sont restaurés en 1850 (date du rétablissement officiel de la province de France) à la suite de l’action du Père Henri Lacordaire. Certains couvents durent fermer après le décret du 29 mars 1880. Les dominicains furent expulsés en 1903 et leurs biens confisqués dans le cadre des dispositions d’exceptions prévues contre les congrégations dans la loi de 1901 sur les associations. Les dominicains furent autorisés à revenir en France dans les années 1920. Le père Antoine Touron a écrit l’Histoire des hommes illustres de l’ordre de S. Dominique, Paris, 1743.

Nous descendons de l’autocar, le ciel est moins bas, et le soleil réchauffe l’atmosphère. Nous allons pénétrer dans la basilique, mais avant voici la présentation du monastère de Prouilhes :

Le monastère de Prouille fut fondé en 1206 par Saint Dominique, dans le village languedocien de Prouille (actuelle commune de Fanjeaux, près de Montréal, dans l’Aude). 
Première fondation de Saint Dominique, le monastère de Prouille constitue le berceau de l’ordre des dominicains, dit aussi « des Frères prêcheurs ». Il joua un rôle majeur dans la défense active de la doctrine catholique au Moyen Âge et constitue, à ce titre, l’un des plus importants monastères royaux de l’Ancien Régime. Comme l’abbaye royale de Fontevrault, il abritait, suivant la volonté de son fondateur, une double communauté d’hommes et de femmes qui avait à leur tête un prieur et une prieure. 
Tout commence lorsque Saint Dominique, originaire d’Espagne, entame ses prédications dans le pays cathare et décide pour cela de se fixer dans la ville proche de Fanjeaux. Il a en 1208 une apparition de la Vierge Marie qui se présente sous le vocable de Notre-Dame du Rosaire et qui lui tend un chapelet. les dominicains seront d’ardents propagateurs du rosaire. Prouille devient le symbole du rayonnement spirituel et politique de la chrétienté de Rome et sert de refuge pour les femmes cathares converties. 
L’idéal apostolique des sœurs dominicaines du monastère de Prouille nécessite tout d’abord la séparation du monde extérieur par une vie austère, faite de jeûnes, de veilles, de pénitences, à laquelle les cathares reconverties par Saint Dominique étaient toutes préparées, de par le fait que ce mouvement revendiquait et s’astreignait à ce même mode de vie. La communauté de femmes vivant dans ce monastère vivait selon la règle de Saint Augustin et était ainsi régie par la vita apostolica. Il faut savoir que le monastère est situé en plein territoire cathare. En effet, Prouille se situe à 28 kilomètres à l’ouest de Carcassonne qui constituait au tout début du XIII.me siècle l’un des plus puissants bastions du catharisme. 
Ainsi, les femmes restaient cloîtrées dans le monastère et n’étaient pas autorisées à prêcher. Les religieuses occupant le monastère de Prouille n’allaient donc pas à l’extérieur, elles se devaient de rester dans l’enceinte du monastère et s’occuper d’accueillir les cathares repenties qui avaient été reconverties par Saint Dominique et ses frères. 
La fondation de la communauté féminine de Prouille restera pendant longtemps la plus nombreuse des communautés de femmes de tout le Languedoc. À l’origine, en 1207, 12 sœurs occupaient le monastère, puis 20 en 1211. Diègue d’Osma et Dominique sont étroitement solidaires lors de la fondation du monastère. L’évêque a l’autorité principale et avant de devoir retourner à son diocèse en Espagne, il prend le soin de confier à Dominique la direction et la charge spirituelle de tout le personnel de Prouille. La communauté naît près de l’église Sainte-Marie et fait initialement partie d’un ensemble lié à la prédication de la Narbonnaise. Le monastère de Prouille, de par la présence quasi exclusive des cisterciens dans la région, se trouve donc fortement influencé par le courant cistercien des abbayes de femmes issues de Fabas, de Fontfroide et de Boulbonne. À la mort de Diègue en décembre 1207, Dominique porte la responsabilité principale de Prouille. Très occupé jusqu’en 1209 à prêcher en Lauragais, engagé par l’évêque Foulque après le concile d’Avignon de septembre 1209, dans une longue campagne de prédication à Toulouse, il ne sera libre de s’occuper vraiment de ses sœurs qu’à partir de mai 1211. Dès ce moment, il regagne ses sœurs et s’occupe, avec une efficacité certaine, à constituer le patrimoine et les bâtiments de la communauté. Un grand nombre de chartes de donation manifestent d’ailleurs sa réussite. 
Lors des prédications, Dominique se déplace toujours nus pieds en signe d’humilité et de pénitence. De plus, il reste continuellement fidèle à la pratique des apôtres itinérants, à savoir qu’il ne part jamais avec de l’argent, de l’or ou quelque autre richesse que ce soit. En outre, les prédicateurs n’ont pas d’autre moyen d’existence que l’hospitalité et la mendicité. En effet, St Dominique demande souvent l’hospitalité à des nobles cathares par exemple. Il en profite ainsi pour tenter de les convertir à la foi chrétienne au cours d’une discussion. D’autre part, il trouve une hospitalité plus fondamentale à Prouille. Ce centre sert de port d’attache aux prédicateurs et en particulier à St Dominique. Toute la journée est consacrée à la prédication et le soir, les prêcheurs viennent se nourrir et se reposer dans ce lieu d’hébergement. 
Dans la nuit du 4 au 5 mars 1715, les bâtiments médiévaux sont ravagés par un violent incendie. Le monastère est à reconstruire. En septembre 1734, Louis XV charge Mgr Daniel-Bertrand de Langle, évêque de Saint-Papoul, de cette reconstruction. Du fait des difficultés budgétaires de la communauté, celle-ci traîne jusqu’aux années 1740. En 1746, l’évêque et la maîtrise chargés de la reconstruction soumettent leur projet au ministre chargé des provinces du Haut et Bas-Languedoc, Louis Phélyppeaux de La Vrillière, comte de Saint-Florentin. Ministre de la Maison du roi et grand ami de Louis XV, Saint-Florentin sollicite l’avis de son architecte favori, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778), dernier des Mansart et petit-fils de Jules Hardouin-Mansart. Mansart est très en vue à la cour de Versailles depuis que le roi lui a confié la construction de l’église Saint-Louis de la ville en 1742, grâce à Saint-Florentin. Par arrêt du conseil du 21 mai 1746, Mansart de Sagonne est officiellement chargé de la reconstruction du monastère. Il s’agit là de sa seconde grande réalisation royale après Saint-Louis de Versailles. Suivant cet arrêt, le roi affecte pour le financement du projet, le produit de l’exploitation de la belle forêt de Ramondens voisine. 
Pour établir son projet, Mansart se rend à Prouille en janvier 1747, conformément aux ordres du roi. Il laisse ses instructions à son inspecteur, Jean-Charles Damesme de Furcy, arrivé en octobre 1746. Malheureusement, ce jeune homme peu expérimenté dépense des sommes folles sans parvenir à faire avancer les travaux. Devant les plaintes de la prieure, Mme de Bellegarde, Damesme est démis en mars 1751 et Mansart, en novembre 1753, malgré les temporisations de Saint-Florentin. L’architecte reçoit 1000 écus d’indemnité pour son éviction. Seul le rez-de-chaussée d’une des ailes du bâtiment est alors réalisé. Le chantier ne reprend qu’en 1757, sous la direction du Frère Raymond Vergès, dominicain de la province occitane. Son imagination et son énergie dans la quête de nouvelles ressources et de solutions aboutissent à l’achèvement du projet de Mansart en 1786. Le monastère devait hélas demeurer peu de temps. 
Saisi et vendu en 1793 pour 165000 livres à l’élu révolutionnaire Hugues Destrem, celui-ci entame la démolition du monastère à des fins mercantiles en cédant la pierre et les matériaux divers aux villages environnants dont Bram et Fanjeaux. Ces éléments, dont certains ornements, sont encore visibles sur les maisons de ces villages. 
Ce n’est qu’en 1857, que le célèbre père Henri Lacordaire décide de refonder le berceau de l’ordre. Il entame sa reconstruction dans le style romano-byzantin en vigueur à cette époque. Seule l’église sera réalisée.

Nous voici dans la basilique, elle est dénudée de tout mobilier, elle est en attente de restauration. Elle est construite en pierre de taille de la région, elle est assez vaste, en son centre un dôme, qui n’a pas de puits de lumière. La nef est éclairée par des ouvertures percées dans les murs, elles ne possèdent pas de vitraux, mais des vitres blanches. On est concentré au centre de l’édifice, car des travaux sont en attente de finition, on ressent le manque de financement au profit de la sauvegarde du patrimoine, qui est du à la conjoncture financière actuelle.

