accessibilité

L’accessibilité de la ville est devenue pour moi une de mes préoccupations quotidiennes, je dirai même un loisir. Il m’a tout de même fallu prendre quelques
cours de locomotion au SAPAA, car 32 ans après ma rééducation fonctionnelle à Marly-le-Roi, des habitudes et la routine avaient quelque peu pris le pas
sur ma sécurité. Il faut dire aussi que l’urbanisme dans la cité est différent, plus de trottoir, aucune différence entre les parties piétonnières, cyclables,
automobiles et voies de tramway. Par contre la partie réservée aux piétons est jonchée d’obstacles en tous genres, poteaux, potelets, panneaux de signalisation
routière, bornes d’incendie, pylônes en ciment qui supporte l’éclairage urbain, les horos dateurs, les panneaux publicitaires déroulants, les bancs et
tout ce que les architectes ont inventé en mobiliers urbains, Dans cette liste d’obstacles fixes, il ne faut pas oublier toute la ribambelle de véhicules
à 2 roues que l’on rencontre au gré de nos circuits, et, des terrasses de café qui s’étalent dès que le soleil pointe. Oui, il faut vraiment avoir envie
d’affronter tous ces pièges, pour se risquer de faire un petit tour de ville.

Certes je ne crois pas à une ville complètement accessible à une personne aveugle, mais des efforts à des points stratégiques de la ville pourraient être
réfléchi, je pense aux alentours de la gare saint-Roch, où l’armée de barrières, la légion de poteaux, l’armada de potelets, l’empiétement de bacs à fleurs
qui rétrécissent notre déambulation à des endroits dangereux, les motos qui nous proposent leurs guidons dans la poitrine ou le visage sans parler des
pots d’échappement brûlants qui vous marquent à vie les mollets. Que dire des gargotiers qui étendent leurs terrasses en masquant l’esquisse de bande de
guidage caoutchoutée qui devraient nous faire éviter leur zone d’espace commerciale illégale sur la voie publique, mais tolérée par la municipalité, car
les débitants de boisson votent, les aveugles aussi, mais nous sommes moins nombreux, alors le camp est vite choisi. Quand je me déplace en ville, j’ai
la délicatesse de me mettre sur mon 31, quel régal quand il faut passer devant l’entrée du square Planchon où tout un dépôt de containers et de sacs plastiques
trônent devant la sortie de la gare saint-Roch, Montpellier, huitième ville de France, dite l’intelligente, mais le premier accueil n’a rien n’a envié
d’une ville d’un pays du quart monde, que fait le service de nettoiement de la ville accordé à monsieur Nicolin roi du ballon rond. Malgré toutes ces difficultés
je m’administre 3 sorties hebdomadaires dans la ville de Montpellier, je peste sur les trottoirs étroits envahis par la végétation des propriétés, quelquefois
Avenue Villeneuve d’Angoulème et rue Ernest Michel, je suis obligé de descendre du trottoir et d’offrir mon corps aux automobilistes pour continuer mon
parcours. Quand on sort de la rue Rondelet, pour traverser la rue du Grand saint-Jean, on a bien sûr fait disparaître le trottoir, on est obligé de faire
une dizaine de mètres comme un funambule sur son fil, en glissant les pieds au sol pour découvrir les alvéoles qui vous indiquent que vous êtes à proximité
de la voie de circulation, c’est du vista de naze, touchons du bois. La place Adam située au bas du Jeu de Paume est arborée dans un espace réduit de tous
les obstacles décrits ci-dessus, comme le trottoir a été conservé, on arrive avec un parfait balayage de la canne, sinon attention aux bosses frontales,
au passage piétons qui permet de traverser le Jeu de Paume. Après 40 minutes de déambulation sous haute tension, on aborde le jeu de Paume, ouf, c’est
le pied, on peut se lancer dans le contournement de l’Ecusson en parcourant le jeu de Paume, Ledru Rollin, vialleton, Henri IV, Pasteur, Louis Blanc, Bonnes
Nouvelles, Sarail, la Comédie, les Etuves. Le circuit de l’écusson s’effectue à l’aise, sans trop de tension, il faut compter une petite heure pour parcourir
les 3 kilomètres en respectant quelques règles de sécurité. Dans tout ce dédale de pièges, que m’apporteraient la panoplie de gadgets que sont le boîtier
E-O, le tom pouce, le GPS etc, pas grand-chose l’ouïe bien affûtée, la connaissance du parcours et sa pratique, l’attention des autres permettent de ne
pas se transformer en automate à l’extérieur et de prouver une autonomie partielle. Quand au chien guide me direz-vous, je suis persuadé qu’il me ferait
gagner du temps dans mes parcours, certes, mais il me couperait des relations humaines rencontrées au gré de mes promenades sur mon existence et non sur
le gentil toutou qui me facilite la vie. En outre le temps gagné au cours de mes trajets grâce à l’aide animalière, ne serait-il pas consacré le matin
le midi, en soirée et le soir à des balades imposées par le compagnon à quatre pattes quelque soit mon envie ou les conditions climatiques. Voici des réflexions
personnelles qui m’effleurent l’esprit ce matin, je vais vous quitter pour déjeuner, car cet après-midi je me rends à la maison pour tous Mélina Merkouri
pour assister à un cours de gym, j’emprunterai le tramway, le Bus, un peu de locomotion, au retour j’irai flâner à Antigone, au Polygone, à la Comédie
et ensuite direction le bercail. Tout cela s’acquiert en se donnant des buts de sorties, la pratique et l’accumulation des circuits rend de plus en plus
confiant et on va de plus en plus loin. L’appréhension est tout à fait naturel, c’est humain, nous devons surmonter le stress, c’est parfois difficile,
mais quelle joie personnelle quand nous arrivons à nous rendre seul à une administration ou dans un commerce, et, cette satisfaction met du piment à notre
vie quelquefois difficile à expliquer aux clairvoyants.

Bien amicalement.

Michel

Dernière minute : l’avenue Frédéric Mistral et la place de la comédie sont investies par des cabanes du marché de Noël, alors il vaut mieux éviter le lieu
pendant les fêtes. La bande de guidage qui mène de la place de l’Europe à la place Paul bec, n’est pas d’une grande efficacité, j’essaie de l’appréhender
par toutes la dextérité du cannage, douceur ou rudesse, mais rien n’y fait, de temps en temps un petit quatre pattes est nécessaire pour savoir si la canne
détecte le fameux fil d’Ariane ou un joint de pavé ou tout autre concavité. Le pourtour de la fontaine située place du nombre d’or est très délicate à
contourner. Les bandes de guidages s’entremêlent, une sphère est située à 5 mètres d’une intersection de bande de guidage, l’ingénieux initiateur de ce
gadget à l’autonomie dans un espace vaste aurait pu avoir dans un éclair de logique soit déplacer la sphère ou l’intersection des bandes de guidage, afin
que nous soyons intelligemment renseigné. La formule aurait pu être renouvelée par l’ingénierie de l’urbanisme de la ville à l’opposé de la fontaine, ce
petit éclat de jugeote nous aurait vraiment facilité la tâche pour contourner une fontaine à ras du sol, merci monsieur Serge Fleurance.

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