le larzac

C’est le 7 mai, que 44 personnes répondent à la journée organisée par l’association Rencontre, le thème est la découverte du Larzac. Nous prenons l’A750, pour rejoindre l’A75, qui est l’autoroute la plus haute d’Europe. Nous apercevons sur notre droite, peu avant Gignac, le chemin des vierges, nous traversons le fleuve Hérault à la sortie de Gignac. Nous sommes dans un environnement rougeâtre, nous sommes au pied de Saint-Jean-la-Blaquière. Nous traversons le tunnel de la Vierge, à sa sortie, nous découvrons sur notre gauche Lodève et sa cathédrale Saint-Fucran. Nous sommes aux portes du Larzac dont voici la présentation :
Le causse du Larzac est un haut plateau karstique français du sud du Massif central qui s’étend entre Millau (Aveyron), et Lodève (Hérault). L’ensemble (relief, architecture, occupation du sol) est assez original pour avoir incité à la création du Parc naturel régional des Grands Causses et justifié une demande d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Larzac est le plus vaste et le plus méridional de tous les causses. Il matérialise une fraction Sud du Massif central et se situe principalement dans le département de l’Aveyron. Son altitude est comprise entre 600 mètres et 900 mètres environ. Ses limites naturelles sont souvent nettes et sont représentées par des cours d’eau qui contribuent à son érosion. Il s’étend au Nord-Est bordé par la rivière Dourbie qui le sépare du causse Noir, puis est au Nord-Ouest, bordé par la rivière Tarn qui le sépare du Causse Rouge. À l’ouest, il atteint la dépression de Roquefort. Le Larzac est un vaste plateau de calcaire datant de l’ère jurassique approximativement nivelé par l’érosion et séparé des autres causses par des rivières coulant au fond de gorges et de vallées profondes. Les sols sont en général très superficiels et secs mais on y rencontre des dolines qui sont des dépressions concentrant le résultat de l’érosion donc avec des sols profonds, rouges et décarbonatés. Les roches sont constituées de calcaires : carbonate de calcium (CaCO3) ou de dolomie : carbonate double de calcium et magnésium (CaMg(CO3)2). Le second est moins soluble que le premier et se désengraine plus qu’il ne se solubilise, donnant des reliefs irréguliers et en particulier des tourelles. Des falaises blanches et massives appartenant aux étages géologiques bajocien, bathonien ou à la superposition des deux amorcent la descente vers les frontières de ce causse. Sous le causse, comme dans les autres régions karstiques, existent grottes et cavités. Par temps de pluie, le années spécialement pluvieuses, il peut y avoir débordement et formation de lacs temporaires comme celui du village des Rives. Les étés peuvent être chauds mais ils sont souvent orageux, les orages pouvant être violents comme dans toutes les zones de montagne. Le climat est rude sur le Larzac. Ce causse peut être assez enneigé l’hiver avec formation de congères et des températures glaciales. Du XII.me au XIV.me siècle, l’Ordre du Temple puis celui des Hospitaliers ont agrandi des villages situés dans les recoins stratégiques du causse du Larzac. Cinq lieux médiévaux témoignent de leur présence. L’exode rural a dépeuplé nombre de hameaux : de 1866 à 1968, le Larzac a perdu les deux tiers de ses habitants. Mais, depuis 1968, dans la zone revendiquée à l’époque par l’État Français pour les militaires, cela s’est arrêté et la population n’a cessé de rajeunir. L’eau de pluie est abondante mais les citernes pouvant la recuellir sont laborieuses à construire. L’habitat est groupé, à la fois par manque de sources sur la partie haute du massif et à cause du poids de l’histoire: les templiers et hospitaliers ont regroupé les populations à l’Hospitalet, à la Couvertoirade et ailleurs. Ce territoire à vocation agricole a une économie caractérisée par une agriculture traditionnelle extensive tournée vers l’élevage pour la production laitière de brebis destinée à l’élaboration des fromages de Roquefort, pérail, tome et la production de veaux et agneaux destinés à l’engraissement. Les parcours sont majoritaires et permettent au bétail de pâturer sur les immenses pelouses. Les dolines conviennent bien à diverses cultures : légumineuses, céréales… Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la croissance lente des arbres de plein vent concentrés dans les haies a obligé les paysans à concevoir une architecture privilégiant la pierre (arches et voûtes) pour la construction des bergeries, des fermes, des citernes… Depuis, le paysage s’est métamorphosé avec la déprise agricole des terres les moins productives. Le bois est beaucoup plus présent et représente une petite économie. Le Larzac est sillonné du Nord au Sud par un nouveau morceau de l’autoroute A 75 qui assure la liaison entre le Nord de la France et la Méditerranée via le Massif Central. Il débouche sur le causse par le viaduc de Millau qui a attiré un nombre exceptionnel de curieux durant les mois qui ont suivi son inauguration. La ligne SNCF Béziers – Neussargues contourne le Larzac par l’ouest. En octobre 1971, le gouvernement français, sous la direction du ministre de la Défense, Michel Debré, décida de l’agrandissement du camp militaire. Les paysans et leurs sympathisants s’opposèrent à ce projet d’extension, qui fut finalement annulé en 1981 par le nouveau Président de la République, François Mitterrand, après dix ans de luttes non-violentes. Du 8 au 10 août 2003, le plateau du Larzac a été le lieu d’une importante manifestation altermondialiste (appelée Larzac 2003), répondant à l’appel de la Confédération paysanne et d’un vaste collectif d’associations et de syndicats. Plus de 200000 personnes se sont réunies pendant ces trois jours pour réfléchir aux impacts de la libéralisation du commerce sur leur vie quotidienne. Il s’agit d’une société ayant pour objet la gestion du patrimoine bâti et non bâti de l’État français sur le plateau du Larzac. Ce patrimoine provient des achats et expropriations réalisés en vue de l’extension du camp militaire. Ce projet d’extension ayant été annulé en mai 1981 sous la pression des agriculteurs du Larzac et d’une partie de l’opinion publique, l’État est devenu propriétaire de 63 km² de terres agricoles et de divers immeubles. Les agriculteurs, soucieux de poursuivre l’exploitation des terres, initient en février 1982, la création d’une commission intercantonale pour l’aménagement foncier du Larzac (CIAF) et d’une commission communale d’aménagement foncier (CCAF) dans chacune des douze communes concernées. Dès décembre 1982, ils recherchent un outil de gestion des terres qui soit indépendant de l’État. C’est ainsi qu’est créée la Société Civile des Terres du Larzac qui reçoit, par bail emphytéotique, les 63 km² de terres. Ainsi, les exploitants ne sont pas propriétaires de leur terre, qu’ils n’ont donc pas à acheter, mais ils doivent quitter leur ferme dès qu’ils cessent leur activité qui sera reprise par une nouvelle personne. Les communes du Larzac : Aveyron : Cornus, Creissel, la Cavalerie, la Couvertoirade, Lapanouse-de-Cernon, la Roque-Sainte-Marguerite, L’Hospitalet-du-Larzac, Millau, Nant, Sainte-Eulalie-de-Cernon, Saint-Georges-de-Luzençon et Viala-du-Pas-de-Jaux. Gard : Vissec. Hérault : Le Caylar, Le Cros, Les Rives, Saint-Félix-de-l’Héras, Saint-Maurice-Navacelles, Saint-Michel-d’Alajou,Saint-Pierre-de-la-Fage et Sorbs• La Vacquerie-et- Saint-Martin-de-Castries. Cinq bourgs médiévaux fortifiés occupent le plateau du Larzac : la Cavalerie, la Couvertoirade, Saint-Jean-d’Alcas, Sainte-Eulalie-de-Cernon, Viala-du-Pas-de-Jaux. Un camp militaire, achevé en juin 1902, occupe une large part du plateau du Larzac. Son extension a été envisagée en 1970 ; la décision a été annulée en 1981 (voir la lutte contre le camp militaire du Larzac). Implanté territorialement sur les communes de la Cavalerie, de Millau et de Nant, le camp du Larzac fait partie de la zone de gestion du Parc naturel régional des Grands Causses. Ce parc s’étend sur une superficie de 326,76 km² dont 30,43 km² sont réservés aux activités militaires du Centre d’Entraînement de l’Infanterie au Tir Opérationnel (CEITO). Aérodrome Millau Larzac, situé à 18 km au SE de Millau, 2 km au SE de la Cavalerie et 2 km au NO de L’Hospitalet-du-Larzac. Piste revêtue de 1700 x 30 mètres. Altitude 793 mètres. Cordonnées 43°59’21″N 003°11’00″E. En 1930, Millau – Larzac – Plaine du Temple, était déjà aérodrome militaire et camp d’instruction. Le terrain faisait 650 x 800 mètres. Il était qualifié de ferme et utilisable en toute saison.
Nous commençons à aborder le pas de l’Escalette, nous franchissons un second tunnel, nous voici sur le plateau du Larzac, nous sommes à 750 mètres d’altitude, nous faisons une halte au caylar. Auparavant depuis Montpellier, atteindre le Caylar était toute une expédition, en voiture il fallait 2 heures et demie pétantes, aujourd’hui, en autocar, le Caylar se trouve à une heure de la gare Saint-Roch de Montpellier. Le Caylar, nous sommes accueillis par l’arbre sculpté, qui se dresse sur la place de la commune, le Caylar a plusieurs chapelles qui datent du moyen-âge. Le principal monument est la tour de l’horloge, le Caylar est composé de ruelles escarpées. Les maisons sont construites à même le roc, les plus anciennes sont du XVI.me siècle, l’église a 3 choses importantes, un retable de la vie de la vierge, une pierre polychrome du XV.me siècle et un christ baroque avec une Sainte-Madeleine de la même époque. Depuis le Caylar nous avons un joli point de vue sur les étendues pétrifiées du pas de l’EScalette, le Caylar es la patrie du chef camisard Morette Gatina, qui fut brûlé vif en 1705 à Nîmes. Nous reprenons la route en direction de la Vaquerie, l’habitat caussenard étant très restreint, on a intégré l’escalier à l’extérieur de l’habitation. Le bas des maisons était occupé par le matériel et les animaux, qui tempéraient quelque peu l’habitation qui se trouvait à l’étage. Le grenier servait à stocker le fourrage et la paille, ils avaient aussi un rôle d’isolation pour la partie habitée. Nous pénétrons dans le département de l’Aveyron, dont voici la présentation :
Le département de l’Aveyron se situe au nord-est de la région Midi-Pyrénées, dans le sud-ouest de la France. Il est au centre d’un triangle formé par les villes de Toulouse, Clermont-Ferrand et Montpellier. Ce département reprend approximativement les contours de l’ancienne province du Rouergue. C’est l’un des plus grands départements de France en termes de superficie (le 5e avec 8735 km²) et le 3e par sa population en région Midi-Pyrénées. Sa préfecture est Rodez. Les habitants de l’Aveyron sont les Aveyronnais et Aveyronnaises. Le nom employé pour ce département vient de la rivière Aveyron. Le département de l’Aveyron a été créé en 1790 sur la majeure partie du territoire de l’ancienne province du Rouergue. Ses premiers habitants connus furent les Rutènes à l’époque gauloise, mais le peuplement est beaucoup plus ancien (premier département de France pour le nombre de dolmens : plus de 1000). L’Aveyron se situe dans le sud du Massif central. Le point culminant du département est le lieu dit les Cazalets, culminant à 1463 m, sur les monts d’Aubrac. Le département de l’Aveyron est découpé en plusieurs régions naturelles comme les Grands Causses ou Rougiers . Le département de l’Aveyron est constitué de hauts plateaux rocheux anciens d’une grande variété géologique. Les rivières Truyère, Lot, Aveyron et Tarn y taillent de profondes vallées. Le sous-dialecte régional parlé dans l’Aveyron est une forme d’occitan languedocien : le rouergat. Face au risque de disparition de celui-ci, plusieurs associations demandent à l’État et aux collectivités une politique linguistique ambitieuse.