Nous ressortons de la basilique, le soleil est plus ardent, ce qui nous augure une belle journée automnale. Nous reprenons notre circuit, nous sommes entourés de végétation, où l’épicéa est le roi. Nous nous rendons sur un ancien domaine viticole, qui a été transformé en exploitation spécialisée dans la semence pour des ensemenciers multinationaux dont 1 tiers des 200 hectares du domaine est réservé à la production de semence d’oignon. La viticulture traverse une crise économique sans précédent, ce qui oblige certains anciens domaines viticoles, soit de disparaître ou de se déployer vers une autre agriculture, dont la semence pour celle que nous allons découvrir. C’est vrai que la région du Lauragais faisait un vin de piètre qualité, ensuite on s’est tourné vers la culture des céréales, dont le marché varie suivant la demande internationale. Les anciens domaines viticoles ce sont donc orientés vers la polyculture, ce qui a pour avantage, de ne pas mettre les œufs dans le même panier, afin de pérenniser les exploitations. Nous roulons au milieu de grands espaces qui viennent d’être labourés, les sillons luisent sous l’éclat du soleil. Nous quittons la route, nous nous engageons sur un chemin de terre entouré d’arbres qui forment une haie. La culture du maïs a été abandonnée, car elle demandait beaucoup trop d’eau, le chemin se rétrécit, l’autocar a du mal à se frayer son chemin. De ci de là, on aperçoit de petites fermes au milieu de leurs terrains agricoles. Nous voici arrivés au domaine que nous allons visiter, nous sommes accueillis par le fils et le petit fils de Rosemay, ce sont eux qui gèrent et qui exploitent le domaine familial.

Nous découvrons le nouvel hangar, il a une structure en bois, il a une longueur de 80 mètres pour une largeur de 25 mètres. Les 2000 mètres carrés du hangar sont recouverts d’une toiture, qui reçoit sur son pan orienté plein sud, soit 1300 mètres carrés, des panneaux photovoltaïques. C’est grâce à ce système d’énergie propre, que le montage financier a pu être réalisé pour la construction de cet hangar. Il a été conçu pour héberger le matériel agricole de la propriété, mais aussi pour recevoir les immenses séchoirs nécessaires pour élaborer la semence destinée à un grand groupe hollandais. Actuellement, d’immenses containers d’oignons sont parvenus d’Hollande, ils seront plantés dans quelques jours. On en récoltera des fleurs au mois d’août prochain, où elles seront séchées dans les séchoirs qui sont devant nous. Nous découvrons les ondulateurs, qui transforment le courant continu produit par les panneaux photovoltaïques, en courant alternatif qui sera redistribué sur le réseau EDF. Le domaine collabore avec le monde de l’apiculture, car sans les abeilles la pollinisation des fleurs ne se ferait pas. Le domaine produit aussi des semences de persil, de carotte, de céleri, de blé et de pois chiche. Les murs de l’hangar sont en bardage de bois, qui a été étuvé, ce qui évite de le traiter annuellement. Nous ressortons du nouveau bâtiment agricole, pour nous diriger vers l’ancienne cuverie, qui avait sa raison d’être quand le domaine était voué à la viticulture. L’espace cuverie était composé de 4 pressoirs et de 20 immenses cuves.

Ensuite, nous rejoignons l’autocar, nous sommes conviés à un apéritif offert par les maîtres des lieux, sur une splendide terrasse au bord d’une piscine, près d’une agréable maison. C’est sous un soleil resplendissant, que nous dégustons la blanquette de Limoux accompagnée par de succulents petits fours. Puis, nous quittons le domaine, nous nous dirigeons vers Fanjeaux située sur un promontoire, où nous allons déjeuner dans un restaurant.

Nous devons continuer notre circuit, nous effectuons une petite balade digestive dans les rues de Fanjeaux, afin de rejoindre la place principale. Sur laquelle est située en son centre, les halles du XVII.me siècle, et autour de la place se trouvent la mairie et la poste de Fanjeaux, dont voici la présentation :

Fanjeaux (occitan : Fanjeaux) est une commune française, située dans le département de l’Aude et la région Languedoc-Roussillon. La commune compte 779 habitants, elle s’étend sur 25 kilomètres carrés et s’étale entre 155 et 395 mètres d’altitude. Ses habitants sont appelés les Fanjuvéens. Attention de ne pas confondre le village de Fanjeaux avec le Château de Fanjeaux à Largentière (Ardèche), dont on retrouve aussi des traces dans l’histoire albigeoise. 
Fanjeaux est un village situé sur un promontoire rocheux à 360 m d’altitude, à 25 km de Carcassonne sur l’ancienne route nationale 119 entre Montréal et Mirepoix. La ville marque la limite sud-est du Lauraguais. 
Au II.me siècle, un oppidum fortifiait la colline où se trouve Fanjeaux. Un culte païen se célébrait à l’endroit d’une résurgence dédiée à Jupiter, d’où le nom latin de la localité : Fanum Jovis. En 1193, l’évêque cathare Guilhabert de Castres s’établit à Fanjeaux. Saint Dominique fonde à proximité une maison de religieuses, plus tard affiliées à l’ordre des prêcheurs ou dominicains qu’il fondera plus tard à Toulouse en 1215. Fanjeaux est notamment le lieu d’un miracle de ce dernier. Au cours d’une discussion théologique, Dominique écrivit ses arguments sur un papier qu’il confia à ses interlocuteurs cathares. Ces derniers jetèrent le papier au feu en disant que si le papier brûlait, ce serait signe qu’ils avaient raison. Le papier lancé au milieu des flammes est rejeté et en sort intact. Les cathares recommencent, avec le même effet. Jeté une troisième fois, le papier s’envole et brûle une poutre du plafond. Entre 1209 et 1214, Fanjeaux est le quartier général de Simon de Montfort. Le concile de Latran en 1215 fait de Simon de Montfort le comte de Toulouse. La ville est détruite par le Prince noir en 1355. Elle sera reconstruite puis prospèrera grâce au pastel. 
Lieux et monuments : Cloître des dominicains, avec vestiges des XIV.me et XV.me siècles). Cet édifice, fondé au XIV.me, n’a aucun lien direct avec saint Dominique. Couvent Saint-Dominique du Cammazou: Le 2 juillet 1975, près de cinquante sœurs, menées par Mère Anne-Marie Simoulin, quittèrent l’Ordre dominicain et s’installèrent à Fanjeaux afin de créer la congrégation traditionaliste des Dominicaines enseignantes du Saint Nom de Jésus. L’église Notre-Dame-de-l’Assomption est érigée sur l’ancien temple de Jupiter en 1278. Son clocher abrite un carillon manuel de 10 cloches. Les halles. Maison de saint Dominique (Ostau de Sant Domenge en occitan). Monastère de Prouille, à 1 km, bâti sur l’emplacement du premier monastère de religieuses fondé par Dominique, en 1206. Le Seignadou (Lo Senhador en occitan) propose un magnifique panorama sur la plaine de lauragais.

Nous nous dirigeons vers Notre-Dame-de-l’Assomption, elle est érigée sur l’ancien temple de Jupiter en 1278. Son clocher abrite un carillon manuel de 10 cloches. Nous sommes accueillis par la dame à tout faire, de notre dame de l’Assomption, nous nous installons sur les bancs, et nous l’écoutons.

