départ de jessie

Oua oua à tous,

Je prends ma plus belle patte pour vous raconter ma vie de toutou depuis le paradis des animaux, voici donc ma petite griffouille.

Je suis née dans un élevage de labrador en Camargue le 4 septembre 1994, on me donna le nom de Jessie Girl du grand Cassieux, à l’âge de 3 mois j’ai été adopté par des maîtres princiers qui vivaient à Monaco. La vie dans un appartement malgré son grand standing n’était pas de mon goût car j’y étais souvent seule, je m’ennuyais, je faisais plein de bêtises. Mes maîtres ont donc décidé de me confier à l’école de chiens guides d’Eze, j’avais environ 10 mois. On me destinait à la reproduction, mais suite à des examens vétérinaires, on a décelé un petit problème de hanche. Devant ma docilité en plein air, Bernard mon ami éducateur canin décida de me transformer en chien guide d’aveugle. Pour moi ce fut le Pérou, enfin je n’étais plus seule, j’avais des compères, je faisais des exercices à l’école de chiens guides et je faisais la grande dame sur les trottoirs de Nice. En décembre 1995 je fais la connaissance d’une certaine Claudine à l’hôtel Hilton à Nice, je compris que ce serait certainement avec elle que je formerais un binôme. A vrai dire j’ai boudé pendant toute la cérémonie, j’étais un peu mal à l’aise, en fait Claudine aussi, nous n’étions pas dans notre cadre. Je continuais donc mon apprentissage avec passion, en mars 1996, j’étais fine prête, Claudine est venue me rejoindre à Eze, ce fut tout de suite le coup de foudre, nous étions faites l’une pour l’autre. Nous sommes arrivés à Montpellier sous une pluie battante, à notre arrivée, j’ai bondi sur le canapé clic-clac pour m’emparer d’une peluche, vous auriez vu la tête de Michel l’ami de Claudine. Au début j’ai testé ma maîtresse j’ai essayé de lui faire des farces dans le genre je passe devant la maison sans m’arrêter, mais elle connaissait parfaitement les parcours, elle me reprenait, je me suis rendu compte qu’il ne servait à rien de faire la cabocharde, alors il valait mieux que j’exécute les ordres. Nous formions une bonne équipée, Claudine m’a appris à circuler dans le vieux Montpellier, dans notre quartier du Mas Drevon et sur les différents sites où Claudine travaillait. J’étais fière de me balader tous les jours, en décembre 1996, Claudine et Michel décidèrent de créer une section de randonnée, ce fut pour moi un très joli cadeau. Tous les dimanches jusqu’en juin 2007, je fus assidu à la découverte de la région de Montpellier à travers la garrigue, les collines, les étangs et la mer dont je raffolais pour m’y jeter car j’adore l’eau. Je me défonçais comme une folle pendant les randos en aboyant pour faire activer la queue de la colonne de randonneurs car je n’aime pas les retardataires (groupir sinon je me fâche), ça exaspérait mes maîtres, mais je m’en balançais. Après le dimanche de défoulement, j’allais travailler avec Claudine, c’était le pied, pendant 3 jours je récupérais et le quatrième jour j’attendais le dimanche pour me défouler de nouveau. Dès les beaux jours nous allions chez Michel près d’Agde, c’était super, tout un jardin pour moi et une piscine et en plein été des enfants venaient en vacances c’était moi le surveillant de baignade, certes elle m’était interdite, mais combien de bains j’ai pris dans l’illégalité, Michel n’appréciait pas trop, tampis c’était si bon. Pendant ma jeunesse nous programmions nos vacances un peu pour moi, oui j’étais gâtée, nous avons fait des séjours de randonnées dans les Pyrénées où j’avais peur du brahme du cerf, dans les Alpes où je me régalais de me rouler dans les bouses de vaches, je me souviens d’un bain dans une eau glacée pour me rendre présentable à l’hôtel administré par Michel, ce fut d’ailleurs une bonne leçon et je n’ai plus recommencé mes roulades bouseuses. Dans le Jura suisse où j’étais la chouchou du groupe, dans le jura français où je sautais d’un torrent à l’autre, dans les Vosges où je gambadais dans d’immenses forêts de sapins. Enfin c’était sympathique et comme nous apprécions chaque massif montagneux, nous les avons parcourus plusieurs fois. Ce qui était super génial, c’était les semaines de ski de fond à fon romeu, au Grand Bornan et à Bessans, se rouler dans la poudreuse, poursuivre Claudine dans les pentes, c’était merveilleux. DE temps à autre nous allions aux Ulis où nous nous promenions dans le parc nord, je faisais quelques escapades pour aller me tremper dans le lac artificiel. Nous allions aussi à Dole, nous parcourions la ville, je me baignais dans un super lavoir, on me détachait sur le chemin de halage du canal du Rhône au Rhin, bien sûr je plongeais à ma guise. Comme j’étais un peu fada, quelquefois la berge était un peu trop haute, je ne pouvais pas remonter toute seule, Michel était obligé de se mettre à l’eau pour m’aider à retrouver la terre ferme, il ne rigolait pas car il était obligé de traverser la ville trempé comme une soupe. Je ne pouvais pas résister à la