Des bovins sont dans les pâturages, c’est le paradis du buis, hélas il est massacré par les fleuristes, ils en font une collecte anarchique pour l’utiliser dans les compositions florales. Dans une zone champêtre nous découvrons un moulin, il a été restauré, il est ouvert à la visite. Nous traversons le village de la Vaquerie, les toits des maisons sont recouverts de lauze, les maisons sont magnifiquement restaurées, la rue principale est très étroite, l’autocar a du mal à se frayer le passage. Nous nous dirigeons vers le belvédère du cirque de Navacelles, c’est l’un des sites des plus curieux de France. C’est la nature qui en est l’architecte, c’est un lieu grandiose, mais désordonné. On dirait un des cercles de Dante prêt à enfouir les damnés, c’est un colisée gigantesque sur un apic de 400 mètres. Au fond la visse tord ses vrilles, quel cataclysme a du créer navacelles. C’était une salle immense, dont le plafond s’est écroulé ou éboulé dans un effroyable effondrement. Mais à quelle époque la calotte s’est-elle détachée, nul n’en sait rien. Le sculpteur Dardet, célèbre à Lodève, absolument dégoûté du monde et de son hypocrisie, il avait bâti une forteresse à Saint-Maurice-de-Navacelles. Tournant le dos à l’humanité, il ne voulait plus voir que l’abîme et les étoiles. Nous roulons dans un paysage lunaire où les pierres sont reines. Certaines habitations sont éparpillées à l’horizon, hélas les nouvelles constructions ne respectent pas le style caussenard, c’est très dommageable pour l’environnement patrimonial. Nous empruntons une petite route qui conduit au belvédère du cirque de navacelles, les bordes du chemin sont envahis de buis. Nous voici au bout du monde, nous découvrons le panorama qui nous est offert, nous surplombons un vaste entonnoir, au fond duquel se terre Saint-Maurice-de-Navacelles. Après un joli point de vue, nous faisons quelques emplettes, nous découvrons une exposition qui met en évidence tout les attraits du causse du Larzac. Nous reprenons notre circuit, madame granel nous narre la décadence de l’empire romain, la puissance naissante de l’empire byzantin apparaît. Puis c’est la naissance du crist en Palestine, les hébreux tiennent tête aux romains, ce sont des querelles incessantes. Les chrétiens sont malmenés par les romains au travers des jeux de cirque sordides. Nous avons en tête sainte-Blandine, elle était esclave, âgée de 16 ans, elle a été livrée aux bêtes à Lyon. Clovis se fera baptisé, il fut le premier roi franc, et par conséquence le premier roi de France. Comme il s’est converti, les chrétiens ne sont plus persécutés. La puissance romaine s’est amoindrie, c’est celle du pape qui prend de l’importance. Le pape devient un vrai monarque, il s’autorise à s’occuper des empires et des royaumes. Jérusalem est convoitée par les chrétiens, les musulmans et les juifs. Jérusalem est la ville sainte par excellence, chaque religion y a des attraits. Les chrétiens d’orient sont persécutés par les musulmans, la première croisade est mise en place, on veut délivrer le tombeau du christ. La première croisade part en 1096, elle arrive à Jérusalem en 1099, sur les 200000 croisés partis, seulement 10000 atteindrons la terre sainte. La première croisade était composée certes de chevaliers, mais l’essentiel des croisés venaient du peuple. Devant cette hécatombe humaine, on décida de créer l’ordre du temple, dont le rôle était de veiller à la sécurité des croisés tout au long de leur périple. En fin de document se trouve, l’historique des templiers distillé par madame Granel et la guide conférencière de la Couvertoirade, ainsi que des infos glanées sur internet. Nous faisons un arrêt à la Vaquerie, nous traversons le village à pied, l’autocar nous rejoint à la sortie du village, nous reprenons la route. Il est un peu plus de midi, quand nous arrivons à l’auberge du père Roussel, elle se trouve en pleine campagne à proximité de la Couvertoirade. Au menu, tout d’abord un apéritif médiéval, en entrée une assiette de charcuterie avec de la saucisse à l’huile et une salade tendre où se cache des abats de volaille, ensuite de l’agneau flambé au capucin accompagné de pommes de terre succulentes à la graisse d’oie, puis un excellent plateau de fromages caussenards, enfin un fromage blanc à l’Armagnac, le tout arrosé de bons vins et d’un petit café pour nous tenir éveillés.
C’est le ventre bien rempli, que nous rejoignons la commanderie templière de la Couvertoirade, dont voici une présentation :
La Couvertoirade (La Cobertoirada en occitan) est une commune française, elle compte 173 habitants et s’étend sur 61 kilomètres carrés, elle située dans le département de l’Aveyron et la région Midi-Pyrénées. Elle fait donc partie de l’ancienne province du Rouergue où l’on communique grâce à une forme d’Occitan : le patois ou dialecte rouergat. Ses habitants sont appelés les couvertoiradois et les couvertoiradoises. Le territoire de la commune matérialise une fraction sud du Massif central. Il s’étend dans le Parc naturel régional des Grands Causses sur une partie du causse du Larzac. Le nom de Cubertoirata apparaît dès le XI.me siècle lors de la délimitation des territoires appartenant à l’abbaye de Gellone, à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) aujourd’hui. Depuis le XII.me siècle, les Templiers sont installés sur le Larzac et à la Couvertoirade. Leur implantation est due d’une part à la proximité de routes permettant de descendre vers la côte méditerranéenne pour s’embarquer vers l’Orient et la Terre Sainte, d’autre part à des donations. La Couvertoirade constitue dès l’origine pour les Templiers un centre d’exploitation agricole. Sur ces terres, ils font cultiver aux paysans des céréales, élever des chevaux (pour la guerre) et des ovins (pour la viande, les peaux, le lait). Un bourg se développe autour du château, encore visible de nos jours. En 1312, l’ordre du Temple est dissous. L’ensemble de leurs biens revient aux Hospitaliers qui deviennent les nouveaux maîtres de la Couvertoirade. La bourgade compte 135 feux en 1328, soit environ 800 personnes. Au milieu du XIV.me siècle, les « Routiers » (des compagnies de mercenaires vivant en bandes plus ou moins organisées et souvent peu disciplinées) pillent le Larzac. Par crainte de ces bandes armées, les habitants finissent par faire fortifier le bourg de 1439 à 1445. C’est Déodat Alaux maître maçon de Saint-Beauzély qui fut chargé d’exécuter ces travaux. Malheureusement, ce territoire se sera déjà fortement dépeuplé. À ce siècle de fléaux succède un siècle de repeuplement et de reconstruction dont témoignent de nombreuses maisons ayant conservé des éléments de la fin du XV.me au début du XVI.me siècle. En 1562, au début des guerres de religion, les Huguenots tentent de prendre la cité en vain. En 1702 les habitants s’arment et restaurent les portes par crainte des Camisards, mais le bourg ne sera plus jamais attaqué. Malgré les épidémies et les disettes s’instaure une certaine prospérité. En 1768 le bourg est érigé en commanderie indépendante, octroyée au chevalier Riquetti, baron de Mirabeau, déjà commandeur de Sainte-Eulalie. La Révolution confisquera bientôt toutes les possessions hospitalières qui reviendront aux paysans. Au XIX.me siècle, la commune est touchée par l’exode rural mais maintient son activité économique agricole. Puis, à partir des dernières decennies du XX.me siècle, la commune exploitera aussi touristiquement son passé templier. L’économie de la commune est caractérisée par une agriculture traditionnelle extensive basée sur l’élevage pour la production laitière de brebis destinée à l’élaboration des fromages de Roquefort, Pérail, tome et pour la production de veaux et agneaux destinés à l’engraissement. Une diversification existe tournée vers l’apiculture et la production de bois de chauffe et le tourisme rural. Les agriculteurs de la commune et des communes voisines vendent leurs productions transformées ou pas devant le bourg les dimanches de la saison estivale. Des commerçants et des artisans vendent leurs marchandises et productions aux estivants. Commanderie de la Couvertoirade. Bourg fortifié, ancienne commanderie de l’ordre du Temple. L’ensemble des remparts sont visibles. La fortification comprend plusieurs tours, le chemin de ronde est accessible. Un château en mauvais état, bâtisse autour de laquelle le bourg s’est construit. L’église paroissiale en parfait état (Église Saint-Christophe, Sant-Critòl en occitan). À l’extérieur du bourg, on trouve une lavogne atypique du causse car contrairement aux autres elle n’est pas ronde. Cette lavogne désaffectée a peut-être abreuvé le bétail des Templiers. Un chemin rural qualifié de sentier de grande randonnée (GR 71C, 83 kilomètres) part de la Couvertoirade et permet, en quatre jours, de s’immerger dans les replis les plus reculé du causse et de faire connaissance avec sa population.