C’est dans cette église romane que Saint-Dominique a célébré la messe, il n’a jamais été curé de Fanjeaux, il a vécu à Fanjeaux pendant 2 ans. Pendant cette période il a célébré la messe dans cette église, et y a installé l’ordre dominicain. Fanjeaux était une place forte du catharisme, où y résidaient un bon nombre de parfaits. A Fanjeaux lors de discussions et non d’affrontement, on lui a demandé de prouver que la religion catholique était la vraie. C’est lors de cette discussion, qu’on m’y les écrits cathares au feu, et ceux de Saint-Dominique, et ceux-ci n’ont pas brûlé. A la suite de ce miracle, par décret du roi de France, la seigneurie a été transformée par celle du site du couvent dominicain. 9 parfaits de Fanjeaux ont alors été convertis au catholicisme, En 1221, alors que Saint-Dominique avait quitté Fanjeaux, l’évêque Foulq, lui donne l’église paroissiale de Fanjeaux. Mais, l’église qu’avait connue Saint-Dominique, était pratiquement en ruine. Le recteur de Prouilhes, qui en 1278, pose la première pierre de l’église dans laquelle nous sommes actuellement. Elle a donc pris place à l’endroit de l’ancien temple romain Jupiter, et de l’ancienne église romane. Cette nouvelle église est consacrée depuis son début, à notre dame de l’Assomption. La première messe, fut consacrée dans cette nouvelle église en septembre 1281. Les chapelles ont été intégrées à l’ensemble à la fin du XIII.me siècle, dans les contreforts, suite aux dons faits à la paroisse. Les chapelles sont dédiés à Saint-Jean, Sainte-Anne, Saint-Roch, Saint-Dominique, Saint-Denis et au sacré cœur. A l’origine l’autel était très simple, seule la vierge le décorait, mais l’autel d’origine n’est plus celui que nous avons devant nous. L’autel était flanqué de 2 absidioles, la vierge du XIII.me siècle se trouvait dans le chœur de l’une de celles-ci. Elle a été rebaptisée, notre dame du rosaire. Au début du XVIII.me siècle, les dominicains de la province de Toulouse, décident de l’embellissement de l’église paroissiale de Fanjeaux. On a obstrué les absidioles, sur lesquelles on a positionné les stalles actuelles. Un peintre toulousain d’Espadre est venu à cette époque, peindre les tableaux que nous pouvons contempler aujourd’hui. On y découvre le Sacré Cœur, l’annonciation, la scène, la descente de croix, la résurrection, l’ascension la mise au tombeau, la pentecôte, la visitation et le baptême du christ, tous ces tableaux sont l’œuvre du même peintre, ils datent du XVIII.me siècle. Il signait ses tableaux, par de petits personnages vêtus de rouge. En haut, on peut remarquer une fresque qui représente la Sainte Trinité, Dieu le père avec le globe, jésus avec la croix et la robe rouge et en haut le Saint-Esprit représenté par la colombe. Au XVIII.me siècle on a changé aussi le maître autel, il est en marbre de Cosne de Minervois. L’autel primitif, où a officié Saint-Dominique, il a été retrouvé, il y a une quarantaine d’années, lors de la restauration du chœur. On l’a retrouvé enfoui sous le dallage, avec les croix de consécration, sous le maître autel actuel. L’abbé Subra, curé de l’époque, l’a fait transporter au couvent. Car la chapelle du couvent avait été complètement saccagée à la révolution, et elle était démunie de tout son mobilier. Ce qui fait, qu’aujourd’hui, l’autel où Saint-Dominique disait la messe, se trouve dans la chapelle du couvent. Le maître autel possède une croix de procession, qui date également du XVIII.me siècle, elle est entièrement en argent, c’est une Sanson, qui était un orfèvre célèbre. Sur le côté de l’autel, on y aperçoit une vitrine, qui renferme des ciboires et des calices, qui ont appartenu aux différents curés qui ont officié dans l’église de Fanjeaux. Lorsqu’un jeune homme se fait prêtre, la famille lui offre le calice, et si la famille est riche, on y ajoute le ciboire. Il était de tradition, que lorsque le curé mourrait sur la paroisse, ses objets étaient légués à la dernière paroisse où il avait exercé. La vitrine est donc composée, de ces objets légués au cours des siècles, il y en a 3 du XVII.me siècle, 2 du XVIII.me siècle et le reste est plus tardif. Hélas, la vitrine ne se rempliera plus, car il n’y a plus de curé à Fanjeaux, l’église est rattachée au secteur de Bram. On peut remarquer un magnifique ostensoir, en argent doré, il date du XVIII.me siècle, une couronne y est représentée, elle est serti de fausses pierres précieuses. Il y a aussi la chambre forte du trésor, le trésor comporte des reliquaires, et des pièces d’orfèvrerie, on y aperçoit le reliquaire de Saint-Dominique. Dans le trésor nous découvrons, une vierge tout en argent, elle date de 1625, elle a été offerte par Jeanne de Lorette, qui fut abbesse de Prouilhes. La chapelle dédiée à Saint-Jean, elle possède des tableaux d’Espadre, et contre le mur, on distingue une fresque. Elle représente les 4 évangélistes, elle remonte au XVII.me siècle. La chaire a été enlevée, car elle ne correspondait pas au décor de l’église. Dans la chapelle de la vierge, il y a un très beau tableau, c’est une copie de la vierge donataire, il a été peint au XIX.me siècle, par Adèle Avente, qui était une excellente copiste audoise. C’est un don du général Borin, qui était né à Fanjeaux, où il est enterré, il fut ministre de la guerre en 1870. Nous découvrons un bénitier, qui était auparavant les fonds baptismaux, il est orné d’une vierge du XIX.me siècle, elle est en terre cuite, c’est la vierge de l’apocalypse. Dans la chapelle dédiée à Sainte-Anne, dans une niche, on remarque une vierge, la vierge à l’oiseau, elle date du début du XIV.me siècle. La vierge à l’oiseau, car l’enfant Jésus tient un oiseau dans ses mains, ce serait un chardonneret. A Fanjeaux, on l’appelle, la vierge révolutionnaire, car elle est peinte en bleu, blanc et rouge. En haut nous découvrons le buffet d’orgues, c’est le plus ancien du midi de la France, il est du début du XVII.me siècle. C’est ce que l’on appelle, un orgue royal, parce qu’il était au monastère de Prouilhes, jusqu’à la révolution française. Le monastère de Prouilhes a été détruit par le maire, il a vendu à des fins personnelles, pierre par pierre les ruines du couvent. A l’époque Prouilhes était plus important que le village de Fanjeaux, Prouilhes avait une enceinte de 15 tours, et Fanjeaux n’en possédait que 14. L’orgue est donc arrivé à la paroisse de Fanjeaux, on l’a alors peint en marron, car il avait les couleurs royales bleu et or. L’orgue a joué jusqu’en 1920, jusqu’à ce que la fausse voûte s’effondre dessus. L’église avait été construite avec charpente apparente, et en 1865, la municipalité, trouve qu’il fait froid dans l’église, en plus quand le vent souffle, beaucoup de saletés pénètre dans l’église. On a donc réalisé, une fausse voûte, entre laquelle et la charpente, on y a entassé le reste du maïs quand on y a enlevé les épis. Le toit avait des gouttières, ce qui a fait fermenter, le résidu du maïs, et qui a provoqué l’effondrement de la voûte. Elle est tombée sur l’orgue, en détériorant des tuyaux, et l’orgue s’est tut à jamais. L’orgue étant classé, il devrait être restauré, mais quand, le projet reste vain aujourd’hui. Toutes les autres chapelles sont décorées d’objets, dont certaines du peintre Gambelin, qui était originaire de Carcassonne. Contre un mur, nous découvrons la fameuse poutre, celle du miracle décrit précédemment. Elle a quitté le couvent de Prouilhes, à la révolution, où elle fut installée dans l’église de Fanjeaux. Le couvent a été racheté par les dominicains de Pompignan et par les dominicains de la sainte famille en 1935, ils ont restauré l’église des dominicains. Tous les vitraux de l’église de notre dame de l’Assomption, sont du XIX.me siècle, ils ont été restaurés. Après une bonne trentaine de minutes de description de l’église, nous déambulons librement pour contempler l’intérieur de notre dame de l’Assomption.

Nous rejoignons l’autocar, il fait un temps sublime, nous prenons la direction de Mirepois. Nous changeons de département et de région, nous sommes dans l’Ariège et en Midi-Pyrénées, voici la présentation de l’Ariège.

