lérab ling – 23 mars 2013

C’est le 23 mars 2013, second jour du printemps, que nous sommes conviés par l’association Rencontre, pour aller découvrir le temple tibétain à Roqueredonde. C’est sous un ciel gris que nous quittons Montpellier, nous sommes 44 participants à avoir répondu présent à l’organisatrice de cette journée Rosmay Granel.
Nous prenons la direction de Lodève, nous approchons de Gignac qui possède un riche patrimoine architectural. La tour de l’horloge du XIV.me siècle, notre dame de Grâce du XVII et du XVIII.me siècle, un chemin de croix qui date du XVIII.me siècle, il débute juste en face de l’église, il possède 14 magnifiques oratoires. Gignac possède certainement l’un des plus beaux ponts de France construit au XVIII.me siècle, l’animal totémique de Gignac est l’âne, il est fêté chaque année au cours de la fête locale. C’est après avoir entendu braire un âne, que les habitants de Gignac ont été avertis de la présence des sarazins autour de leur village. C’est au VIII.me siècle, que les gignacois ce sont aperçus, que leur village était entouré par les Sarazins, et qu’ils purent les pourchasser grâce aux cris de l’âne, Les gignacois lui sont donc reconnaissant. A cette époque, Gignac était sous l’influence de l’abbaye d’Aniane, elle avait été fondée par saint-Benoit, elle fut rasée par les protestants au XVI.me siècle. Notre Saint-Benoit, fondateur d’Aniane était né à Substantion à Castelnau-le-Lez, il était Visigoth, il a été sous les ordres de Pépin le Bref et de Charlemagne. Lors d’une bataille, il avait sauvé son frère de la noyade, il avait promis, que si son frère venait à survivre, de se faire moine, ce qu’il a donc fait. Tous les villages se terminant en ac comme Gignac, signifie qu’à l’époque romaine, le lieu était occupé par une grande propriété.
Nous sommes sur l’autoroute, la pluie est des nôtres, nous sommes à la hauteur de Lodève, qui est la limite du pays du mouton et celui des vignes, auparavant les collines qui nous entourent étaient cultivées, aujourd’hui elles sont recouvertes de friches. Lodève était reconnue à l’époque romaine, pour sa poterie, C’est Néron qui y installa une colonie romaine en 45 après Jésus-Christ. Au IV.me siècle, Lodève est devenue un évêché, ensuite la ville fut prise par les Visigoths, puis les arabes s’y sont installés avant d’être chassés vers l’Espagne. Lodève a eu des personnalités qui lui étaient liées, Saint-Fulcran, il est mort en 1006, il est fêté tous les dimanches qui précèdent l’ascension. Le sculpteur Dardet, c’était un brave paysan, né en 1888, il était très intelligent, il a suivi des cours du soir aux beaux arts de Montpellier pour se parfaire à sa passion qu’était le modelage. A partir de 1920, il a reçu de nombreux prix, il est devenu célèbre, il avait horreur de toutes les mondanités. Il n’était bien qu’à Lodève, où il a sculpté tous les monuments aux morts de la région, il est mort à Lodève en 1963, complètement ruiné et oublié de tous. Lodève était aussi la ville natale de Fleury, qui fut le ministre est confident de Louis XV.
Nous croisons Saint-Michel de grammont dont le prieuré fut un joyau du XII.me siècle, la région que nous traversons est parsemée de menhirs, une curiosité à voir le dolmen du causse Rouge. Il est vieux de 5000 ans, et il possède une table de 7 tonnes. Nous sommes tout près du lac du Mérou, il est connu pour son foisonnement de truites. Nous continuons à grimper les conforts du Larzac, nous n’arrêtons pas de virer, en plus de la pluie, nous sommes dans un brouillard épais.