Nous sommes au pied des remparts de la Couvertoirade, devant les murs d’enceinte se dressent de magnifiques pins, à chaque extrémité du mur de la fortification qui nous accueille s’élancent 2 tours, une est carrée, l’autre est ronde. Nous passons sous un porche, nous pénétrons dans la commanderie, nous sommes pris en main par Sophie la guide conférencière. Elle nous trace l’historique des templiers qui est relatée en fin de document, petit rappel, c’est en 313 que l’empereur romain Constantin va autoriser la religion chrétienne de se propager dans son empire. On détruit donc les temples païens, à la place on érigera des églises. C’est à cette époque que l’on construira à Jérusalem, l’église du Saint-Sépulcre. Nous sommes encore dans l’empire romain, les pèlerins peuvent se rendre en terre sainte en toute sécurité. Cela ne va pas durer, au VII.me siècle, les musulmans prêchent la guerre sainte. Ils vont conquérir une grande partie du pourtour méditerranéen, dont Jérusalem. Au début ils laisseront les chrétiens aller et venir, les relations vont rapidement se dégrader entre musulmans et chrétiens. En l’an 1000, le sultan interdit l’entrée des chrétiens dans la ville sainte. Il fait détruire l’église du Saint-Sépulcre pour y faire construire une mosquée. Tout l’occident chrétien est sous le choc, c’est de là, que petit à petit vient l’idée de croisades. Les croisades sont ni plus, ni moins que des pèlerinages armés. C’est en 1095, sous le règne du pape Urbain II que va se décider et partir la première croisade. Devant l’hécatombe décrit ci-dessus de cette première croisade, on va créer 2 ordres de moines armés qui vont veiller à la sécurité des croisés, celui des hospitaliers et celui du temple. Le vicomte de Millau va donner aux templiers le Larzac au XII.me siècle, en premier ils construiront le château, il reste le seul vestige templier du village de la Couvertoirade. A la dissolution de l’ordre du temple, au début du XIV.me siècle, le pape cède les territoires templiers aux chevaliers de l’ordre des hospitaliers, tout reste donc dans l’église, ce qui offusque le roi de France Philippe le Bel. Ce sont les hospitaliers qui vont donner un caractère villageois à la commanderie de la Couvertoirade, ils y construisent l’église, le four à pain, les remparts et les maisons d’habitation. Si l’on veut être précis, il faut dire que la Couvertoirade est une fondation des templiers, mais un village hospitalier, on connaît mieux aujourd’hui l’ordre des hospitaliers sous le nom de l’ordre de Malte. Lors de sa condamnation, sur le bucher, le dernier maître de l’ordre du temple, a conjuré un sort aux 3 personnages qui ont mis à bas l’ordre du temple avant d’être brûlé vif. Dans l’année qui suivit le pape Clément V, guillaume de Nogaret et Philippe le Bel meurent. Ma fois on réélit un pape, guillaume de Nogaret paix à son âme, Philippe le Bel, le roi meurt vive le roi. Les 3 fils de Philippe le Bel vont régner sur la France, les 3 vont mourir successivement sans avoir eu d’héritier. C’est la fin des capétiens, les Valois prennent la suite de la royauté. Les 3 derniers rois capétiens sont connus sous le vocable de rois maudits, la parjure du dernier maître de l’ordre du temple a donc été exécutée, si l’on peut parler ainsi… Les remparts de la Couvertoirade vont être édifiés par les hospitaliers au XV.me siècle, pour se préserver des assauts de la guerre de cent ans. Rappelons que Philippe le Bel avait une fille, elle était mariée au roi d’Angleterre, ils avaient un fils, alors pourquoi ne pas l’installer sur le royaume de France, il aurait continué la dynastie capétienne et on n’aurait pas eu besoin de faire appel aux Valois. Les remparts protégeaient non pas pour la guerre de cent ans, mais contre les routiers et leurs exactions. Les remparts ont été construits en 4 saisons, car l’hiver étant très rigoureux, la construction n’était pas réalisable. Les remparts ne sont pas en pierre de taille, ce sont des pierres irrégulières. La plupart proviennent de la destruction des maisons du village, qui se trouvaient sur le tracé de la nouvelle fortification. Des espaces en encorbellement surplombent les tours, ce sont des mâchicoulis, depuis lesquels on y jetait des pierres, les excréments et les cadavres sur l’ennemi qui essayait de pénétrer dans le village. Nous sommes à l’intérieur des remparts, des échoppes sont installés dans les ruelles, le sol est pavé, les façades des maisons sont en pierre taillée. Au-dessus de la porte d’accès au village est nichée la statue de Saint-Christophe, auparavant le village comptait bon nombre de bergers. Pour aller faire paître leurs brebis, ils étaient obligés d’aller dans la campagne alentour. Avant de sortir des fortifications, ils demandaient la protection de Saint-Christophe en priant, afin qu’ils reviennent sans encombres de leur devoir pastoral. Malgré les fortes intempéries, le Larzac manque d’eau, la cause en est la nature du sol, il est très calcaire, donc poreux. L’eau de pluie, tombe sur le sol, elle s’infiltre directement dans la nappe phréatique. Le Larzac est dépourvu de lac, d’étang et de rivière, la priorité était de stocker l’eau avant qu’elle disparaisse. Le village a un important réseau de caniveaux, il permettait de drainer l’eau de pluie, depuis la porte d’en haut à la porte d’en bas, on récoltait l’eau dans une marre réservée aux animaux. Les hommes ce sont installés à la Couvertoirade parce que le lieu recelait de conques, c’est un énorme rocher creux, il servait de réservoir naturel à l’eau de pluie, c’était en quelque sorte le puits du village. A partir du XVII.me siècle des maisons vont avoir des citernes privées, on va capter l’eau de pluie des toits, par un système de chéneaux. Sur certaines façades on aperçoit des pierres taillées, elles permettaient de soutenir des chéneaux en pierre ou en bois. L’eau courante à la Couvertoirade n’arrivera qu’en 1975, l’eau provient de la vallée de la Dourbie, elle est montée sur le plateau par un système de pompes important. La Couvertoirade compte 182 habitants, dont 27 résident à l’intérieur des remparts, le village est situé à 800 mètres d’altitude. Nous déambulons dans les ruelles, nous atteignons la place centrale du village, elle est de taille restreinte. Cette place était très fréquentée, surtout par les femmes, toutes sortes de femmes. Pour des moines, les hospitaliers, ils autorisaient la vie de femmes publiques et itinérantes, on dira comme cela, c’est plus élégant. Elles venaient vendre leur charme aux moines, qui à cette époque étaient atteints par tous les vices. Par contre ils y avaient aussi des ménagères, tout à fait respectables, qui passaient sur cette place, car 2 éléments essentiels à la vie du village s’y trouvaient. Le premier élément est un gros rocher appuyé aux remparts près de l’église, en fait c’est une conque qui se trouve dans le creux du rocher, qui contient la réserve d’eau. Les femmes montaient au-dessus du rocher, en empruntant un escalier taillé dans la pierre, pour aller se ravitailler en eau. Les femmes accomplissaient la corvée d’eau en transportant 3 seaux, un dans chaque main et un en équilibre sur la tête. Le deuxième élément indispensable à la vie du village, c’est un bâtiment dans lequel se trouvait le four à pain, il est un peu particulier, car c’est un four banal. Il a été construit par le seigneur hospitalier, il date du XIV.me siècle, les femmes y apportaient, c’était une obligation, leur pain et autres préparations. Il était interdit d’avoir son propre four chez soi, elles confiaient les denrées à cuire à un fournier, il ne faisait qu’à enfourner, mais il fallait payer un impôt de cuisson au seigneur. Cet impôt est appelé le ban, d’où le nom de four banal. Ce four était devenu en ruine, il a été racheté par un habitant du village, il le restaure depuis 2003, depuis 2 ans, il a refait la voûte. Le four est redevenu opérationnel, tout les dimanches il fait cuisson de pains, de pizzas, de pâtisseries et tout autre mets. Nous sommes au pied de l’église, nous distinguons un escalier en pierre qui y monte, c’est le calvaire, au moyen-âge, c’était le seul moyen pour y accéder. Nous allons faire un petit détour plus accessible pour y parvenir, nous voici au point le plus haut du village, nous sommes devant le château. C’est le vestige le plus ancien du village, il date de l’époque des templiers, il est construit en blocs de pierre parfaitement taillés. Pour rejoindre le château, nous avons emprunté le vestige de l’ancienne barbacane. C’était un poste militaire défensif, en forme de demi cercle, qui créée une fortification supplémentaire en avant du château. Cette barbacane était bien sûr fermée au temps des templiers, une porte y réglementait l’accès. Le château n’est pas très important, on y accueillait 3 à 5 templiers, et leurs 40 serviteurs évidemment. Qui dit château, dit donjon, il n’est pas très visible, il a été construit sur l’éperon rocheux. Au moyen-âge il était beaucoup plus impressionnant, il a perdu 2 tiers de sa hauteur. Au XVIII.me siècle, une énorme fissure a apparu, pour éviter l’effondrement complet du donjon, on a préféré le rabaisser, afin de le conserver. Lors des travaux on l’a coiffé d’un toit à double pente, c’est complètement anachronique. Au moyen-âge le donjon supportait des créneaux, comme le devait une tour défensive. Le château est monument historique, il est propriété privée, il n’est donc pas ouvert à la visite. Encore un petit effort, quelques marches à gravir, et nous voici à l’église, nous nous installons à l’intérieur sur des bancs pour reprendre notre souffle. Cette petite église est dédiée à Saint-Christophe patron des voyageurs, et saint patron protecteur de la couvertoirade. Sophie notre guide, nous raconte la légende de Saint-Christophe. L’église est très simple, elle a une nef unique, le chœur est très austère, puisqu’il est fortifié. Le mur du fond du chœur fait partie de la fortification du village, sur la droite se trouve une chapelle, elle a été construite au XVII.me siècle. Elle a été dédiée à Marie, lors des guerres de religions, on a beaucoup consacré de chapelles dédiées à Marie, afin de remettre au goût du jour son culte. Sur le côté opposé, on distingue un rocher verdâtre, l’église est adossée à un rocher, il est très humide et moussu, c’est le fameux rocher de la conque que nous avons contemplé depuis la place centrale du village. Accolé à l’église, le cimetière qui date du XIV.me siècle, il a été utilisé jusqu’à la fin du XIX.me siècle. Aujourd’hui le cimetière est parsemée de stèles discoïdales, elles n’appartiennent pas à ce cimetière, elles ont été trouvées dans les environs, on les a rassemblées dans le cimetière pour mieux les conserver. Une très vieille rumeur circulait, à la Couvertoirade se trouverait le trésor des templiers. Il y aurait un souterrain secret qui relierait l’église au château, en 1950 des jeunes entreprirent des fouilles avec l’autorisation du prêtre. Ils creusèrent sous l’autel, après 3 jours de travail, ils mirent à jour une énorme dalle de pierre. Pour eux, c’était évident, ils avaient trouvé l’entrée du souterrain qui menait au trésor. Aidés par tous les hommes du village, ils essayèrent en vain de déplacer la dalle. On fit alors appel à des bœufs du village, qui finirent par mettre à jour l’hypothétique porte, dessous rien de conséquent, de la roche, rien que de la roche. En fait, les jeunes avaient mis à jour, l’ancienne pierre de l’autel qui date du XIV.me siècle. Aujourd’hui elle a retrouvée sa place initiale sur l’autel, avis aux amateurs le trésor des templiers n’a toujours pas été découvert. Nous redescendons dans le village, nous empruntons de petites ruelles, nous passons devant une façade de maison, où de magnifiques hortensias y ont été plantés. Nous sommes sur l’emplacement de l’ancienne marre intérieure, où venaient s’abreuver les animaux, l’eau était apportée par tout le réseau de caniveaux du village. Par des mesures d’hygiène, la marre a été rebouchée à la fin du XIX.me siècle, on a donc réalisé une lavogne à l’extérieur du village, pour continuer à abreuver le bétail, elle se trouve à une cinquantaine de mètres des remparts. Nous ressortons de l’enceinte fortifiée, nous allons découvrir la lavogne, la lavogne est une marre pavée artificielle, c’est typique du Larzac. C’est dans cette lavogne que le bétail de la Couvertoirade vient s’abreuver, aujourd’hui on dénombre 1600 brebis sur la commune. Nous sommes sur la zone d’appellation contrôlée Roquefort, le lait produit sert à la production du fameux roquefort. La lavogne de la couvertoirade est la plus grande du Larzac, c’est la seule qui est la forme ovale. Au-dessus du village on distingue l’ancien moulin banal du village, il était en très mauvais état, il a retrouvé ses ailes il y a 2 ans. Un fort vent balaie la campagne, nous allons continuer la visite à l’abri, derrière les remparts. Nous apercevons des fleurs typique de la région Larzac, ce sont des cardalaine, on s’en servait pour carder la laine, elles font également office de baromètre naturel. Quand elles sont ouvertes, elles annoncent le beau temps sec, par contre quand elles sont fermées, elles annoncent l’humidité. Nous rejoignons l’office du tourisme nous parcourons de petites ruelles pavées. L’office du tourisme est sur plusieurs étages, il propose des salles d’expositions qui retracent l’historique de l’ancienne commanderie des templiers. Le dernier étage permet d’accéder au chemin de ronde, nous le parcourons, il permet de faire le tour du village sur ses remparts, nous allons de tour en tour, nous surplombons les toits des maisons. Après 2 heures de visite, nous rejoignons l’autocar, nous prenons la direction de Montpellier en empruntant le chemin des écoliers. Nous voici au Caylar, qui est situé à 6 kilomètres de la Couvertoirade. Ensuite nous traversons Saint-Pierre-de-la-Fage, nous roulons sur une route bordée sur près de 2 kilomètres de cerisiers, nous passons le village de Sorbs avant de rejoindre l’autoroute près de Lodève. Un soleil radieux nous accueille à Montpellier, à 19 heures, nous sommes arrivés au terme de notre circuit, nous nous séparons la tête bien remplie.