L’Ariège est un département français de la région Midi-Pyrénées, du nom de la rivière l’Ariège. Son chef-lieu est la ville de Foix. L’Insee et la Poste lui attribuent le code 09. 
On peut distinguer trois grandes zones : La plaine d’Ariège, située au nord du département, est constituéd de plaines, de collines et de faibles vallons où l’agriculture est très présente. Une partie du Lauragais s’étend sur le nord-est du département. Deux rivières importantes, l’Ariège et la Lèze traversent la plaine du sud au nord. Le paysage de parcelles céréalières domine avec la culture du maïs et du tournesol et avec des prairies. Le piémont pyrénéen regroupe le massif du Plantaurel et les collines prépyrénéennes inférieures à 1000 m. Diverses structures géologiques forment des paysages contrastés comme la vallée de Foix dans son massif granitique ou la région de Lavelanet avec ses marnes et son calcaire. Le haut pays ariégeois représente les hautes montagnes des Pyrénées dépassant les 1000 m d’altitude. La pique d’Estats, le pic de Montcalm et le pic du port de Sullo sont les points culminants du département avec 3143 m, 3077 m et 3072 m respectivement. La forêt domine le paysage où cohabitent des essences de résineux avec des feuillus comme les châtaigniers, les robiniers faux-acacias, les frênes et les hêtres. 
L’Ariège fait partie de la Région Midi-Pyrénées. Elle est limitrophe des départements de la Haute-Garonne (à l’ouest et au nord), de l’Aude à l’est et des Pyrénées-Orientales au sud-est, ainsi que de l’Espagne (province de Lérida) et de l’Andorre au sud. D’une superficie de 4890 km2, le département est divisé en trois arrondissements, Foix, Pamiers et Saint-Girons. Il est en outre composé de 23 cantons, 21 intercommunalités et 332 communes. En 2009, le parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises est créé, couvrant environ 40 % de la superficie du département de l’Ariège. 
Le département a été créé à la Révolution française, le 4 mars 1790 en application de la loi du 22 décembre 1789, à partir du Comté de Foix (Languedoc) et du Couserans (Gascogne). Une demande au Conseil d’État a été posée afin de renommer le département en Ariège-Pyrénées. Selon les défenseurs de ce projet, la mention « Pyrénées » permettrait de mieux situer le département afin de le promouvoir dans toute la France. La demande a été rejetée. 
La chanson patriotique Arièjo ô moun Païs fut écrite par le curé Sabas Maury né le 1er mars 1863 à Gestiès dans la vallée du Siguer, curé de Miglos et de Varilhes. Elle devint alors tout naturellement l’hymne ariégeois. 
Le département compte 2 circonscriptions législatives et 22 cantons. D’une manière générale on peut dire que : « De tradition républicaine et laïque depuis la IIIe République, l’Ariège est solidement tenu par le Parti socialiste, même si, ces dernières années, la droite est parvenue à enfoncer quelques coins de la forteresse. » Il n’en demeure pas moins qu’avec une représentation parlementaire exclusivement issue du PS et un Conseil général dont 19 des 22 élus sont membres ou proches de ce parti, l’orientation politique du département est clairement identifiée. En 2007, c’est le département qui a le plus voté pour Ségolène Royal (59,56 %). En 2012, c’est le troisième département de France qui vota le plus pour François Hollande avec 64,69 % juste derrière la Corrèze et la Seine Saint-Denis. Si la parité homme / femme, est bien respectée pour les députés (Mme Frédérique Massat et M. Alain Fauré) la totalité des 22 conseillers généraux sont des hommes jusqu’en 2011, date à laquelle deux femmes parviennent à se faire élire. 
Majoritairement montagneux et rural, le département de l’Ariège est longtemps resté à l’écart des principaux axes de transport qui desservent les littoraux et les principales vallées. Le chemin de fer est arrivé dans le département en 1861 via la ligne de Toulouse à Puigcerda, la seule à demeurer ouverte à ce jour dans le département. Outre les trains TER Midi-Pyrénées, cette voie est néanmoins desservie par des Intercités en provenance de Paris-Austerlitz. Depuis 2002, l’Ariège est reliée au réseau autoroutier national par l’autoroute A66, qui part de l’A 61 au niveau de Villefranche-de-Lauragais et se poursuit au sud de Pamiers par la RN 20 en deux fois deux voies jusqu’à Tarascon-sur-Ariège. La mise aux normes autoroutières de la section Pamiers-Tarascon et la mise en deux fois deux voies jusqu’à Andorre sont des serpents de mer. 
Personnalité liées au département de l’Ariège : 
Gabriel Fauré (1845-1924), compositeur né à Pamiers• 
Marie Laforêt (1939-) Chanteuse et actrice. Se définit elle-même comme « ariégeoise ». Petite-fille de Louis Doumenach, dirigeant à Lavelanet d’une entreprise d’effilochage de textile•
Jean-Pierre Bel (1951-), sénateur, président du Sénat français depuis le 1er octobre 2011•
André Trigano (1925-) Officier de la Légion d’Honneur. Il fut maire de Mazères durant 24 ans, Conseiller Général du canton de Saverdun et député de la 2e circonscription de l’Ariège de 1993 à 1997. Maire de Pamiers, il est aussi le frère de Gilbert Trigano, co-fondateur du Club Med. 
Paul Vaillant-Couturier (Paris 1892-1937) originaire de Ste-Croix-Volvestre• 
Louis-Henry Destel (1885-1962), écrivain du rugby, né à Lézat-sur-Lèze• 
Jacques Dupont (né en 1928), cycliste, détenteur du record olympique, né à Lézat-sur-Lèze• 
Claude Piquemal (né en 1939), athlète sprinteur français médaillé olympique, né à Siguer• 
Aldo Quaglio (né en 1932), joueur de rugby international français, né et formé à Lavelanet• 
Jacques Crampagne (né en 1944), joueur de rugby international français, né à Foix• 
Patrick Estève (né en 1959), joueur de rugby international français, né et formé à Lavelanet• 
Sylvain Dispagne (né en 1968), joueur de rugby international français, né à Saint-Girons• 
Jean-Louis Jordana (né en 1968), joueur de rugby international français, né et formé à Lavelanet• 
Michel Marfaing (né en 1970), joueur de rugby international français, né et formé à Pamiers• Fabien Barthez (né en 1971), footballeur international français, né à Lavelanet• 
Éric Carrière (né en 1973), footballeur international français, né à Foix• 
Fabien Pelous (né en 1973), joueur de rugby international français, né à Toulouse et formé à Saverdun• 
Benoît Baby (né en 1983), joueur de rugby international français, né à Lavelanet et formé à Toulouse• 
Yoann Huget (né en 1987), joueur de rugby international français, né à Pamiers et formé à Toulouse• 
Jean-Marc Doussain (né en 1991), joueur de rugby international français, né et formé à Toulouse, originaire de Sainte-Croix-Volvestre• 
Laurent Bonzon, vice champion d’Europe Judo Jujitsu né en 1969• 
Mylène Guirault, vice championne du monde de jujistu née en 1985• 
Jocelyn Degeihl, CN3 judo, vice champion de France universitaire, formateur national de dirigeants, élu 1° Président de France en 1998, 1° ceinture Noire de la ville de Foix né en 1959.

Au loin nous pouvons contempler les Pyrénées ariégeoises, nous traversons Mirepois, Besset, et la route monte, nous voici à Coutens, puis à Valz. Où nous devions visiter l’église rupestre, mais la route qui y accède est fermée, nous revenons donc sur nos pas, pour aller visiter Mirepois, dont voici la présentation :