Rosmay nous prépare à la visite du temple tibétain, elle nous explique le bouddhisme dont voici une présentation :
Le bouddhisme est, selon les points de vue traditionnels, une philosophie, une spiritualité ou une religion apparue en Inde au Ve siècle av. J.‑C. Le bouddhisme compterait aujourd’hui entre 230 et 500 millions d’adeptes, ce qui en fait la quatrième religion mondiale. Le bouddhisme présente un ensemble ramifié de pratiques méditatives, de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques, cosmogoniques et cosmologiques, abordées dans la perspective de la bodhi »l’éveil ». A l’instar du jaïnisme, le bouddhisme est à l’origine une tradition shramana, et non brahmanique (comme l’est l’hindouisme). Bien que le bouddhisme soit communément perçu comme une religion sans dieu, que la notion d’un dieu créateur soit absente de la plupart des formes du bouddhisme (elle est cependant présente dans les formes syncrétiques en Indonésie), la vénération et le culte du Bouddha historique (Siddhārtha Gautama) en tant que Bhagavat joue un rôle important dans le Theravada et particulièrement dans le Mahayana qui lui donnent un statut de quasi-dieu contribuant à flouter les notions de dieu et de divinité dans le bouddhisme. Le bouddhisme est né en Inde à peu près à la même époque que leJaïnisme avec lequel il partage une certaine tendance à la remise en cause de l’Hindouisme (en particulier de la caste sacerdotale des brahmanes) tel que ce dernier était pratiqué à l’époque (VI .me siècle av. J.‑C.). Le bouddhisme a repris et aménagé beaucoup de concepts philosophiques de l’environnement religieux de l’époque (tels que dharma et karma, par exemple). Le bouddhisme est issu des enseignements de Siddhārtha Gautama (l’« éveillé »), considéré comme le Bouddha historique. Les années de la naissance et de la mort de Siddhārtha Gautama ne sont pas sûres ; il aurait vécu au VI.me siècle av. J.‑C. à peu près quatre-vingts ans, mais les traditions ne s’accordent pas à ce sujet. La plus ancienne le fait naître en 624 av. J.-C. et mourir en 544 av. J.-C. Les Thaïlandais font débuter le calendrier bouddhique en 543 av. J.-C., un an après sa mort. Les spécialistes occidentaux de l’histoire de l’Inde ancienne, quant à eux, s’accordent pour situer la vie du Bouddha plutôt au Ve siècle av. J.‑C. Né selon la tradition, à Kapilavastu (Népal) de la reine Māyā, morte sept jours après sa naissance, et du roi Śuddhodana, il avait pour nom Gautama. Il appartenait au clan Śākya (ou Shakya) de la caste des kshatriya (nobles-guerriers), d’où son surnom de Shākyamuni, « le sage des Śākya ». C’est le nom principal que la tradition du Mahāyāna lui donne – Bouddha Shākyamuni – et par lequel on le distingue des autres Bouddhas. Il est aussi appelé Siddhārtha Gautama (pāḷi : Siddhattha Gotama) car Siddhārtha est donné comme son prénom dans certaines sources. La vie du Bouddha est riche en légendes décrivant des miracles et des apparitions divines. Mais c’est seulement 300 ans après sa mort qu’elle commence à être connue par des textes, en même temps que ses enseignements, grâce à l’empereur Ashoka qui en fait la promotion sur toute l’étendue de son domaine et envoie des missions à l’étranger. Le bouddhisme est une voie individuelle dont le but est l’éveil, par l’extinction du désir égotique et de l’illusion causes de la souffrance de l’homme. L’éveil est une base à l’action altruiste. Pour les theravādins, l’éveil est la compréhension parfaite et la réalisation des quatre nobles vérités ; il s’agit de se réveiller du cauchemar des renaissances successives (saṃsāra). L’homme éveillé atteint le nirvāṇa (l’illumination), et échappe complètement à la souffrance lors de sa mort (appelée parinirvāna, dissolution complète des cinq agrégats). Le cycle des renaissances et des morts est donc brisé.
Nous voici à Roqueredonde, c’est la commune où se trouve le temple tibétain, dont le nom est Lérab Ling. La pluie redouble de puissance, on nous sert le petit déjeuner dans le bus, puis la guide vient à notre rencontre. Depuis le parking, où le bus est stationné, il faut faire une marche de 800 mètres, pour atteindre Lérab Ling. Nous nous déchaussons pour pénétrer à l’intérieur du temple. Notre guide nous fait une entrée en matière, puis nous visionnons 2 petits films qui nous relatent le bouddhisme tibétain, et l’association RIGPA qui a fondé Lérab Ling, dont voici la synthèse :
Lérab Ling est un centre de retraite Rigpa de l’école Nyingma du bouddhisme tibétain fondé en 1991 par Sogyal Rinpoché. Ce centre est situé dans la commune de Roqueredonde, près de Lodève et du causse du Larzac, dans le Languedoc-Roussillon. Le nom de « Lérab Ling » signifie « sanctuaire de l’activité éveillée » en tibétain, et provient du prédécesseur éponyme de Sogyal Rinpoché, Lérab Lingpa, qui fut l’un des maîtres du 13.me dalaï lama. En 2002, Lérab Ling a été reconnu comme congrégation religieuse. Le 22 août 2008, le 14.me dalaï lama s’est rendu au temple pour son inauguration et sa bénédiction. Sogyal Rinpoché, le directeur spirituel de Lérab Ling, nous parle de sa vision du temple et de son avenir.