La journée nous a permis d’appréhender toutes les caractéristiques du Larzac, plus particulièrement la découverte de l’ancienne comanderie de la couvertoirade, dont l’historique des templiers, en voici la présentation :
L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, dont les membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre fut créé le 22 janvier 1129 à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les XII.me et XIII.me siècles à l’accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête. Afin de mener à bien ses missions et notamment d’en assurer le financement, il constitua à travers l’Europe chrétienne d’Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l’ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l’époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux. Après la perte définitive de la Terre sainte en 1291, l’ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissout par le pape Clément V le 13 mars 1312 à la suite d’un procès en hérésie. La fin tragique de l’ordre mena à nombre de spéculations et de légendes sur son compte. Le pape Urbain II prêcha la première croisade le 27 novembre 1095, dixième jour du concile de Clermont. La motivation du pape à voir une telle expédition militaire prendre forme venait du fait que les pèlerins chrétiens en route vers Jérusalem étaient régulièrement victimes d’exactions voire d’assassinats. Le pape demanda donc au peuple chrétien d’Occident de prendre les armes afin de venir en aide aux chrétiens d’Orient. Cette croisade eut alors comme cri de ralliement « Dieu le veut ! » et tous ceux qui prirent part à la croisade furent marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les croisés. Cette action aboutit le 15 juillet 1099 à la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes de Godefroy de Bouillon. Hugues de Payns, futur fondateur et premier maître de l’ordre du Temple, vint pour la première fois en Terre Sainte en 1104 pour accompagner le comte Hugues de Champagne, alors en pèlerinage. Ils en revinrent en 1107. Élection de Godefroy de Bouillon au titre d’Avoué du Saint-Sépulcre. Manuscrit réalisé à Acre vers 1280. Après la prise de Jérusalem, Godefroy de Bouillon fut désigné roi de Jérusalem par ses pairs, titre qu’il refusa, préférant porter celui d’Avoué du Saint-Sépulcre. Il mit en place l’ordre des chanoines du Saint-Sépulcre qui avait pour mission d’aider le patriarche de Jérusalem dans ses diverses tâches. Un certain nombre d’hommes d’armes, issus de la croisade, se mirent alors au service du patriarche afin de protéger le Saint-Sépulcre. Une institution similaire constituée de chevaliers, appelés chevaliers de Saint-Pierre (milites sancti Petri), fut créée en Occident pour protéger les biens des abbayes et églises. Ces chevaliers étaient des laïcs, mais ils profitaient des bienfaits des prières. Par extension, les hommes chargés d’assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines étaient appelés milites sancti Sepulcri (chevaliers du Saint-Sépulcre). Il est fort probable qu’Hugues de Payns intégrât cette institution dès 1115. Tous les hommes chargés de la protection du Saint-Sépulcre logeaient à l’hôpital Saint-Jean de Jérusalem situé tout près. Lorsque l’ordre de l’Hôpital, reconnu en 1113, fut chargé de s’occuper des pèlerins venant d’Occident, une idée naquit : créer une milice du Christ (militia Christi) qui ne s’occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de Terre Sainte, alors en proie aux brigands locaux. Ainsi, les chanoines s’occuperaient des affaires liturgiques, l’ordre de l’Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire de protection des pèlerins. Cette répartition ternaire des tâches reproduisait l’organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres et moines (oratores, littéralement ceux qui prient), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores). C’est ainsi que l’ordre du Temple, qui se nommait à cette époque militia Christi, prit naissance avec l’ambiguïté que cette communauté monastique réunit dès le départ les oratores et les bellatores. Baudouin II cédant une partie de son palais de Jérusalem à Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer. Histoire d’Outre-Mer, Guillaume de Tyr, XIII.me siècle. C’est le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse que naquit, sous l’impulsion d’Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : pauperes commilitones Christi Templique Solomonici), qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d’Occident depuis la reconquête de Jérusalem et de défendre les États latins d’Orient. Dans un premier temps, Payns et Saint-Omer se concentrèrent sur le défilé d’Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins. Par la suite, l’une des plus grandes places fortes templières en Terre Sainte fut construite à cet endroit : le château Pèlerin. Le nouvel ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu’avec l’appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudouin II de l’utilité d’une telle milice, chose assez aisée au vu de l’insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils reçurent du patriarche Gormond de Picquigny la mission de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (« ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones ») pour la rémission de leurs péchés. Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem, à l’emplacement du Temple de Salomon, qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l’ordre du Temple. Voici donc la liste de ces chevaliers, précurseurs ou « fondateurs » de l’ordre• Hugues de Payns, originaire de Payns en Champagne ; Geoffroy de Saint-Omer, originaire de Saint-Omer dans le comté de Flandre ; André de Montbard, originaire de la Bourgogne ; Payen de Montdidier, originaire de la Somme en Picardie ; Geoffroy Brisol, originaire de Frameries dans le comté de Hainaut ; Rolland, originaire du marquisat de Provence ; Archambault de Saint-Amand ; Gondemare. Le premier don (de trente livres angevines) reçu par l’ordre du Temple vint de Foulque, comte d’Anjou, qui devint par la suite roi de Jérusalem. Cependant, la notoriété de la milice ne parvenait pas à s’étendre au-delà de la Terre Sainte et c’est pourquoi Hugues de Payns, accompagné de cinq autres chevaliers (Godefroy de St-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de Saint-Amand et Rolland), embarqua pour l’Occident en 1127 afin de porter un message destiné au pape Honorius II et à Bernard de Clairvaux. Fort du soutien du roi Baudouin et des instructions du patriarche Gormond de Jérusalem, Hugues de Payns avait les trois objectifs suivants : faire reconnaître la milice par l’Église et lui donner une règle : rattachés aux chanoines du Saint-Sépulcre, les chevaliers suivaient comme eux la règle de saint Augustin ; donner une légitimité aux actions de la milice puisque la dénomination de moine-chevalier, un amalgame d’une nouveauté absolue, pouvait être en contradiction avec les règles de l’Église et de la société en général ; recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre sainte. La tournée occidentale des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon commença en Anjou et passa ensuite par le Poitou, la Normandie, l’Angleterre (où ils reçurent de nombreux dons), la Flandre et enfin la Champagne. Cette démarche d’Hugues de Payns, accompagné de ces cinq chevaliers et soutenu par le roi de Jérusalem, suivait deux tentatives infructueuses qui avaient été faites par André de Montbard et Gondemare, probablement en 1120 et 1125. Arrivant à la fin de sa tournée en Occident et après avoir porté le message du roi de Jérusalem à Bernard de Clairvaux afin qu’il aidât les Templiers à obtenir l’accord et le soutien du pape, Hugues de Payns participa au concile de Troyes (ainsi nommé parce qu’il s’est déroulé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes). Le 13 janvier 1129, le concile s’ouvrit en présence de nombreuses personnalités religieuses dont le prologue de la règle primitive du Temple donne les noms : le cardinal Mathieu d’Albano, légat du pape en France, les archevêques de Reims et de Sens, ainsi que dix de leurs évêques suffragants, quatre abbés cisterciens (ceux de Cîteaux, Clairvaux, Pontigny et Troisfontaines), deux abbés clunisiens (ceux de Molesmes et Vézelay), deux chanoines, deux maîtres et un secrétaire. En plus des religieux, se trouvaient des personnages laïcs : Thibaut IV de Blois, comte de Champagne, André de Baudement, sénéchal du comté de Champagne, Guillaume II, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre. Le concile mena à la création de l’ordre du Temple et le dota d’une règle propre. Celle-ci prit pour base la règle de saint Benoît (présence des cisterciens Bernard de Clairvaux et Étienne Harding, fondateur de Cîteaux) avec néanmoins quelques emprunts à la règle de saint Augustin, que suivaient les chanoines du Saint-Sépulcre aux côtés desquels vécurent les premiers Templiers. Une fois la règle adoptée, elle devait encore être soumise à Étienne de Chartres, patriarche de Jérusalem. L’Éloge de la Nouvelle Milice (De laude novae militiae) est une lettre que saint Bernard de Clairvaux envoya à Hugues de Payns, dont le titre complet était Liber ad milites Templi de laude novae militiae et écrite après la défaite de l’armée franque au siège de Damas en 1129. Bernard y souligne l’originalité du nouvel ordre : le même homme se consacre autant au combat spirituel qu’aux combats dans le monde. Citation « Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies.» Fin de la citation. De plus, ce texte contenait un passage important où saint Bernard expliquait pourquoi les Templiers avaient le droit de tuer un être humain : Citation « Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais Malicide. La mort qu’il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu’il reçoit, le sien propre » Fin de la citation. Mais pour cela, il fallait que la guerre soit « juste ». C’est l’objet de L’Éloge de la Nouvelle Milice. Bernard est conscient de la difficulté d’un tel concept dans la pratique, car si la guerre n’est pas juste, vouloir tuer tue l’âme de l’assassin : Citation « Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. » Fin de la citation. Bernard fait donc bien l’éloge de la Nouvelle Milice, mais non sans nuances et précautions… Tous ses §7 & 8 (= ch. IV) tracent un portrait volontairement idéal du soldat du Christ, afin de le donner comme un modèle qui sera toujours à atteindre. Cet éloge permit aux Templiers de rencontrer une grande ferveur et une reconnaissance générale : grâce à saint Bernard, l’ordre du Temple connut un accroissement significatif : bon nombre de chevaliers s’engagèrent pour le salut de leur âme ou, tout simplement, pour prêter main forte en s’illustrant sur les champs de bataille. Plusieurs bulles pontificales officialisèrent le statut de l’ordre du Temple. On vit donc une nouvelle catégorie émerger dans la communauté, celle des frères chapelains qui officieraient pour les Templiers. De plus, cette bulle confirma le fait que l’ordre du Temple n’était soumis qu’à l’autorité du pape. La bulle créa aussi une concurrence pour le clergé séculier (ce que ce dernier vit souvent d’un mauvais œil). De nombreux conflits d’intérêt éclatèrent entre les Templiers et les évêques ou les curés. Les privilèges qu’elle accorda étant souvent remis en cause, la bulle Omne datum optimum fut confirmée douze fois entre 1154 et 1194, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il ne fut pas aisé de retrouver l’originale. La bulle Milites Templi (Chevaliers du Temple) a été fulminée le 9 janvier 1144 par le pape Célestin II. Elle permit aux chapelains du Temple de prononcer l’office une fois par an dans des régions ou villes interdites, « pour l’honneur et la révérence de leur chevalerie », sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l’église. Mais ce n’est en réalité qu’une confirmation de la bulle Omne datum optimum. La bulle Militia Dei (Chevalerie de Dieu) a été fulminée par le pape Eugène III, le 7 avril 1145. Cette bulle permit aux Templiers de construire leurs propres oratoires, mais aussi de disposer d’une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir des dîmes et d’enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique fut étendue aux familiers du Temple (leurs paysans, troupeaux, biens…).Des plaintes furent déposées par des Templiers auprès du pape concernant le fait que le clergé prélevait un tiers du legs fait par les personnes désireuses de se faire enterrer dans les cimetières de l’ordre. La bulle Dilecti filii ordonna en conséquence au clergé de ne se contenter que d’un quart des legs. Après le concile de Troyes, où l’idée d’une règle propre à l’ordre du Temple a été acceptée, la tâche de la rédiger fut confiée à Bernard de Clairvaux, qui lui-même la fit écrire par un clerc qui faisait sûrement partie de l’entourage du légat pontifical présent au concile, Jean Michel (Jehan Michiel), sur des propositions faites par Hugues de Payns. La règle de l’ordre du Temple faisait quelques emprunts à la règle de saint Augustin mais s’inspirait en majeure partie de la règle de saint Benoît suivie par les moines bénédictins. Elle fut cependant adaptée au genre de vie active, principalement militaire, que menaient les frères templiers. Par exemple, les jeûnes étaient moins sévères que pour les moines bénédictins, de manière à ne pas affaiblir les Templiers appelés à combattre. Par ailleurs, la règle était adaptée à la bipolarité de l’ordre, ainsi certains articles concernaient aussi bien la vie en Occident (conventuelle) que la vie en Orient (militaire). La règle primitive (ou latine car rédigée en latin), écrite en 1128, fut annexée au procès-verbal du concile de Troyes en 1129 et contenait soixante-douze articles. Toutefois, vers 1138, sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l’ordre (1136-1149), la règle primitive fut traduite en français et modifiée. Par la suite, à différentes dates, la règle fut étoffée par l’ajout de six cent neuf retraits ou articles statutaires, notamment à propos de la hiérarchie et de la justice au sein de l’ordre. De sa fondation et durant toute son existence, l’ordre ne s’est pas doté d’une devise. Les commanderies avaient, entre autres, pour rôle d’assurer de façon permanente le recrutement des frères. Ce recrutement devait être le plus large possible. Ainsi, les hommes laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient prétendre à être reçus s’ils répondaient aux critères exigés par l’ordre. Tout d’abord, l’entrée dans l’ordre était gratuite et volontaire. Le candidat pouvait être pauvre. Avant toute chose, il faisait don de lui-même. Il était nécessaire qu’il fût motivé car il n’y avait pas de période d’essai par le noviciat. L’entrée était directe (prononciation des vœux) et définitive (à vie). Les principaux critères étaient les suivants : être âgé de plus de 18 ans (la majorité pour les garçons était fixée à 16 ans) (article 58) ne pas être fiancé (article 669) ne pas faire partie d’un autre ordre (article 670) ne pas être endetté (article 671) être en parfaite santé mentale et physique (ne pas être estropié) (article 672) n’avoir soudoyé personne pour être reçu dans l’ordre (article 673) être homme libre (le serf d’aucun homme) (article 673) ne pas être excommunié (article 674). Le candidat était prévenu qu’en cas de mensonge prouvé, il serait immédiatement renvoyé. « … si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, ce dont Dieu vous garde. » (Extrait de l’article 668). Hiérarchie de l’ordre du Temple en Orient et Hiérarchie de l’ordre du Temple en Occident. Les Templiers étaient organisés comme un ordre monastique, suivant la règle créée pour eux par Bernard de Clairvaux. Dans chaque pays était nommé un maître qui dirigeait l’ensemble des commanderies et dépendances et tous étaient sujets du maître de l’ordre, désigné à vie, qui supervisait à la fois les efforts militaires de l’ordre en Orient et ses possessions financières en Occident. Avec la forte demande de chevaliers, certains parmi eux se sont aussi engagés à la commande pendant une période prédéterminée avant d’être renvoyés à la vie séculière, comme les Fratres conjugati, qui étaient des frères mariés. Ils portaient le manteau noir ou brun avec la croix rouge pour les distinguer des frères ayant choisi le célibat et qui n’avaient pas le même statut que ces derniers. Les frères servants (frères casaliers et frères de métiers) étaient choisis parmi les sergents qui étaient d’habiles marchands ou alors incapables de combattre en raison de leur âge ou d’une infirmité. La grande majorité des Templiers, incluant les chevaliers et les maîtres de l’ordre, étaient incultes et illettrés, n’étant pas issus de la haute noblesse mais de familles plus obscures. À tout moment, chaque chevalier avait environ dix personnes dans des positions de soutien. Quelques frères seulement se consacraient aux opérations bancaires (spécialement ceux qui étaient éduqués), car l’ordre a souvent eu la confiance des participants aux croisades pour la bonne garde de marchandises précieuses. Cependant, la mission première des Chevaliers du Temple restait la protection militaire des pèlerins de Terre sainte. L’expression « grand maître » pour désigner le chef suprême de l’ordre est apparue à la fin du XIII.me siècle et au début du XIV.me siècle dans des chartes tardives et dans les actes du procès des Templiers. Puis, elle a été reprise et popularisée par certains historiens des XIX.me et XX.me siècles. Elle est aujourd’hui largement répandue. Or, ce grade n’existait pas dans l’ordre et les Templiers eux-mêmes ne semblaient pas l’utiliser. Cependant, dans des textes tardifs apparaissent les qualificatifs de « maître souverain » ou « maître général » de l’ordre. Dans la règle et les retraits de l’ordre, il est appelé Li Maistre et un grand nombre de dignitaires de la hiérarchie pouvaient être appelés ainsi sans l’adjonction d’un qualificatif particulier. Les précepteurs des commanderies pouvaient être désignés de la même façon. Il faut donc se référer au contexte du manuscrit pour savoir de qui l’on parle. En Occident comme en Orient, les hauts dignitaires étaient appelés maîtres des pays ou provinces : il y avait donc un maître en France, un maître en Angleterre, un maître en Espagne, etc. Aucune confusion n’était possible puisque l’ordre n’était dirigé que par un seul maître à la fois, celui-ci demeurant à Jérusalem. Pour désigner le chef suprême de l’ordre, il convient de dire simplement le maître de l’ordre et non grand maître. Durant sa période d’existence, s’étalant de 1129 à 1312, soit 183 ans, l’ordre du Temple a été dirigé par vingt-trois maîtres. Des pèlerins admirent les reliques et les instruments de la Passion à Constantinople. Dans l’église de gauche, la sainte Lance, la sainte Croix et les clous. Dans celle de droite, la Couronne d’épines. Enluminure du XV.me siècle. La vocation de l’ordre du Temple était la protection des pèlerins chrétiens pour la Terre sainte. Ce pèlerinage comptait parmi les trois plus importants de la chrétienté du Moyen Âge. Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied, ainsi qu’en bateau pour la traversée de la mer Méditerranée. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne. Généralement, les pèlerins étaient débarqués à Acre, appelée aussi Saint-Jean-d’Acre, puis devaient se rendre à pied sur les lieux saints. En tant que gens d’armes (gendarme), les Templiers sécurisaient les routes, en particulier celle de Jaffa à Jérusalem et celle de Jérusalem au Jourdain. Ils avaient également la garde de certains lieux saints : Bethléem, Nazareth, le Mont des Oliviers, la vallée de Josaphat, le Jourdain, la colline du Calvaire et le Saint-Sépulcre à Jérusalem. Tous les pèlerins avaient droit à la protection des Templiers. Ainsi, ces derniers participèrent aux croisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d’Occident. Aussi, en 1147, les Templiers prêtèrent main forte à l’armée du roi Louis VII attaquée dans les montagnes d’Asie Mineure durant la deuxième croisade (1147-1149). Cette action permit la poursuite de l’expédition et le roi de France leur en fut très reconnaissant. Lors de la troisième croisade (1189-1192), les Templiers et les Hospitaliers assuraient respectivement l’avant-garde et l’arrière-garde de l’armée de Richard Cœur de Lion dans les combats en marche. Lors de la cinquième croisade, la participation des ordres militaires, et donc les Templiers, a été décisive dans la protection des armées royales de Louis IX devant Damiette. L’ordre du Temple a aidé exceptionnellement les rois en proie à des difficultés financières. À plusieurs reprises dans l’histoire des croisades, les Templiers renflouèrent les caisses royales momentanément (croisade de Louis VII), ou payèrent les rançons de rois faits prisonniers (croisade de Louis IX). En Orient comme en Occident, l’ordre du Temple était en possession de reliques. Il était parfois amené à les transporter pour son propre compte ou bien convoyait des reliques pour autrui. Les chapelles templières abritaient les reliques des saints auxquelles elles étaient dédiées. Parmi les plus importantes reliques de l’ordre se trouvaient le manteau de saint Bernard, des morceaux de la couronne d’épines, des fragments de la Vraie Croix. Sceaux des Chevaliers du Temple. Le mot sceau vient du latin sigillum signifiant marque. C’est un cachet personnel qui authentifie un acte et atteste d’une signature. Il existe une vingtaine de sceaux templiers connus. Ils appartenaient à des maîtres, hauts dignitaires, commandeurs ou chevaliers de l’ordre au XIII.me siècle. Leurs diamètres varient entre quinze et cinquante millimètres. Les sceaux templiers français sont conservés au service des sceaux des Archives nationales de France. Le sceau templier le plus connu est celui des maîtres de l’ordre sigilum militum xristi qui représente deux chevaliers armés chevauchant le même cheval. Il n’y a pas de consensus établi sur le symbolisme des deux chevaliers sur un même cheval. Contrairement à une idée souvent répétée, il ne s’agirait pas de mettre en avant l’idéal de pauvreté puisque l’ordre fournissait au moins trois chevaux à ses chevaliers. L’historien Georges Bordonove exprime une hypothèse qui peut se prévaloir d’un document d’époque avec Bernard dans son De laude nouae militiae « Leur grandeur tient sans doute à cette dualité quasi institutionnelle : moine, mais soldat [...] Dualité qu’exprime peut-être leur sceau le plus connu qui montre deux chevaliers, heaumes en têtes, lances baissées, sur le même cheval : le spirituel et le temporel chevauchant la même monture, menant au fond le même combat, mais avec des moyens différents.) » Alain Demurger explique pour sa part que certains historiens ont cru y reconnaître les deux fondateurs de l’ordre, Hughes de Payns et Godefroy de Saint-Omer. Il retient cependant une autre explication : le sceau symboliserait la vie commune, l’union et le dévouement. Un chapitre (Latin : capitulum, diminutif de caput, sens premier : « tête ») est une partie d’un livre qui a donné son nom à la réunion de religieux dans un monastère durant laquelle étaient lus des passages des textes sacrés ainsi que des articles de la règle. L’usage vient de la règle de saint Benoît qui demandait la lecture fréquente d’un passage de la règle à toute la communauté réunie (RB §66, 8). Par extension, la communauté d’un monastère est appelée le chapitre. La salle spécifiquement bâtie pour recevoir les réunions de chapitre est aussi appelée « salle capitulaire », « salle du chapitre », ou