Mirepoix est une commune française située dans le département de l’Ariège et la région Midi-Pyrénées. La commune compte 3137 habitants, elle s’étend sur 47 kilomètres carrés et s’étale entre 276 et 462 mètres d’altitude. Ses habitants sont appelés les Mirapiciens. 
Commune limitrophe avec le département de l’Aude située entre piémont pyrénéen et Lauraguais sur l’Hers-Vif entre Carcassonne et Pamiers. Accès par les anciennes routes nationales RN 119, RN 625, RN 626. 
Dépendante du comté de Foix, la ville fut gagnée par le catharisme à la fin du XII.me siècle. Un concile en 1206 y rassembla 600 cathares. La ville fut prise en 1209 par Simon de Montfort qu’il donna à un de ses lieutenants Guy de Lévis, d’où la famille de Lévis-Mirepoix. La ville, initialement établie près du lit de l’Hers, sur sa rive droite, est inondée par une violente crue (accompagnée de la rupture du verrou du lac de Puivert) en 1289, et non 1279, comme l’erreur ancienne d’un copiste l’a longtemps fait croire. Totalement détruite, elle est rebâtie immédiatement sur l’autre rive de la rivière, mais cette fois sur une terrasse naturelle surélevée, cédée par le seigneur de Mirepoix. Mirepoix n’est donc pas à proprement parler une « bastide » (ville nouvelle de repeuplement), mais une ville ancienne reconstruite sur les plans urbanistiques en vigueur à cette époque, et qui sont typiques des bastides. Mirepoix fut un évêché jusqu’en 1801. 
Le palais épiscopal, pour la partie située dans le prolongement de la nef de la cathédrale, date du XV.me siècle. Il fut bâti, également, par Philippe de Lévis. Il abrite de nos jours le Musée Patrimoine et traditions. Le bâtiment perpendiculaire fut construit au XVIII.me siècle à la demande de l’évêque Jean Boyer. Maison des Consuls, elle date du XV.me siècle : Le 5 janvier 1274, Guy III de Lévis donne aux habitants de la cité le droit d’élire des consuls. Après la crue dévastatrice de l’Hers en juin 1289, il leur fait concession, quelques jours plus tard, de cent sétérées de terre sur la rive gauche de la rivière pour y bâtir la ville nouvelle. En l’année 1500, les consuls se voient octroyer le droit de bâtir leur maison sur le solier de la maison de Justice. Le 14 août 1655, ils achètent une maison pour en faire l’Hôtel de Ville. Elle faisait office de tribunal, de salle de conseil et de prison. La poutre de façade, ou poitrail, est un cœur de chêne d’un seul tenant de près de 12 mètres de long et de plus de 60 cm d’épaisseur. 104 sculptures ornent les extrémités des sommiers (poutres perpendiculaires à la façade) et les piliers de soutènement. 
La Porte d’Aval, elle date de 1372. La tour se trouvant à proximité, aujourd’hui propriété privée, est celle de Charles de Montfaucon, seigneur de Rogles (XVI.me siècle). Elle servait de poste de guet. 
Les couverts et maisons à colombages, à l’ouest du Grand Couvert, un écusson porte la date de 1573. Une carte de l’Ariège, œuvre des frères Poulain, est peinte au plafond du Couvert (côté Est de la place). 
Maisons d’illustres personnages, on notera la maison du Maréchal Bertrand Clauzel et celle de l’astronome Jean-Joseph Vidal, né et mort à Mirepoix (30 mars 1747 – 2 janvier 1819), qui avait installé un observatoire dans sa maison natale pour ses études sur la planète Mercure, en particulier, et qui a laissé des mémoires scientifiques qui font encore autorité. De même, les Hôtels de Montfaucon, des Lévis sont à signaler. 
L’église Notre-Dame-et-Saint-Michel, Située dans le cimetière, elle présente quatre tableaux dont trois retracent la fondation et l’œuvre des Trinitaires, et un retable du XVII.me siècle. On peut voir dans le cimetière le mausolée du maréchal Clauzel ainsi que les tombeaux du colonel Petitpied, du gouverneur Émile Pinet-Laprade, et de Raymond et Marie-Louise Raymond Escholier. 
Le pont, d’une longueur de 206 mètres et comportant sept arches, il est l’œuvre de l’architecte Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), qui fonda avec Daniel-Charles Trudaine l’École nationale des ponts et chaussées, et dont les ouvrages les plus connus sont le pont de la Concorde à Paris (1787-1791) et le pont de Nantes. Sa construction est initiée en 1776. Le chêne vert, proche du pont, est un vénérable arbre de 800 ans. 
La Fontaine des Cordeliers, dans la périphérie, la fontaine des Cordeliers date du XVII.me siècle. C’est en 1272 que les franciscains « Cordeliers » s’étaient installés à Mirepoix, à la demande de Guy Ier de Lévis (1216). 
Le château de Terride, l’ancien château de Mirepoix, dont la première mention remonte à 960, avait été pris (en même temps que la cité, le 22 septembre 1209, jour de la Saint-Maurice), par les croisés de Simon de Montfort. Celui-ci l’avait donné à Guy de Lévis (c’est le 1er décembre 1212 que ce dernier reçoit un domaine d’environ 200 km2, dont Mirepoix est le siège). Le château ne prit le nom de « Terride » qu’au XVI.me siècle, en vertu d’une convention conclue entre Jean de Lévis et Catherine-Ursule de Lomagne, qui lui apporta en dot la baronnie de Terride en Gimois (Lot-et-Garonne, commune de La Bourgade, où se trouve le château de Terride). 
Pierre-Paul Riquet, qui conçut et réalisa presque entièrement le Canal du Midi, vécut à Mirepoix de 1634 à 1646 en tant qu’officier de la chambre à sel. Marié à Catherine de Milhau, il fit baptiser à Mirepoix ses quatre premiers enfants avant d’aller s’installer à Revel. Le général d’Empire Bertrand Clauzel (1772-1842), recevra son bâton de maréchal de France sous Louis-Philippe Ier en 1831. Le duc Antoine de Lévis-Mirepoix, académicien, historien et écrivain (1884-1981). Il fut maire de la cité par délégation spéciale durant la Seconde Guerre mondiale. J. B. Mercadier (1750-1818), ingénieur de la province du Languedoc. Il supervisa les travaux du pont dont la conception revient à Jean-Rodolphe Perronet. Pierre Poisson ou Peysson, architecte originaire de la ville, il fut appelé en Avignon par Jacques Fournier (évêque de Mirepoix entre 1326 et 1327, inquisiteur), après que celui-ci eut été élu pape sous le nom de Benoît XII, pour y édifier une partie du Palais des Papes• Jean-Joseph Vidal (1747-1819), astronome qui a notamment étudié la planète Mercure. Claude Labatut né le 27 mars 1942 à Mirepoix. Finaliste du championnat de France de rugby en 1969 avec le Stade Toulousain. A joué à Toulouse et Mauvezin. Troisième ligne aile (1 m 76 84 kg). Pierre Salettes né le 24 novembre 1950 à Mirepoix. Vainqueur du championnat de France de rugby à XV en 1979 avec Narbonne et finaliste en 1974. A joué à Quillan et Narbonne. Talonneur (1 m 80 90 kg).

Nous flânons dans la cité médiévale, sous les halles commerçantes, où sont touche à touche des terrasses de cafés et de restaurants. Nous profitons d’une terrasse baignée par le soleil, pour prendre un verre. Il est temps de rejoindre l’autocar, il est 17 heures. Nous empruntons la nationale jusqu’à Bram, où nous filons par l’autoroute jusqu’à Montpellier, il est 19 heures 30 quand nous y arrivons.

Quelle journée agréable, où le soleil nous a accompagné sans restriction. Rosemary, nous avait fait découvrir le catharisme, il y a quelques années, et aborder les dominicains a été génial pour parfaire cette époque tumultueuse de la région. Bon, nous n’avons plus qu’à attendre la prochaine sortie, pour glaner d’autres connaissances géographiques, historiques, et de la vie quotidienne.