« Qu’on l’envisage comme une manifestation de la culture tibétaine, une demeure pour le bouddhisme tibétain, un centre pour propager les enseignementsdu Bouddha ou un lieu de pèlerinage pour les générations à venir, nous avons construit ce temple parce que nous sommes persuadés qu’il constitue la plus grande contribution que nous pouvons apporter à la cause de la sagesse, de la compassion et de la paix dans le monde. « Il est aujourd’hui de plus en plus largement reconnu que le développement spirituel n’est pas un luxe mais tout simplement une nécessité vitale, absolument indispensable à notre survie. Il suffit de constater autour de nous le besoin et la soif presque désespérés d’une perspective spirituelle et d’outils pour faire face aux défis de la vie, trouver le bonheur et comprendre et transformer notre esprit. « C’est en cela que l’existence de centres spirituels comme Lérab Ling est devenue essentielle, car c’est de la disponibilité des enseignements spirituels et de l’édification d’une véritable culture de sagesse que dépend l’avenir de l’humanité. « Ce temple est dédié au Tibet et il est dédié au monde. »
Situé au nord-ouest de Montpellier, Lérab Ling est l’un des principaux centres européens à perpétuer la tradition d’étude et de pratique du bouddhisme tibétain. Il a pour but : d’offrir à ceux qui suivent les enseignements bouddhistes un chemin complet d’étude et de pratique ; de proposer un ensemble de programmes à l’intention d’un public plus large, traduisant les valeurs-clés de l’ancienne tradition de sagesse du Tibet dans les différents domaines de la vie contemporaine.
Ce centre de retraite a été fondé en 1991 par Sogyal Rinpoché, l’un des maîtres bouddhistes tibétains les plus renommés de notre temps, auteur du Livre Tibétain de la Vie et de la Mort. Sogyal Rinpoché est aussi le fondateur et directeur spirituel de Rigpa, une association internationale de 130 centres et groupes présente dans 41 pays.
Depuis son ouverture en 1992, Lérab Ling a été béni par la visite de nombreux grands maîtres de la tradition bouddhiste tibétaine et notamment par Sa Saintetéle Dalaï-Lama à deux reprises (en 2000 et 2008). En 2002, Lérab Ling a été reconnu en tant que congrégation religieuse par un décret du ministère de l’Intérieur, qui valida ainsi son statut d’organisation spirituelle authentique.
Le temple au cœur de Lérab Ling fut construit pour préserver les traditions spirituelles, la culture et l’art uniques du bouddhisme tibétain, qui risquent malheureusement de disparaître de leur terre natale. Achevé en 2006, ce temple serait, selon certains maîtres tibétains, l’un des plus grands et des plus authentiques de ce type en Europe, voire en Occident. Il a été inauguré en août 2008 par Sa Sainteté le Dalaï-Lama.
Situé sur le plateau de l’Escandorgue, dans le département de l’Hérault, Lérab Ling, fondé en 1991 par Sogyal Rinpoché, est devenu un centre important pour la transmission des enseignements bouddhistes en Europe.
Lérab Ling bénéficie d’une situation retirée à 800 mètres d’altitude et ses 140 hectares surplombent des prairies vallonnées et des forêts. Au sommet, une vue panoramique s’ouvre vers les lointaines montagnes des Pyrénées ; un ruisseau prend sa source dans la colline et serpente vers la vallée en formant des cascades. C’est de cette source que le site tire son nom d’origine :  » l’Engayresque « , le  » lieu des sources  » dans la langue d’oc.