vue d’un ballon, je me souviens des après-midi de détente dans le jardin de Dominique et de Anésie avec mes 2 compagnons de jeux Marc et Sandrine. A la maison j’étais fille unique, j’appréciais quand mes cousines et cousins Edouard, Pierre, Gaétan, Margaux et Adélie venaient passer les vacances à la maison, c’était les jeux et les câlins assurés. Comme j’étais tout de même un chien disons exemplaire, j’ai accompagné Claudine dans des séjours mémoriaux dans le Périgord, en Anjou, en île de France, en Hollande, en Normandie. J’ai même eu l’occasion de prendre l’avion pour nous rendre en Tunisie, c’était marrant de voir le comportement des autochtones à mon égard, il avait tout d’abord peur de moi, ensuite je devenais leur amie de jeu. Au retour nous avons eu beaucoup de problèmes pour embarquer dans l’avion, grâce à moi nous avons décollé avec 30 minutes de retard et surtout nous avons voyagé en première classe. Claudine jugea la difficulté de voyager à l’étranger en ma compagnie, en plus les séjours découvertes en autocar n’étaient pas ma tasse de thé, elle décida donc de me trouver des nounous quant ils partaient pour ces sortes de séjours. J’ai donc passé de superbes vacances seule comme une grande avec Madjid, mamie des Ulis, Bruno et Sylvie, Geneviève et Michel. Je me rappelle d’avoir battu le pavé de Paris pour défendre le droit des personnes handicapés, de participer aux manifestations sociales à Montpellier où Claudine et moi avions le bonheur et la joie de marcher sur la route sans encombres, les trottoirs de Montpellier c’est la galère. En fait j’accompagnais Claudine dans tous ses déplacements, j’étais toujours partante, les après-midi où nous n’allions pas travailler c’est moi qui choisissais les promenade, Claudine me suivait et quant elle trouvait qu’il était tant de rentrer si je ne voulais pas elle demandait son chemin aux passants et voilà elle avait toujours le dernier mot. Quelquefois j’étais en manque d’activités, je commençais à m’exciter, alors j’accompagnais Michel dans sa séance de jogging, il me faisait sourire, il plafonnait à 10 à l’heure, je pouvais donc allégrement le suivre tout en reniflant la végétation. Je suis très fier d’avoir remporté 3 trophées lors de courses aux 10 kilomètres de Lyon avec Bruno et Céférino, au mont saint-Clair et à Poussan avec Claudine. La cerise sur le gâteau fut le téléthon de 2000, j’ai accompagné Claudine pour relier Avignon à Montpellier (75 kilomètres) à pied bien sûr et en 36 heures, arrivés à Montpellier tous les participants étaient épuisés, mais moi je faisais la belle sur le podium sur la comédie et la fière sur le plateau de télévision aux pieds de Pierre Perret, ça sert quelquefois d’avoir 4 pattes. Depuis 2 ans les randos devenaient trop difficiles, Claudine décida donc de me faire lever le pied, de temps à autre elle pratiquait une rando, elle me confiait à Michel qui après son jogging passait la journée avec moi. Je coulais une retraite tranquille, grandes siestes, petites balades sans harnais, quand on m’harnachait c’est que nous devions prendre le train, c’était bien pratique pour m’aider à grimper les marches de la gare et celles du train. Début 2009 je me sentais de plus en plus mal à l’aise pour même faire une toute petite balade, mais Claudine savait me motiver, elle me prodiguait de merveilleux petits massages qui estompaient quelque peu mes vieilles douleurs, je pouvais donc faire mon petit tour pour satisfaire mes besoins. Début août, ce fut la décadence, j’avais beaucoup de mal à me lever et à me tenir sur mes 4 pattes. Le vendredi 7 août Claude et Mamiche nous ont accompagnés à Agde pour y passer le week end, j’étais au bout du rouleau, j’avais de la peine à me lever. On m’installa dans la voiture, arrivée à la maison, je me requinquais et je fis mon petit tour de jardin. J’ai passé une nuit terrible, je n’avais plus de force pour aller boire, Claudine me seconda comme elle put. Le lendemain matin j’étais inerte dans le couloir, Michel m’aida à me lever et m’accompagna dans le jardin, je reniflais les arbustes, je m’écroulais et put me redresser avec beaucoup de difficultés. Devant mon comportement, Danièle une amie nous accompagna chez un vétérinaire pour qu’il donne son avis sur mon état. Il m’ausculta et diagnostiqua une paralysie du train arrière, il suggéra à Claudine de me donner des anti-inflammatoires pour soulager la douleur, mais ma mobilité était perdue. En fait je soufrai trop, Claudine prit la sage décision d’interrompre mon calvaire. On m’anesthésia, je m’endormis dans les mains de Claudine, ensuite le vétérinaire me prodigua le produit miracle qui interrompit mon cœur et me transporta au paradis des animaux.
Je sais la tristesse que je laisse à Claudine, mais ne regrettons rien, nous avons passé de superbes moments et puis 15 ans d’une vie si riche que demander de mieux, grosses lichettes à tous ceux que j’ai rencontré.

Jessie

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