Michel Michelland

On appelle « Cathares » (du grec καθαρός / katharós, « pur ») les adeptes d’un mouvement chrétien médiéval. Le nom a été donné par les ennemis de ce mouvement, jugé hérétique par l’Église catholique et adopté tardivement par les historiens. D’autres sources rappellent que ce nom, proposé pour la première fois par le moine Eckbert de Schönau (en Rhénanie), serait un jeu de mot associant ces hérétiques avec des adorateurs du diable (catus), représenté sous la forme d’un chat blanc ailé. Enfin, Michel Roquebert, propose dans son ouvrage, l’hypothèse d’une erreur de Alain de Lille qui aurait confondu le terme catharos (pur) et kataroos (écoulement) qui a donné en français le mot catarrhe, pris dans le sens d’un « suintement de la doctrine hérétique ». « Communauté à deux niveaux », les adeptes de ce mouvement se nommaient eux-mêmes « Bons Hommes », « Bonnes Dames » ou « Bons Chrétiens », mais étaient appelés « Parfaits » par l’Inquisition, qui désignait ainsi les « parfaits hérétiques », c’est-à-dire ceux qui avaient reçu le « consolament », c’est-à-dire l’imposition des mains et faisaient la prédication, par opposition aux simples « fidèles » hérétiques. Principalement concentré en Occitanie, dans les comtés de Toulouse et de Béziers-Albi-Carcassonne le catharisme subit une violente répression armée à partir de 1208 lors de la croisade contre les Albigeois puis, condamné au IVe concile de Latran en 1215, durant un siècle, la répression judiciaire de l’Inquisition. L’origine du terme semble remonter au grec catharoi, terme qui, chez Saint-Augustin, désigne une secte manichéenne africaine dont les adeptes se seraient prétendus « purs ». Eckbert de Schönau, moine rhénan, utilise le mot dans un de ses sermons en 1163 pour désigner les hérétiques de Germanie. Vers 1200, on retrouve le mot dans un ouvrage « De haeresi catharorum in Lombardia » puis dans « Adversus catharos », de Monéta de Crémone vers 1241 et enfin « Summa de catharis » de Rainier Sacconi, quelques années plus tard. Alain de Lille, dans « De catholica », écrit vers 1200, propose trois étymologies. La première rattache le mot à « casti », chaste, juste. Michel Roquebert juge cette hypothèse irrecevable. La deuxième est grecque, « cathar », qui signifierait que des cathares suinte le vice. En fait Alain de Lille confond « cathar »,pur, et « katarroos », écoulement, mais au delà de l’erreur de grec le sens reste plausible. Enfin la troisième origine serait latine, de catus, le chat »car, à ce qu’on dit, ils baisent le derrière d’un chat » alors que dans le Nord de la France le chat noir est la personnification du Diable. Lorsque l’Eglise n’utilise pas le terme « hérétique » elle emploie parfois le mot cathare, infamant. Quoiqu’il en soit, le terme n’est jamais utilisé par les hérétiques eux-mêmes. C’est apparemment Charles Schmidt qui relance l’expression en 1848 avec son « Histoire ou doctrine de la secte des cathares ou albigeois ». Le terme cathare manque donc d’historicité et de neutralité, mais c’est celui qui s’est imposé. On a longtemps hésité sur les liens entre le catharisme et le bogomilisme. Ces deux doctrines furent considérées alors comme proches du manichéisme, car le clergé romain disposait d’ouvrages de réfutation, notamment ceux d’Augustin, ancien manichéen lui-même. Le bogomilisme subsistera en Bosnie, où il aurait été la religion officielle jusqu’à la conquête turque, à la fin du XV.me siècle. La thèse de filiation directe est aujourd’hui contestée, même si les historiens admettent l’existence d’échanges et de convergences des doctrines. Le dernier colloque de Mazamet (2009) vient de confirmer les liens entre cathares et bogomiles, ainsi que les origines doctrinales des deux, qui remontent aux premiers siècles du christianisme (Paul, Marcion, Valentin). Même si le développement du catharisme semble appuyer l’idée d’une expansion depuis l’Europe centrale, il n’est pas prouvé à ce jour qu’il s’agisse bien de la réalité. Des communautés hérétiques sont apparues en Europe occidentale vers l’an Mil, sous différents noms selon les régions : manichéens, origénistes, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins, albigeois, en Allemagne, en Flandre, en Champagne, en Bourgogne. Le fait que les relevés doctrinaux soient conformes à la base de la doctrine cathare (au sens large du terme) permet de relier ces différentes émergences, même si la répression les a fait disparaître de ces régions. La présence de l’évêque de France à Saint Félix Caraman, cité dans la Charte de Ninquinta (aujourd’hui largement authentifiée), prouve les liens entre ces communautés du nord et celles d’Occitanie. Les réactions des autorités civiles ou ecclésiastiques et des populations expliquent cette géographie du catharisme et sa persistance dans le Midi. Selon Michel Roquebert, cette tolérance religieuse est peut être due à une longue cohabitation avec d’autres confessions : arianisme de la période wisigothe, proximité de l’Espagne islamique, présence de nombreux juifs. Pour ce qui est de l’Italie du Nord, l’implantation du catharisme, très différent de celui qui se développa en France, profite du conflit entre le pape et l’empereur. C’est dans ces régions que les Bons Hommes se sont organisés en communautés d’hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. Ces communautés étaient constituées de plusieurs «maisons». On y aurait souvent pratiqué des métiers liés à l’artisanat local, et fréquemment le tissage, en référence aux premières communautés chrétiennes. Plusieurs communautés constituaient une Église, ou diocèse cathare, à la tête duquel se trouvaient des évêques. la croix du Languedoc, croix « évidée et pommetée », fut un symbole de raliement cathare, puisqu’elle fut la croix des armoiries des comtes de Saint-Gilles, devenues celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc, avant la croisade catholique et l’Inquisition visant à exterminer les cathares. Au milieu du XII.me siècle (1167), les Églises cathares étaient au nombre de huit cents en France. Au XIII.me siècle, en 1226, un nouvel évêché fut créé, celui du Razès, dans la région de Limoux. Ces Églises étaient indépendantes. Elles ne reconnaissent pas d’autorité supérieure à celle des citoyens, comme celle du pape pour l’Église romaine. Les maisons de «parfaits» étaient réunies sous l’autorité d’un diacre, et chacune était dirigée par un ancien ou une prieure. L’évêque était lui-même assisté par un «fils majeur» et un «fils mineur», qui étaient choisis parmi les diacres, et qui prenaient sa succession, le fils mineur remplaçant le fils majeur, qui devenait évêque, à sa mort ; cela se produisit fréquemment lorsque la persécution commença. Les femmes pouvaient obtenir le consolament, et accéder ainsi à la vie de parfait. Même si elles n’étaient pas habituellement chargées de la prédication, comme les hommes, quelques exemples montrent qu’elles pouvaient assurer toutes les missions dévolues aux bons hommes : prédication, notamment aux femmes, ou en association avec un homme, participation aux disputes (Esclarmonde) et consolament, notamment pendant la répression inquisitoriale. Par contre, nous n’avons pas trace de bonne femme diacre ou évêque. Par cette organisation, les Cathares ont voulu reproduire fidèlement celle de l’Église primitive, telle qu’elle est décrite dans le Nouveau Testament, dans les épîtres de Saint-Paul, et dans les Actes des apôtres, principalement. Le catharisme ne s’appuie pas sur une théologie puisqu’il considère que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. Cette doctrine est le fruit d’un travail de recherche scripturaire, prenant en compte le Nouveau Testament, notamment l’Évangile selon saint Jean et celui selon saint Luc, dont au moins la moitié est aujourd’hui considérée comme le reliquat de l’Évangélion de Marcion de Sinope, lui-même écrit selon la prédication de Paul de Tarse. C’est une interprétation très différente des évangiles de celle qu’en fait l’Église catholique. Les cathares s’appuient aussi sur de nombreux écrits (Paul, Marcion, Livre des deux principes, rituels, etc.) et s’inspirent de courants de pensée plus anciens (paulinisme, gnosticisme), tout en gardant, sur bien des points, de notables distances avec ces philosophies ou religions, auxquelles le catharisme ne peut être assimilé d’un bloc. En effet, les cathares n’ont jamais parlé de Mani, de Sophia ou des Éons, et se différencient réellement des écrits de Paul et de Marcion, représentant une évolution doctrinale, de celle de ces deux pères de l’église. Les cathares recherchent le sens originel du message du Christ. Leur foi se base sur les principes suivants : Dieu, appelé le principe Bon, existe de toute éternité et n’aura pas de fin. Il est parfait et son œuvre est parfaite, inaltérable et éternelle. Il est omniscient et tout puissant dans le Bien. Dieu est le créateur de ce qui est, et ce qu’il n’a pas créé n’est rien (nihil traduit par «néant») ; Les esprits, appelés anges par simplification, sont de nature divine ; Dans le Néant est le principe Mauvais, ou principe du Mal. Dieu, qui n’a pas de mal en Lui, ne peut connaître ce principe Mauvais, mais celui-ci, ambitionnant d’imiter Dieu, est parvenu à détourner une partie des esprits de la création divine ; Le principe Mauvais a attiré les esprits par force (catharisme absolu ou dyarchien), ou par tentation (catharisme mitigé ou monarchien), car il n’a d’existence que pour autant qu’il puisse se mêler à la création divine (le Bien. Cette vision de la constitution de l’univers visible constitue le mythe de la chute du tiers des anges ou, selon les interprétations, de la troisième partie de leur composition : être, âme, et corps subtil. Introduits dans des corps charnels fabriqués par Lucifer, ces êtres sont différents de l’âme qui est de création maléfique, et qui assure la survie du corps charnel ; Cette création, issue d’un créateur imparfait et non éternel, est imparfaite et corruptible. Elle a eu un commencement et elle aura une fin. Cette fin surviendra quand le Mal s’étendra sur la création et que les esprits auront réussi à s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Alors, le Mal ayant perdu les avantages du mélange, redeviendra Néant. Le Mal est donc vainqueur dans le temps mais, son accomplissement