Depuis son ouverture en 1992, Lérab Ling a eu le bonheur de recevoir la visite de certains des maîtres les plus respectés de la tradition bouddhiste tibétaine, notamment le Dalaï Lama et aussi : Kyabjé Sakya Trizin, Kyabjé Pénor Rinpoché et Kyabjé Trulshik Rinpoché. En septembre 2000, Lérab Ling eut le grand honneur d’inviter Sa Sainteté le Dalaï Lama à visiter Lérab Ling et la région du Golfe du Lion où, pendant cinq jours, il présenta une vision complète du chemin bouddhiste, depuis les enseignements fondamentaux jusqu’aux pratiques les plus élevées.
L’acquisition du domaine où est établi Lérab Ling remonte à 1990, ensuite il a fallu plus de 10 ans pour convaincre l’administration, et avoir toutes les autorisations pour commencer le chantier. Sur les 140 hectares qui appartiennent à l’association RIGPA, sont installés des lieux de résidence qui vont du camping au studio, en passant par des hébergements collectifs, ce qui permet de trouver à chacun l’hébergement, selon ses finances pour participer aux stages de retraite organisés sur le site. Le temple est le bâtiment le plus conséquent du domaine, lors de sa construction, il a procuré du travail à 21 entreprises locales, et on a fait appel à des artistes tibétains pour la décoration du temple. Il n’a rien n’a envier aux temples traditionnels de l’orient, il a été réalisé dans la pure architecture des temples tibétains. Toutes les statues et les boiseries ont été décorées à la feuille d’or, l’intérieur de la salle principale du temple a une surface de 300 mètres carrés. Elle est assez haute, car on a pu y dresser le bouddha central qui mesure 7 mètres de haut. Il a été confectionné au Tibet, puis il a été transporté sur le site en le découpant en 7 morceaux, c’est donc une sorte de playmobile. Il est entouré de 2 autres bouddhas, ils sont de taille humaine, ils sont en argile et non pas en bronze comme le bouddha central, mais ils sont tout de même décorés à la feuille d’or. Les 3 bouddhas font face à l’assistance, celui de droite est identique à celui qui se trouve sur le petit étang qui fait face au temple. De chaque côté des 3 bouddhas rayonnants, sont installés 2 autels, ils enferment chacun 500 bouddhas reluisants d’or. L’intérieur du temple est très lumineux, le tout est égayé par des couleurs qui flashent, on y rencontre des bleus, des rouges et des jaunes étincelants. La salle principale du temple se trouve au rez-de-chaussée, le premier étage est occupé par 3 salles réservées à la formation et au cours dispensés par les maîtres bouddhistes, quant au second étage, qui se trouve sous la charpente, est un endroit privé, où les maîtres bouddhistes sont hébergés lors de leur venue. Le financement du Lérab Ling a été obtenu par des dons privés, sa construction a duré près de 8 ans. Actuellement il y a 12 moines et moniales qui résident sur le site, mais à l’année ce sont 65 bénévoles qui permettent le fonctionnement et qui participent à l’entretien de cet immense domaine, qui baigne dans la sérénité du calme ambiant.
Après une bonne heure d’écoute et de découverte du temple, il nous faut affronter de nouveau la pluie qui a redoublé de puissance. Nous faisons un petit détour par la boutique de souvenirs, où nous pouvons acheter de superbes cartes postales du Lérab Ling. Puis nous rejoignons notre autocar, nous prenons la direction de Ceilhes, qui se trouve à proximité du temple tibétain, c’est la commune où se trouve le restaurant où nous allons déjeuner, il se nomme le relais de Ceilhes. C’est quelque peu trempé comme des soupes que nous prenons place dans la superbe salle de restaurant, un excellent repas gastronomique nous est servi, il a été préparé avec des produis régionaux.
La pluie n’a pas cessé, le programme est chamboulé, il est décidé de se rendre à l’abbaye de Sylvanes, elle est située à 20 kilomètres de Ceilhes, où là nous serons à l’abri de la pluie. Nous passons la frontière géographique des départements de l’Hérault et de l’Aveyron, ainsi que des régions du Languedoc-Roussillon et de Midi Pyrénées. Nous traversons le village de Camarès, puis nous voici à Sylvanes où se trouve l’abbaye du même nom.