constitue sa perte. Il est donc vaincu dans l’éternité. Les deux principes ne sont donc pas de même nature et de même puissance. Il ne s’agit donc pas d’un dualisme manichéen, ni d’un dithéisme, mais d’un dualisme comparable à celui de l’église de Rome, sauf qu’au lieu d’être eschatologique, centré sur la fin des temps et la division du monde entre paradis et enfer, il est originel, centré sur la bonne création, qui seule subsistera à la fin des temps. Le Christ, fils de Dieu, et envoyé par Lui, est venu pour leur révéler leur origine céleste et pour leur montrer le moyen de retourner aux cieux. Ainsi, le Christ est uniquement l’envoyé du Père (aggelos : ange, messager) venu apporter le message du salut aux hommes. Il ne s’est pas soumis au Mal par l’incarnation, et est demeuré un pur esprit (docétisme). Marie ne l’a jamais enfanté. Les cathares du Moyen Âge sont en accord sur l’essentiel de leurs croyances, et les légères variantes observées (absolus ou dyarchiques, et mitigés ou monarchiques) n’avaient pas de répercussion. L’esprit était transmis, soit par les générations depuis le premier homme (traducianisme), soit par transmigration dans un nouveau-né après la mort (réincarnation, origénisme). Les cathares reconnaissaient un ou deux principes, selon qu’ils étaient «monarchiens», ou «dyarchiens», «mitigés» ou «absolus». Les cathares absolus pensaient que le principe du Mal ne pouvait trouver son origine dans le principe du Bien. Autrement dit, représentant le Bien absolu, Dieu ne pouvait avoir créé un ange corruptible (Lucifer). Pour les dualistes absolus, les deux principes, le Bien et le Mal, coexistent depuis la création divine, puisque c’est hors de cette création qu’ils se trouvent. Le Dieu de l’Ancien Testament est en fait l’envoyé du Mal, comme le disait déjà le marcionisme (sources en Asie Mineure). C’est uniquement par le Saint-Esprit que l’esprit peut être libéré du monde physique, et c’est par le baptême, par imposition des mains, reçu par les apôtres et transmis par eux, que l’esprit pourra accéder au Salut. Toutefois, le baptême ne pouvait être administré à un jeune enfant de moins de 13 ou 14 ans, jugé inapte à discerner l’importance de cet acte (anabaptisme). Celui-ci devait être effectivement administré à une personne, en connaissance de cause, et sur la base de sa conviction. Il est à noter le respect inconditionnel de la vie qu’avaient et que prêchaient les Bons Chrétiens, comme ils se nommaient. Tout ce qui avait place dans le monde matériel méritait, pour eux, considération. Le mépris du corps et la volonté de purification expliquent qu’ils observaient un régime alimentaire très strict, parfois confondu avec un suicide par grève de la faim (endura) par ceux qui ne connaissaient pas la doctrine cathare. Les relations sexuelles, que ce soit dans le mariage ou en dehors, relevaient de la même impureté, et devaient être évités pour les Parfaits. Ils avaient à cœur de mener leurs contemporains sur la voie du salut afin d’écourter, un tant soit peu, le cycle des passages en ce bas monde. Les cathares, se considérant alors comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils s’appuient principalement sur les enseignements du Nouveau Testament, leur unique prière étant le Notre Père. Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l’Église catholique romaine tout au long du Haut Moyen Âge, n’ont aucune valeur : le sacrement du baptême d’eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés (incapables selon eux de comprendre l’engagement qu’est le baptême pour celui qui le reçoit) ; la médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts) ; le sacrement de l’Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison ». le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse. De même que dans certains courants de l’Église chrétienne primitive, l’idéal cathare est basé sur une vie ascétique, alors que le sacrement du mariage aurait été créé tardivement afin de permettre aux fidèles d’être chrétiens dans le mariage, leur donnant la possibilité d’accéder au salut sans suivre la voie monastique. Ils n’attachent pas d’importance aux églises bâties qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte car la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles. Leur seul sacrement est le baptême, ou consolament. Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin consolamentum) ou « baptême d’esprit et du feu » par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ, est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l’homme : l’esprit. Il est le point de départ d’un choix de vie en accord avec la doctrine (justice et vérité), permettant à la nature divine de l’impétrant de se détacher partiellement de la nature mondaine et d’accéder au salut. Le consolament officialise donc le choix du novice ou du mourant à mener une vie chrétienne. Il n’est que la reconnaissance d’un état et non un apport d’une qualité extérieure. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d’ordination et de viatique (extrême-onction), alors appelé « consolament des mourants ». Le consolament est conféré par un membre de la hiérarchie et engage celui qui le reçoit dans une vie religieuse qui, comme toute ordination, suppose la prononciation de vœux et le respect d’une Règle : pratique de l’ascèse, engagement à ne pas manger de la viande, la pratique de la morale évangélique : interdiction de jurer, de mentir, de tuer. Il fait d’un croyant cathare un Bon Homme ou une Bonne Dame, membre du clergé, prédicateur, capable d’apporter lui-même le consolament aux mourants. Il était donc aussi administré aux mourants qui en faisaient la demande, c’est-à-dire aux simples croyants qui n’avaient pas franchi le pas de l’ordination durant leur vie, mais souhaitaient rencontrer le Saint-Esprit, leur donnant une chance d’accéder au salut, avant de mourir. Les prières des parfaits après la mort du consolé pouvaient durer encore quatre jours, et si le mourant survivait, il devait alors embrasser la vie de parfait avec les contraintes associées. Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu’ils vont instruire directement, via des traductions en langue vernaculaire, contrairement au clergé catholique qui refuse tout contact direct du peuple avec les textes sacrés. Cela leur rapportera également, tout simplement, l’argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l’existence d’une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite. Les cathares vivaient dans des « maisons de parfaits », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d’atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination. Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n’étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant. Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et mourait. Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l’enseignement. Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Afin de ne pas procréer, c’est-à-dire créer un nouveau corps – d’essence mauvaise – ils étaient astreints à la chasteté et refusaient la procréation, ils devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l’accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l’Inquisition. En réalité, cette façon de vivre toujours au moins à deux tenait à la conviction que l’esprit seul ne peut éviter de se fourvoyer alors qu’avec – au moins- un compagnon ou une compagne, les errements sont plus faciles à combattre. Ils ne devaient pas mentir, s’abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l’édification des chrétiens, bien que le catharisme touchât essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s’appliquait également aux animaux. L’interdiction de mentir, ainsi que l’interdiction de jurer, fut largement utilisée par les inquisiteurs pour identifier et pourchasser les bons chrétiens. Ils devaient s’abstenir de toute consommation de produits de la fornication. En cela ils s’interdisaient toutes viandes ainsi que le lait et les produits dérivés. Le jeûne était de pratique courante mais, le jeûne le plus strict prévoyait du pain et de l’eau. L’endura, qui conduisit des « bons hommes » à la mort, est un jeûne suivant le consolament et qui a pu conduire certains « bons chrétiens » à la mort pendant l’inquisition en raison de situation particulières (mourants ou blessés consolés in extremis). Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l’ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique. Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués. « Dès la fin du XII.me siècle dans le Midi de la France, « manger de la viande » et se convertir au catholicisme sont synonymes. » René Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIII.me siècle. L’ingestion volontaire de la nourriture carnée avait les mêmes effets que la rupture délibérée avec l’Eglise cathare. Pour les cathares, l’abstinence n’est pas privation, comme pour le catholique : « le jeûne que vous faites vaut autant que le jeûne du loup », disait le cathare Bélibaste, (dernier « Parfait », assassiné brûlé vif), à propos du carême catholique. Cela dit, il n’y a pas de recherche de l’ascèse pour elle-même. Les Parfaits, qui ont l’obligation de travailler et même d’exercer un travail manuel, apprécient ce à quoi ils ont droit de manger et de boire, et aiment que ce soit bon. La prohibition du meurtre est commune à toutes les familles chrétiennes. Le catharisme, là encore, ne se distingue que par la valeur absolue qu’il lui donne, et par le fait qu’il l’étend aux animaux susceptibles d’avoir reçu une âme céleste. On retrouve, à l’autre extrémité de la période cathare, des indications explicites : Deux femmes de Montaillou (Ariège), vers 1300, discutent religion : « ma commère, ce serait un grand péché de tuer cette poule ! Est-ce un si grand péché de tuer une poule qu’on le dit ? Oui, car dans notre religion, les âmes humaines, quand elles sont sorties des corps des hommes et des femmes, se mettent ou s’introduisent dans des poules. » Le refus de tuer la volaille est un topique de la littérature miédiévale : un inquisiteur dénonce à l’empereur les cathares amenés à Goslar par le duc de Lorraine vers 1053, un autre inquisiteur fait brûler un toulousain qui lui avait répondu qu’il ne voyait pas quelle faute avait commise ce coq, pour qu’il dût le tuer (vers le milieu du XIII.me siècle) ; le même fait brûler deux dames de Foix, en fuite, et que leur déguisement de mauresque n’avait pas mise hors de la suspicion de leur aubergiste toulousaine, qui renseignait l’Inquisition : en effet, prétextant qu’elle s’en allait faire le marché, l’aubergiste leur demanda de tuer et de déplumer les poules pendant son absence, afin de l’avancer dans son travail ; comme lorsqu’elle fut revenue les poules étaient toujours vivantes : l’aubergiste ne dit pas un mot, appâtée par la prime promise aux délateurs ; elle sortit et revint avec deux sergents de l’Inquisition, qu’elle avait déjà alertés; il n’y a pas lieu de chercher des motifs mystérieux à cette épreuve, qui remplaçait avantageusement les ordalies en usage si longtemps contre les hérétiques dans le nord de la France. Les poulets ne sont pas seuls en cause. Les cathares fréquentaient les paysans, et essayaient de modifier leur mentalité. Ils leur recommandaient, par exemple, de traiter les animaux avec douceurs. Les femmes se montraient sans doute plus sensibles que leurs maris : « Guillemette, voyant un Croyant cathare faisant fonction de Parfait battre méchamment son ânesse, ne contient pas son indignation : « ça se dit receveur d’âmes, et ça martyrise les animaux ! » » La sensibilité cathare à ce sujet pouvant prendre les formes les plus désespérées : « Un hérétique que l’on mène en prison, à travers les rues de Limoux, se met à pleurer en voyant les bouchers tuer des veaux, près de l’abattoir de la ville. Il pleurait sur le sort de tous ces gens qui pêchaient mortellement et se perdaient en mettant à mort une bête. » Si les Parfaits tombaient par hasard sur un animal pris au piège, ils avaient le devoir de le délivrer, mais, de ce fait, ils causaient un dommage au chasseur… Alors, bien que le Rituel ne leur en fît pas obligation, ils faisaient partir le lièvre et laissaient à sa place une pièce de monnaie. Le « végétarisme cathare » était donc un refus de commettre la violence à l’égard d’une créature « ayant du sang », principe, pour eux, des « vrais chrétiens » : « Si un criminel dangereux les attaquait, ils pouvaient se défendre ; tuer la vipère ou le loup. Encore qu’à l’époque du Catharisme triomphant, un Parfait ne l’eût sans doute point fait, car il était aussi grave de tuer une bête « ayant du sang » que de tuer un homme. » Les Inquisiteurs exigeaient des sympathisants hérétiques – seulement en tant que premiers repentants (en cas de récidive, il y avait condamnation au bûcher) qu’une croix latine jaune soit cousue sur leurs vêtements, l’une sur le dos l’autre sur la poitrine, signe d’infamie. Ils restaient sous la surveillance active des recteurs qui chaque dimanche les frappaient de verges Illustration de la dispute entre saint Dominique et des Albigeois, où les livres des deux parties furent jetés au feu, et où ceux de saint Dominique furent miraculeusement préservés des flammes. Peinture par Pedro Berruguete. Leur obstination, leur anticléricalisme intransigeant, leur opposition à la hiérarchie catholique, à laquelle ils reprochent sa richesse ostentatoire et ses abus de pouvoir, valent aux cathares de s’attirer les foudres de l’Église romaine, d’autant plus que leur mépris pour le corps et leur conception nihiliste de l’existence étaient perçus comme éminemment dangereux. Ils sont condamnés comme hérétiques. Ainsi que beaucoup d’autres mouvements dissidents ou contestataires, les cathares deviennent l’objet d’une lutte permanente. L’Église romaine tente d’en « purifier » la chrétienté occidentale en excluant systématiquement tout individu ou groupe mettant en péril le projet de société chrétienne qu’elle construit depuis le début du Xe siècle. Un critère qui sera souvent utilisé est leur refus du mariage, qui permettra de les nommer orgiaques et impies. Une prière des confréries corses porte toujours une mention de cette réputation de « satanales », lorsqu’elle dit, « chandeliers triangulaires aux cierges éteints », écho des vices qui se pratiquaient prétendument dans les églises, une fois les cierges soufflés, et qui renvoie à toutes les peurs de la sorcellerie, des messes noires, etc. Mais la cause principale est politique : les nobles occitans étaient rebelles à l’autorité française et romaine, plus riches et appréciés des cours européennes, les nobles occitans se permettaient bien trop de liberté au gout du pouvoir français et romain. Il fallait les écraser et, accessoirement, voler leurs richesses. Ce fut fait. Plus de 1500000 d’occitans furent passés par les armes, les villes occitanes furent entièrement vidées de leurs habitants et ceux-ci tous occis, les grandes villes comme les plus modestes telle que Marmande. L’Église catholique confie aux cisterciens, au XII.me siècle, puis, avec plus de succès, au XIII.me siècle, aux ordres mendiants (aux franciscains et au nouvel ordre des dominicains, ayant reçu leur constitution en 1216) le soin de combattre ce danger de l’hérésie. Les cathares sont difficiles à convaincre. La prédication ou le débat doctrinal instaurés à cette fin dans le Midi de la France par l’Église tourne court pour le moment, malgré la prédication de Saint Dominique, qui fut par la suite mise en valeur par l’Église. : prétexte expier l’assassinat du légat du pape Face à cet échec de faire disparaître cette hérésie, le pape Innocent III lance en 1208 contre les « Albigeois », ou cathares, la première croisade qui se déroulera sur le territoire de la chrétienté occidentale. Avec la Croisade contre les Albigeois, il s’agit pour l’Église de mater une hérésie, mais aussi en partie, pour le pouvoir central de la royauté française, de soumettre les seigneurs du Sud, ses vassaux trop indépendants. Néanmoins Philippe Auguste, le roi de France, ne voudra jamais participer personnellement à cette croisade, mais il laissera ses vassaux libres de toutes actions. La guerre durera vingt ans (1209-1229). Il faut savoir que les domaines que tenait le comte de Toulouse étaient d’une richesse enviable. Simon de Montfort, un seigneur ambitieux, prit la tête des troupes levées par le pape et réussit à mettre à son nom tous les titres et possessions du comte de Toulouse, Raymond VI, comme le lui permettait la croisade. La lutte armée pour pacifier le Languedoc se poursuivit dans le Midi tout au long du XIII.me siècle. Elle est relayée sur un plan spirituel par l’institution de l’Inquisition, créée en 1231 pour traquer la « dépravation hérétique », et convaincre les cathares de revenir vers la foi chrétienne. Ajouter ici le sort de la première croisade, la reprise du pouvoir par le comte de Toulouse, la remise des titres de propriété au roi de France par le successeur de Guillaume de Monfort, la deuxième croisade à laquelle participe le roi de France, et l’annexion des territoires du Sud-Ouest à la couronne de France. La tâche de l’Inquisition fut facilitée par le refus du serment que pratiquaient les cathares. Ainsi, lorsqu’un inquisiteur interrogeait un parfait, les plus convaincus étaient faciles à détecter. Les inquisiteurs (surtout les Dominicains) notaient soigneusement tous les interrogatoires et ainsi tous les Bons Hommes furent l’un après l’autre arrêté suite, souvent, aux révélations de leurs pairs. De plus, un cathare ne pouvait être sacré que par un parfait et les mourants ne pouvaient recevoir l’Absolution (consolamentum des mourants) que des mains d’un parfait. Que ce soit une tactique déterminée ou pas, l’Inquisition, en faisant disparaître le clergé cathare, fit disparaître le culte avec lui, ce qui était le but recherché. Le sac de Béziers La ville de Béziers abritait des cathares ; elle était tenue par les Trencavel, vassaux des comtes de Toulouse – excommuniés par le pape en raison de leur trop grande tolérance envers les Cathares. La mémoire Biterroise conserve une place particulière à une date pendant cette période : le 22 juillet 1209. Ce jour-là, la Croisade des Albigeois, contre les Cathares, se traduisit par le sac, l’incendie de Béziers et le massacre d’une partie de sa population (20000 personnes) (chiffre considérablement exagéré car la population totale de Beziers ne dépassait pas à cette époque 8000 habitants) (cathares comme chrétiens, ici il n’est plus question de lutte religieuse mais de combattre les hommes de seigneurs excommuniés et rebelles) en l’église de La Madeleine. On l’a baptisé « Lo gran mazel » (« la grande boucherie ») Le moine allemand Césaire de Heisterbach (dont Régine Pernoud précise qu’il est un auteur « peu soucieux d’authenticité ») relate dans son Livre des Miracles qu’il écrit dix ans après les faits, qu’Arnaud Amaury, le légat du pape, à qui on demandait comment différencier les cathares des bons catholiques de Béziers pour les épargner, déclara « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les Siens. » Cette déclaration ne se trouve dans aucun document historique, elle n’a vraisemblablement jamais été prononcée mais est employée fréquemment depuis le film de télévision sur les cathares « La caméra explore le temps ». Les travaux inquisitoriaux de l’Evêque de Pamiers, Jacques Fournier, auront bientôt eu raison du « Dernier Parfait », Guilhem Bélibaste. Ce dernier, après avoir commis un meurtre (1305), fut contraint à l’exil, puis, après une pénible initiation, fut ordonné parfait. Pour fuir l’inquisition, qui se faisait de plus en plus présente, il alla se réfugier en Catalogne, puis à Morella, en haut pays valencien (1309), d’où il allait régulièrement prêcher et visiter la « diaspora » des hérétiques en exil installés dans toute cette région. En 1321, Arnaut Sicre le convainc de l’accompagner chez sa tante, dans le comté pyrénéen du Pallars, à la lisière du comté de Foix. Cela s’avéra être un piège imaginé par Fournier, dont Sicre exécuta la manœuvre par cupidité et pour venger la mort de sa mère victime elle-même du bûcher. Emprisonné et jugé à Carcassonne, l’inquisiteur Jean de Beaune le condamna au bûcher. C’est à Villerouge en Termenès que le « dernier Bon Homme » acheva son ultime voyage par le feu (1322). Les quelques derniers hérétiques furent emprisonnés, jusqu’à ce qu’à partir de 1329, on n’entendit plus parler de « Bons Hommes » ni de « Bonnes Femmes » en pays occitan.

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