Nous sommes attendus par un des responsables de l’association qui gère le centre culturel de l’abbaye, il nous explique dans le réfectoire l’historique succin du lieu. Nous ne pourrons pas avoir de visite guidée, car à l’intérieur de l’église, des facteurs d’orgues sont entrain d’accorder le magnifique orgue qui date du XX.me siècle. C’est pourvu d’un petit document, que nous allons découvrir l’abbaye de Sylvanes, en visite libre. Nous commençons par son cloître où nous sommes abrités, puis nous passons devant le presbytère qui fait office de boutique de souvenirs, et enfin nous découvrons l’église qui est envahi de sonorités d’orgue. Voici la présentation de l’abbaye de Sylvanes :
L’Abbaye de Sylvanès est une construction cistercienne bâtie à partir de 1136 par Pons de l’Héras, située dans le Sud-Aveyron, non loin de Camarès et de Belmont-sur-Rance, dans l’ancien diocèse de Vabres. Après un siècle et demi de rayonnement, l’Abbaye sombre dans une longue période de décadence. Abandonnée à la Révolution, seule l’église et l’aile est du cloître furent sauvegardées. Classée monument historique en 1862, il faudra attendre 1975 et l’arrivée du père dominicain et compositeur André Gouzes, ainsi que de Michel Wolkowitsky, actuel directeur, pour voir l’Abbaye renaître de ses cendres. Elle est aujourd’hui le siège d’un centre international d’art sacré et un haut lieu de rencontres culturelles et spirituelles, proposant tout au long de l’année des stages très variés (chant, classes de maîtres, colloques…), mais aussi des animations diverses pour tous les publics. Une hôtellerie est aujourd’hui présente dans les bâtiments. De plus, chaque été se déroule le Festival international de musiques sacrées, « Musiques du monde », offrant de nombreux concerts et des invités prestigieux. Une église Orthodoxe russe en bois est bâtie à 4,5 kilomètres de l’Abbaye au début des années 1990. Celle-ci, symbole fort d’œcuménisme fut d’abord construite en Russie puis remontée à l’identique en 1993 à Sylvanès.
L’Abbaye cistercienne de Sylvanès a été fondée en 1136 par un seigneur de la région de Lodève, Pons de l’Héras. Bien que noble et chevalier, on dit qu’il n’en était pas moins brigand redoutable et redouté. Il aurait été touché par la grâce divine une nuit de Noël. Cessant ses brigandages, il se consacre alors à la pénitence et à la prière. Il fonde l’ermitage de Sylvanès. Devant la multiplication des conversions, Pons de L’Héras se rattache à l’ordre de Cîteaux et fonde en 1136 l’Abbaye Notre-Dame-de-Sylvanès où il finira sa vie dans l’humilité du travail manuel. Après deux siècles de rayonnement où les dons affluent et les constructions se développent, l’Abbaye est concurrencée par les autres abbayes cisterciennes du Rouergue, par les Templiers sur le Larzac et les Hospitaliers à Prugnes. Avec la Guerre de Cent Ans et le Traité de Brétigny (1360) qui cède le Rouergue aux Anglais, l’Abbaye décline progressivement : À partir de 1477 l’Abbaye est placée sous la Commende. Elle est gérée par des abbés séculiers non astreints à la vie religieuse, qui se comportent en féodaux très attachés aux revenus de leur charge. La communauté de moines est de plus en plus réduite.
En 1791, avec la tourmente révolutionnaire, les derniers moines s’enfuient et l’Abbaye est vendue comme Bien National. Une partie devient bâtiment agricole et bergerie jusqu’en 1969. Le reste des bâtiments est petit à petit détruit et utilisé comme matériel de construction. L’église est épargnée, et retrouve dès 1801 une activité d’église paroissiale.
Bien que classée monument historique en 1854 par Prosper Mérimée, l’Abbaye garde sa fonction agricole jusqu’en 1970, date à laquelle la commune de Sylvanès la rachète. Au début des années 1970, le frère dominicain André Gouzes et Michel Wolkowitsky redécouvrent l’Abbaye avec notamment sa nef à l’acoustique exceptionnelle. Ils créent une association et les travaux de rénovation débutent en 1979. Ces travaux sont un véritable succès et très vite l’Abbaye, outre ses fonctions religieuses, se découvre une nouvelle vocation : celle de centre culturel international. Aujourd’hui l’Abbaye de Sylvanès est un point fort du tourisme culturel dans le Sud-Aveyron et Grand Site de Midi-Pyrénées.

Le Grand Orgue de Sylvanès a été dessiné et réalisé par le facteur d’orgues Daniel Birouste en 1997 dans le respect des lignes architecturales dépouillées de l’église abbatiale. L’instrument a nécessité 10 tonnes d’acier, 20 m3 de bois, 3900 kg d’étain et de plomb. Il a fallu 30000 heures de travail pour réaliser les 4600 tuyaux différents donnant chacun une note et un son différent.
Les bâtiments conventuels se répartissent autour du cloître selon un plan carré typiquement cistercien. Comme il est de coutume, l’église est orientée vers l’Est, ce qui permet aux premiers rayons de soleil de venir illuminer le chœur, symbole du Christ ressuscité. L’absence de toute décoration, hormis la stylisation de motifs végétaux met le lieu monastique dans l’esprit typiquement cistercien. Le bras Sud du transept se prolonge pour former l’aile est du cloître, la seule encore présente aujourd’hui (grâce à sa fonction agricole après la Révolution). Cette aile comprend la sacristie, la salle du chapitre et le scriptorium. À l’étage se trouvait le dortoir des moines. À l’opposé, l’aile ouest, aujourd’hui disparue, abritait le réfectoire et le dortoir des frères convers, ainsi que l’hôtellerie. L’aile Sud, également disparue était destinée au réfectoire des moines, au cellier et à la cuisine.
La construction de l’église abbatiale s’étend de 1151 à 1252, soit sur plus d’un siècle. On reconnait ainsi à l’Abbaye de Sylvanès l’évolution de l’architecture romane qui tend peu à peu vers le gothique (arcs brisés uniquement au fond de la nef). Ensemble équilibré, le chœur est un joyau de l’art roman cistercien. La grande verrière de la façade ouest incarne quant à elle le style gothique rayonnant en cours au XIII.me siècle. Dépassant le symbolisme trinitaire habituel à l’art cistercien, la façade présente sept ouvertures symbolisant les sept jours de la semaine, soit la Création. La rosace centrale évoque la Vierge Marie, patronne et protectrice de l’ordre de Cîteaux. La nef unique, surprenante par son équilibre, son harmonie et sa luminosité, n’a ni bas-côtés ni contreforts extérieurs destinés à supporter le poids de la voûte. En effet les contreforts sont placés à l’intérieur des murs et forment des chapelles latérales. Enfin, la voûte est construite en tuf, une pierre solide et légère. Elle se caractérise par un grand dépouillement des lignes et de la décoration.
Aujourd’hui, l’Abbaye de Sylvanès est devenue un Centre de renommée internationale qui propose d’importantes rencontres culturelles, spirituelles et musicales :
• des actions de formation, de production et de diffusion dans les domaines de la musique vocale (chant choral, chant sacré, technique vocale), du théâtre, de la danse, des arts picturaux.
• Colloques, rencontres et séminaires sur des questions d’actualité religieuse, sur le dialogue œcuménique et inter-religieux.
• Depuis 2011, le Colloque multidisciplinaire de Sylvanès se déroule à l’Ascension (par exemple, en 2012, du 17 au 20 mai). Organisé par Michel Wolckowitsky et le Dr Bernard Auriol. Il permet la confrontation et les échanges concernant le son, la musique et le chant, à partir de cultures artistiques très variées, allant de l’art lyrique, à la danse soufi ou au slam.
Les points de vue y sont également diversifiés : musicologie, biophysique, enseignement du chant, symbolique de la voix et des sons, etc. L’ambiance, très conviviale, est celle de l’Abbaye où les participants peuvent être logés.
Après une bonne heure de déambulation, dans un des hauts lieux culturels du sud Aveyron, nous reprenons place dans l’autocar, où nous sommes accueillis par une chaleur ambiante que nous allons plus quitter jusqu’à Montpellier. Le retour se fait sous une pluie battante, nous descendons le pas de l’Escalette à l’aveuglette pour Thierry notre chauffeur. Arrivés à Montpellier, il fait presque du porte à porte pour nous laisser à proximité de nos domiciles.
Quelle journée pluvieuse, à ne pas mettre un bouddhiste ou un catholique dehors, mais nous avons tout de même affronté les caprices de la météo. En l’absence de Maguy et de Claude, nous avons été guidés par Béatrice, qui a été à nos petits soins toute la journée. Thierry et Rosmay ont su comme à leur habitude, adapté le programme initial, afin de meubler la journée, en découvrant des lieux adéquates lors de fortes pluies.

Michel Michelland

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