tout simplement « chapitre ». La tenue se déroule à huis clos et il est strictement interdit aux participants de répéter ou de commenter à l’extérieur ce qui s’est dit durant le chapitre. Dans l’ordre du Temple, il existait deux types de réunion de chapitre : le chapitre général et le chapitre hebdomadaire. Le lien entre l’Orient et l’Occident était essentiellement maritime. Pour les Templiers, l’expression « outre-mer » désignait l’Europe tandis que « l’en deçà des mers » et plus précisément de la mer Méditerranée, représentait l’Orient. Afin d’assurer le transport des biens, des armes, des frères de l’ordre, des pèlerins et des chevaux, l’ordre du Temple avait fait construire ses propres bateaux. Il ne s’agissait pas d’une flotte importante, comparable à celles des XIV.me et XV.me siècles, mais de quelques navires qui partaient des ports de Marseille, Nice (Conte de Nice), Saint-Raphaël, Collioure ou d’Aigues-Mortes en France et d’autres ports italiens. Ces bateaux se rendaient dans les ports orientaux après de nombreuses escales. Plutôt que de financer l’entretien de navires, l’ordre pratiquait la location de bateaux de commerce appelés « nolis ». Inversement, la location de nefs templières à des marchands occidentaux était pratiquée. Il était d’ailleurs financièrement plus avantageux d’accéder aux ports exonérés de taxes sur les marchandises que de posséder des bateaux. Les commanderies situées dans les ports jouaient donc un rôle important dans les activités commerciales de l’ordre. Des établissements templiers étaient installés à Gênes, Pise ou Venise, mais c’était dans le sud de l’Italie, plus particulièrement à Brindisi, que les nefs templières méditerranéennes passaient l’hiver. Les Templiers d’Angleterre se fournissaient en vin du Poitou à partir du port de la Rochelle. On distinguait deux sortes de bateaux, les nefs et les galères. Il n’est pas prouvé que des huissiers, c’est-à-dire les bateaux munis d’un huis (autrement dit d’une porte) et réservés au transport des chevaux, aient appartenu au Temple. L’article 119 des retraits de la Règle indique que « tous les vaisseaux de mer qui sont de la maison d’Acre sont au commandement du commandeur de la terre. Et le commandeur de la voûte d’Acre, et tous les frères qui sont sous ses ordres sont en son commandement et toutes les choses que les vaisseaux apportent doivent être rendues au commandeur de la terre. Le port d’Acre était le plus important de l’ordre. La voûte d’Acre était le nom d’un des établissements possédés par les Templiers dans la ville, celui-ci se trouvant près du port. Entre la rue des Pisans et la rue Sainte-Anne, la voûte d’Acre comprenait un donjon et des bâtiments conventuels. Voici les noms de navires du Temple : Le Templère, le Buscart, le Buszarde du Temple vers 1230 reliant l’Angleterre au continent• La Bonne Aventure en 1248, la Rose du Temple en 1288-1290 à Marseille• L’Angellica en Italie du sud• Le Faucon en 1291 et 1301 ainsi que la Santa Anna en 1302 à Chypre. Des hommes de toutes origines et de toutes conditions constituaient le corps du peuple templier à chaque niveau de la hiérarchie. Différents textes permettent aujourd’hui de déterminer l’apparence des frères chevaliers et sergents. La reconnaissance de l’ordre du Temple ne passait pas seulement par l’élaboration d’une règle et un nom, mais aussi par l’attribution d’un code vestimentaire particulier propre à l’ordre du Temple. Le manteau des Templiers faisait référence à celui des moines cisterciens. Seuls les chevaliers, les frères issus de la noblesse, avaient le droit de porter le manteau blanc, symbole de pureté de corps et de chasteté. Les frères sergents, issus de la paysannerie, portaient quant à eux un manteau de bure, sans pour autant que ce dernier ait une connotation négative. C’était l’ordre qui remettait l’habit et c’est aussi lui qui avait le pouvoir de le reprendre. L’habit lui appartenait, et dans l’esprit de la règle, le manteau ne devait pas être un objet de vanité. Il y est dit que si un frère demandait un plus bel habit, on devait lui donner le « plus vil ». La perte de l’habit était prononcée par la justice du chapitre pour les frères qui avaient enfreint gravement le règlement. Il signifiait un renvoi temporaire ou définitif de l’ordre. Dans sa bulle Vox in excelso d’abolition de l’ordre du Temple, le pape Clément V indiqua qu’il supprimait « le dit ordre du Temple et son état, son habit et son nom », ce qui montre bien l’importance que l’habit avait dans l’existence de l’ordre. Il semble que la croix rouge n’ait été accordée que tardivement aux Templiers, en 1147, par le pape Eugène III. Il aurait donné le droit de la porter sur l’épaule gauche, du côté du cœur. La règle de l’ordre et ses retraits ne faisaient pas référence à cette croix. Cependant, la bulle papale Omne datum optimum la nomma par deux fois. Aussi est-il permis de dire que les Templiers portaient déjà la croix rouge en 1139. C’est donc sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l’ordre, que la « croix de gueules » devint officiellement un insigne templier. Il est fort probable que la croix des Templiers ait été issue de la croix de l’ordre du Saint-Sépulcre dont avaient fait partie Hugues de Payns et ses compagnons d’arme. Cette croix rouge était potencée, cantonnée de quatre petites croix appelées croisettes. La forme de la croix des Templiers n’a jamais été fixée. L’iconographie templière la présenta grecque simple, ancrée, fleuronnée ou pattée. Quelle qu’ait été sa forme, elle indiquait l’appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappelait le sang versé par le Christ. Cette croix exprimait aussi le vœu permanent de croisade à laquelle les Templiers s’engageaient à participer à tout moment. Il faut cependant préciser que tous les Templiers n’ont pas participé à une croisade. Chevalier portant camail et chapel de fer Dans son homélie (1130-1136), appelée De laude nouae militiae (Éloge de la nouvelle milice), Bernard de Clairvaux présente un portrait physique et surtout moral des Templiers, qui s’opposait à celui des chevaliers du siècle : « Ils se coupent les cheveux ras, sachant de par l’Apôtre que c’est une ignominie pour un homme de soigner sa coiffure. On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puant la poussière, maculés par les harnais et par la chaleur… ». Bien que contemporaine des Templiers, cette description était plus allégorique que réaliste, Saint Bernard ne s’étant jamais rendu en Orient. Par ailleurs, l’iconographie templière est mince. Dans les rares peintures les représentant à leur époque, leurs visages, couverts d’un heaume, d’un chapeau de fer ou d’un camail, ne sont pas visibles ou n’apparaissent que partiellement. Dans l’article 28, la règle latine précisait que « les frères devront avoir les cheveux ras », ceci pour des raisons à la fois pratiques et d’hygiène dont ne parlait pas saint Bernard, mais surtout « afin de se considérer comme reconnaissant la règle en permanence ». De plus, « afin de respecter la règle sans dévier, ils ne doivent avoir aucune inconvenance dans le port de la barbe et des moustaches. » Les frères chapelains étaient tonsurés et imberbes. De nombreuses miniatures, qui représentent les Templiers sur le bûcher, ne sont ni contemporaines, ni réalistes. À ce moment, certains s’étaient même rasés pour montrer leur désengagement de l’ordre. Enfin, les peintres officiels du XIX.me siècle ont imaginé les Templiers à leur manière, mêlant idéalisme et romantisme, avec de longues chevelures et de grandes barbes. Vie quotidienne des Templiers. car de notre vie vous ne voyez que l’écorce qui est par dehors. Car l’écorce est telle que vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans. Car c’est une grande chose que vous, qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d’autrui. » (Extrait de l’article 661 de la règle). La règle de l’ordre et ses retraits nous informent de manière précise sur ce que fut la vie quotidienne des Templiers en Occident comme en Orient. Cette vie était partagée entre les temps de prières, la vie collective (repas, réunions), l’entraînement militaire, l’accompagnement et la protection des pèlerins, la gestion des biens de la maison, le commerce, la récolte des taxes et impôts dus à l’ordre, le contrôle du travail des paysans sur les terres de l’ordre, la diplomatie, la guerre et le combat contre les infidèles. Chevalier du Temple chargeant sur son destrier, chapelle templière de Cressac en Charente, vers 1170-1180. Un ordre de chevalerie ne va pas sans cheval. Ainsi, l’histoire de l’ordre du Temple fut intimement liée à cet animal. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l’ordre pouvait faire don de son destrier, un cheval de combat que les écuyers tenaient à dextre, c’est-à-dire à droite. Après 1140, on comptait de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux Templiers des armes et des chevaux. Pour équiper son armée, l’ordre du Temple fournissait trois chevaux à chacun de ses chevaliers dont l’entretien était assuré par un écuyer (articles 30 & 31 de la règle). La règle précise que les frères pouvaient avoir plus de trois chevaux, lorsque le maître les y autorisait. Cette mesure visait sans doute à prévenir la perte des chevaux, afin que les frères eussent toujours trois chevaux à disposition. Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le vœu de pauvreté. Selon la règle (article 37) « Nous défendons totalement que les frères aient de l’or et de l’argent à leur brides, à leurs étriers et à leurs éperons ». Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise ou percheronne. Ce pouvaient être aussi des mulets appelés « bêtes mulaces ». Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi le palefroi, plus spécialement utilisé pour les longs déplacements. Selon les retraits, la hiérarchie de l’ordre s’exprimait à travers l’attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi : « Le maître doit avoir quatre bêtes… » indiquant l’importance du sujet. D’ailleurs, les trois premiers articles du maître de l’ordre (articles 77, 78 et 79) portaient sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourris en mesures d’orge (céréale coûteuse et donnant beaucoup plus d’énergie aux chevaux que la simple ration de foin) et qu’un maréchal-ferrant se trouvait dans l’entourage du maître. Parmi les chevaux du maître se trouvait un turcoman, pur sang arabe qui était un cheval de guerre d’élite et de grande valeur car très rapide. Quatre chevaux étaient fournis à tous les hauts dignitaires : sénéchal, maréchal, commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, commandeur de la cité de Jérusalem, commandeurs de Tripoli et d’Antioche, drapier, commandeurs des maisons (commanderies), turcopolier. Les frères sergents tels que le sous-maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal-ferrant et le commandeur du port d’Acre avaient droit à deux chevaux. Les autres frères sergents ne disposaient que d’une seule monture. Les turcopoles, soldats arabes au service de l’ordre du Temple, devaient fournir eux-mêmes leurs chevaux. C’était le maréchal de l’ordre qui veillait à l’entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et harnais, sans lesquels la guerre n’était pas possible. Il était responsable de l’achat des chevaux (article 103) et il devait s’assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré (article 154) avant d’être écarté du service. Les destriers étaient équipés d’une selle à « croce » (à crosse), appelée aussi selle à arçonnière, qui était une selle montante pour la guerre et qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du sud de la France, mais aussi celles de Castille, d’Aragon et de Gascogne, étaient spécialisées dans l’élevage des chevaux. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans les États latins d’Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales des nefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l’ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu’un Templier mourait ou était envoyé dans un autre État, ses chevaux revenaient à la maréchaussée (article 107). Rares sont les représentations des Templiers. Il nous est cependant parvenu une peinture murale d’un chevalier du Temple en train de charger sur son destrier. Il s’agit d’une fresque de la chapelle de Cressac en Charente, datant de 1170 ou 1180. Le noble des XII.me et XIII.me siècles devait se faire confectionner un équipement complet (vêtement et armes) pour être adoubé chevalier. Ce matériel, nécessitant essentiellement des métaux, valait une fortune et pesait environ cinquante kilos. chevaliers et sergents templiers devaient disposer d’un tel équipement. La protection du corps était assurée par un écu, une cotte de maille et un heaume. L’écu (ou bouclier) de forme triangulaire, pointe en bas, était fait de bois et recouvert d’une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant du XII.me siècle pour être allégé et donc plus maniable. La cotte de mailles était constituée de milliers d’anneaux en fer d’un centimètre de diamètre entrelacés et parfois rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties : les chausses de mailles attachées à la ceinture par des lanières de cuir, le haubert protégeait le corps et les bras et le camail ou coiffe de mailles. Un mortier ou casquette en cuir était posé sur la tête pour supporter le heaume. Les mains étaient protégées par des gants en mailles appelés gants d’arme (article 325 de la Règle). Il est à noter que le haubert fut raccourci au genou au cours du XIII.me siècle pour être plus léger. Le heaume était sans visière mobile, ou prenait la forme d’un chapeau de fer ne protégeant pas le visage. Le sous-vêtement se composait d’une chemise de lin et de braies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses de cuir attachées par des lanières, et un gambison ou gambeson en cuir. Pour finir, le surcot, porté sur la cotte, est aussi appelé jupon d’arme ou cotte d’arme. Il était cousu d’une croix rouge, insigne de l’ordre, devant comme derrière. Il permettait de reconnaître les combattants Templiers sur le champ de bataille comme en tout lieu. Le baudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d’accrocher l’épée et de maintenir le surcot près du corps. Selon Georges Bordonove, le Templier recevait une épée, une lance, une masse et un couteau lors de sa réception dans l’ordre. Maniée à deux mains, l’épée avait un double tranchant et un bout arrondi. En effet, elle devait être maniée de façon à frapper de « taille », c’est-à-dire avec le tranchant. Elle était pratiquement employée comme une masse d’arme dans la mesure où elle ne pouvait transpercer une cotte de mailles. Toutefois, contre un ennemi qui n’avait pas cette protection, l’épée se révélait plus efficace et plus élégante que la masse. La masse d’arme templière était principalement une masse dite turque aux pointes saillantes. L’épée et les masses servaient à frapper l’ennemi de manière à lui briser les os. Les blessés mouraient alors d’hémorragie interne. La lance était une perche en bois terminée par une pointe en fer forgé appelée tête de fer. Chaque frère détenait trois couteaux dont un couteau d’arme, un autre « de pain taillé » qui servait à manger et un canif à lame étroite. Le drapeau de l’ordre du Temple était appelé le gonfanon baucent. Baucent, qui signifie bicolore, avait plusieurs graphies : baussant, baucent ou balcent. C’était un rectangle vertical composé de deux bandes, l’une blanche et l’autre noire, coupées au tiers supérieur. Porté en hauteur au bout d’une lance, il était le signe de ralliement des combattants templiers sur le champ de bataille, protégé en combat par une dizaine de chevaliers. Celui qui en était responsable était appelé le gonfanonier. Selon la circonstance, le gonfanonier désignait un porteur qui pouvait être un écuyer, un soldat turcopole ou une sentinelle. Le gonfanonier chevauchait devant et conduisait son escadron sous le commandement du maréchal de l’ordre. Le gonfanon devait être visible en permanence sur le champ de bataille et c’est pourquoi il était interdit de l’abaisser. Ce manquement grave au règlement pouvait être puni par la sanction la plus sévère, c’est-à-dire la perte de l’habit qui signifiait le renvoi de l’ordre. Selon l’historien Georges Bordonove, lorsque le gonfanon principal tombait parce que son porteur et sa garde avaient été tués, le commandeur des chevaliers déroulait un étendard de secours et reprenait la charge. Si celui-ci venait à disparaître à son tour, un commandeur d’escadron devait lever son pennon noir et blanc et rallier tous les Templiers présents. Si les couleurs templières n’étaient plus visibles, les Templiers survivants devaient rejoindre la bannière des Hospitaliers. Dans le cas où celle-ci était tombée, les Templiers devaient rallier la première bannière chrétienne qu’ils apercevaient. Le gonfanon baucent est représenté dans les fresques de la chapelle templière San Bevignate de Pérouse en Italie. La bande blanche se situe dans la partie supérieure. Il est aussi dessiné dans la chronica majorum, les Chroniques de Matthieu Paris en 1245. Dans ce cas, la bande blanche se trouve dans la partie inférieure. Le saint patron et protecteur des Templiers était saint Georges, le saint chevalier. Il était également le patron de l’ordre Teutonique et plus généralement de tous les chevaliers chrétiens. Son tombeau est vénéré à Lydda en Israël. Les croisés dans leur ensemble étaient perçus par les Arabes comme des barbares, ignorants et puérils. Au début du XII.me siècle, les Templiers se révélèrent être les combattants les plus redoutables que durent affronter les Arabes. Cependant, en dehors du champ de bataille, on note qu’une certaine tolérance religieuse les animait. En 1140, l’émir et chroniqueur Oussama ibn Mounqidh, par ailleurs ambassadeur auprès des Francs, se rendit à Jérusalem. Il avait l’habitude d’aller à l’ancienne mosquée al-Aqsa, « lieu de résidence de mes amis les Templiers ». L’émir rapporta une anecdote pendant laquelle les Templiers prirent ouvertement sa défense lors de la prière. Alors que la façon de prier des musulmans était à la fois inconnue et incomprise des Francs nouvellement arrivés en Orient, les Templiers, eux, faisaient respecter ce culte, même si celui-ci était qualifié d’infidèle. Quelques années plus tard, en 1187, lors de la bataille de Hattin, le chef musulman Saladin fit décapiter au sabre, sur place et en sa présence, près de deux cent trente Templiers prisonniers. Le secrétaire particulier de Saladin concluait en parlant de son maître : « Que de maux il guérit en mettant à mort un Templier ». En revanche, les chefs militaires arabes épargnaient les maîtres de l’ordre prisonniers parce qu’ils savaient que dès qu’un maître mourait, il était immédiatement remplacé Dans l’action militaire, les Templiers étaient des soldats d’élite. Ils ont fait preuve de courage et se sont révélés être de fins stratèges. Ils étaient présents sur tous les champs de batailles où se trouvait l’armée franque et ont intégré les armées royales dès 1129. Second siège d’Ascalon (16 août 1153) Le siège de Damas ayant été une grosse défaite pour le roi de Jérusalem, Baudouin III, celui-ci décida de lancer une attaque sur Ascalon. Le maître de l’ordre, Bernard de Tramelay, appuya l’avis du roi et l’attaque fut lancée le 16 août 1153. Ce fut une hécatombe pour les Templiers qui pénètrèrent au nombre de quarante dans la cité derrière leur Maître. En effet, ils furent tous tués par les défenseurs égyptiens de la cité et leurs corps suspendus aux remparts. Cet épisode a soulevé de nombreuses polémiques car certains prétendirent que les Templiers voulaient entrer seuls dans la cité afin de s’approprier tous les biens et trésors alors que d’autres pensaient qu’ils voulaient, au contraire, marquer l’ordre d’un fait d’arme. Toutefois, la ville d’Ascalon tomba le 22 août 1153 et l’ordre du Temple élut un nouveau maître : André de Montbard. Il accepta cette nomination pour contrer l’élection d’un autre chevalier du Temple, Guillaume II de Chanaleilles, fils de Guillaume Ier (l’un des héros de la Première croisade aux côtés du comte de Toulouse Raymond IV, dit Raymond de Saint-Gilles), favori du roi de France Louis VII et qui aurait permis au roi de contrôler l’ordre. Bataille du mont Gisard. Cette bataille, menée le 25 novembre 1177, fut l’une des premières du jeune roi de Jérusalem Baudouin IV, alors âgé de seize ans. Les troupes du roi avaient été renforcées par quatre-vingts Templiers venus de Gaza à marche forcée. Cette alliance de forces eut raison de l’armée de Saladin à Montgisard, près de Ramla. Après la mort du roi Baudouin V, Guy de Lusignan devint roi de Jérusalem par le biais de sa femme Sybille, sœur du roi Baudouin IV. Sur les conseils du Temple (alors commandé par Gérard de Ridefort) et de l’Hôpital, Guy de Lusignan apprêta l’armée. Comme le temps était particulièrement aride et que l’unique point d’eau se situait à Hattin, près de Tibériade, le roi fit prendre cette direction à ses troupes. Le 4 juillet 1187, Saladin encercla les Francs. Presque toute l’armée fut faite prisonnière (environ quinze mille hommes), ainsi que le roi lui-même. Saladin ayant une aversion particulière pour les Templiers, ceux-ci ont tous été exécutés par décapitation (ainsi que tous les Hospitaliers). Un seul Templier fut épargné, le maître en personne : Gérard de Ridefort. Bataille d’Arsouf. Bataille d’Arsouf, imaginée par Eloi Firmin Féron (tableau du XIX.me siècle). Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade fut lancée à partir de l’Europe. Richard Cœur de Lion se retrouva seul après le retrait de la majorité des troupes allemandes de Frédéric Barberousse (après la noyade de ce dernier dans un fleuve) et le retour de Philippe Auguste en France. Richard fit marcher son armée le long de la mer, ce qui lui permit de rester en communication avec sa flotte et, ainsi, d’assurer continuellement l’approvisionnement de ses troupes. Formée d’une immense colonne, l’armée de Richard avait pour avant-garde le corps des Templiers mené par le maître de l’Ordre du Temple, Robert de Sablé, venaient ensuite les Bretons et les Angevins, Guy de Lusignan avec ses compatriotes Poitevins, puis les Normands et les Anglais et enfin en arrière-garde les Hospitaliers Dans les premiers temps de la bataille, Richard subit l’initiative de Saladin mais reprit la situation en main pour finalement mettre l’armée de Saladin en déroute par deux charges successives de la chevalerie franque et ce malgré le déclenchement prématuré de la première charge. Bataille de Damiette, le comte Robert Ier d’Artois, désobéissant aux ordres de son frère le roi Louis IX, voulut attaquer les troupes égyptiennes malgré les protestations des Templiers qui lui recommandaient d’attendre le gros de l’armée royale. L’avant-garde franque pénétra dans la cité de Mansourah, s’éparpillant dans les rues. Profitant de cet avantage, les forces musulmanes lancèrent une contre-attaque et harcelèrent les Francs. Ce fut une véritable hécatombe. De tous les Templiers, 295 périrent. Seuls quatre ou cinq en réchappèrent. Robert d’Artois lui-même, instigateur de cette attaque sans ordre, y perdit la vie. Saint Louis reprit l’avantage le soir même en anéantissant les troupes qui venaient d’exterminer son avant-garde. Cependant, les Templiers avaient perdu entre-temps presque tous leurs hommes. Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l’ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité avec celle de la banque. L’usure, c’est-à-dire une tractation comportant le paiement d’un intérêt, était interdite par l’Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux Comme le dit l’Ancien Testament : Citation « Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour l’argent, ni pour vivres, ni pour aucune chose qui se prête à intérêt. » Fin de la citation. Les Templiers prêtaient de l’argent à toutes sortes de personnes ou institutions : pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes… Le montant du remboursement était parfois supérieur à la somme initiale lorsqu’il pouvait être camouflé par un acte de changement de monnaie. C’était une façon courante de contourner l’interdit. Lors de la croisade de Louis VII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l’ordre, Évrard des Barrès, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers, « nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance.(…) Nous vous notifions qu’ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue (…). » La somme en question représentait deux mille marcs d’argent. L’activité financière de l’ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d’un départ en pèlerinage vers Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle ou Rome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu’un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d’autres Templiers l’intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins. Il s’agissait d’un coffre fermé à clé dans lequel étaient gardés de l’argent, des bijoux, mais aussi des archives. Ce coffre-fort était appelé huche. Le maître de l’ordre à Jérusalem en effectuait la comptabilité avant que celle-ci ne fût transférée à la fin du XIII.me siècle au trésorier de l’ordre. Trois articles des retraits de la règle nous renseignent sur le fonctionnement financier de l’ordre. Le maître pouvait autoriser le prêt d’argent (sans intérêt) avec ou sans l’accord de ses conseillers selon l’importance de la somme. Les revenus provenant des commanderies d’Occident étaient remis au trésor du siège de l’ordre à Jérusalem. Tous les dons en argent de plus de cent besants étaient concentrés dans le trésor de l’ordre. Les commanderies de Paris ou de Londres servaient de centres de dépôts pour la France et l’Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l’arrestation des Templiers en 1307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France, Hugues de Pairaud. L’argent qu’il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales. Elle a débuté en 1146 lorsque Louis VII, en partance pour la deuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l’ordre. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne de Philippe IV Le Bel. Une autre grande personnalité, Henri II d’Angleterre, avait laissé la garde du trésor au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d’Angleterre étaient également des conseillers royaux. L’ordre du Temple possédait principalement deux types de patrimoines bâtis : des monastères appelés commanderies situés en Occident et des forteresses situées au Proche-Orient et dans la péninsule ibérique. La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l’ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu’en 1187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin. Le siège central fut alors transféré à Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l’ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l’île de Chypre. C’est à Chypre que vivait Jacques de Molay, le dernier maître de l’ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l’ordre n’a jamais été installé en Occident. Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d’Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts. Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits par Saladin vers 1187 et acceptèrent d’occuper ceux que les seigneurs d’Orient (ou d’Espagne) leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d’entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d’établissement à la fois militaire, économique et politique de l’ordre, la place forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne. Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule ibérique afin de participer à la Reconquista. Au XII.me siècle, après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1187, les Templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes mais, peu à peu, en perdirent la plus grande partie. Il fallut attendre l’issue de la troisième croisade, menée par les rois de France, d’Angleterre et l’empereur d’Allemagne, pour que les Templiers reconstituassent leur dispositif militaire en Terre sainte. Au XIII.me siècle, dans le royaume de Jérusalem, les Templiers possédaient quatre forteresses : le château Pèlerin construit en 1217-1218, la forteresse de Safed reconstruite en 1240-1243, le château de Sidon et la forteresse de Beaufort tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1260. Dans le comté de Tripoli, ils disposaient du château de Tortose reconstruit en 1212, d’Arima et du Chastel Blanc. Au nord, dans la principauté d’Antioche, les places fortes templières étaient Baghras (Gaston) récupérée en 1216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu’ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1188. Dès 1128, l’ordre reçoit une première donation au Portugal, des mains de la comtesse régnante du Portugal, Thérèse de León, veuve d’Henri de Bourgogne : le château de Soure et ses dépendances. En 1130, l’ordre a reçu 19 propriétés foncières. Vers 1160, Gualdim Pais achève le château de Tomar, qui devient le siège du Temple au Portugal. Le château d’Almourol au Portugal. En 1143, Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, demanda aux Templiers de défendre l’Église d’Occident en Espagne, de combattre les Maures et d’exalter la foi chrétienne. Les Templiers acceptèrent non sans réticence, mais se limitèrent à défendre et pacifier les frontières chrétiennes et à coloniser l’Espagne et le Portugal. Une nouvelle population chrétienne venait en effet de s’installer autour des châteaux donnés aux Templiers, la région étant pacifiée. La Reconquista fut une guerre royale. De ce fait, les ordres de chevalerie y étaient moins autonomes qu’en Orient. Ils devaient fournir à l’armée royale un nombre variable de combattants, proportionnel à l’ampleur de l’opération militaire en cours. Ainsi, les Templiers espagnols ont participé à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, à la prise de Valencia en 1238, de Tarifa en 1292, à la conquête de l’Andalousie et du royaume de Grenade. Au Portugal, les Templiers ont pris part à la prise de Santarém (1146) et à celle d’Alcácer do Sal (1217). L’action de l’ordre du Temple dans la péninsule ibérique fut donc secondaire, car l’ordre tenait à privilégier ses activités en Terre sainte. Cependant, il possédait bien plus de places fortes dans la péninsule ibérique qu’en Orient. En effet, on dénombre au moins soixante-douze sites rien que pour l’Espagne et au moins six pour le Portugal (on compte seulement une vingtaine de places fortes en Orient). C’est également dans cette zone que l’on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme par exemple les châteaux d’Almourol, Miravet, Tomar et Peñíscola À la différence de l’Orient et de la péninsule ibérique où les Templiers faisaient face aux musulmans, l’Europe de l’Est, où les ordres religieux-militaires étaient également implantés, les a confrontés au paganisme. En effet, les territoires de la Pologne, de la Bohême, de la Moravie, de la Hongrie, mais aussi de la Lituanie et de la Livonie formaient un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages en grande partie non encore défrichées, pris en tenailles entre l’Occident catholique et la Russie orthodoxe. Borusses (Prussiens), Lituaniens, Lives ou Coumans, encore païens, y résistaient à l’avancée – lente mais inexorable – du christianisme depuis plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se faisait à l’initiative de la papauté mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui y voyaient l’occasion d’agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et avec l’appui des évêques, notamment celui de Riga, qui tenaient en quelque sorte des places fortes en territoire païen. Après la disparition en 1238 de l’ordre de Dobrin (officiellement reconnu par le pape Grégoire IX sous le nom « Chevaliers du Christ de Prusse »), qui avait procédé aux premières conversions, les Templiers se virent invités formellement à prendre pied en Europe orientale. À cet effet, furent octroyés à l’ordre trois villages le long de la rivière Bug ainsi que la forteresse de Łuków (qu’ils se virent confier en 1257, en même temps que la mission de défendre la présence chrétienne dans cette région). Tout au long du XIII.me siècle, la présence des Templiers en Europe orientale est allée en augmentant et on compta jusqu’à quatorze établissements et deux forteresses templières. Cependant, les Templiers (tout comme les Hospitaliers, qui furent également présents en Europe orientale) cédèrent rapidement la place à l’ordre Teutonique dans la lutte contre le paganisme dominant ces régions reculées. Les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s’ajouter à ceux de la Terre sainte et de la péninsule ibérique, alors que l’idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l’ordre en Terre sainte. Autre région d’Europe orientale, mais plus méridionale, la Hongrie dut faire face tout comme la Pologne aux invasions dévastatrices des Mongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les Templiers envoyaient des informations aux rois occidentaux sans pour autant arriver à les alerter suffisamment pour qu’une réaction volontaire et efficace fût déclenchée. Une commanderie était un monastère dans lequel vivaient les frères de l’ordre en Occident. Elle servait de base arrière afin de financer les activités de l’ordre en Orient et d’assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l’ordre. Elle s’est constituée à partir de donations foncières et immobilières. Le terme préceptorie, est à tort employé: « …Il est donc absurde de parler de « préceptorie » alors que le mot français correct est « commanderie »; et il est de plus ridicule de distinguer deux structures différentes, préceptorie et commanderie… ». La plupart des biens possédés par l’ordre du Temple provenaient de dons ou de legs. Dans les premières années de sa création, les dons fonciers ont permis à l’ordre de s’établir partout en Europe. Puis, il y a eu trois grandes vagues de donations de 1130 à 1140, de 1180 à 1190 et de 1210 à 1220. Tout d’abord, on peut noter que tous les hommes qui entraient dans l’ordre pouvaient faire le don d’une partie de leurs biens au Temple. Ensuite, les dons pouvaient provenir de toutes les catégories sociales, du roi au laïc. Par exemple, le roi Henri II d’Angleterre céda au Temple la maison forte de Sainte-Vaubourg et son droit de passage sur la Seine au Val-de-la-Haye, en Normandie. Un autre exemple que l’on peut citer est le don fait en 1255 par le chanoine Étienne Collomb de la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre d’un cens perçu dans le bourg de Saint-Amâtre. Même si les dons étaient en majorité composés de biens fonciers ou de revenus portant sur des terres, les dons de rentes ou revenus commerciaux n’étaient pas négligeables. Par exemple, Louis VII céda en 1143-1144 une rente de vingt-sept livres établies sur les étals des changeurs à Paris. Les dons pouvaient être de trois natures différentes : Donation pro anima : il pouvait s’agir d’une donation importante (qui était souvent à l’origine de la création d’une commanderie) ou alors d’un don foncier mineur ne portant que sur quelques parcelles. La motivation du donateur était d’invoquer le salut de son âme ou la rémission de ses pêchés. Donation in extremis : ce type de donation était réalisé en majeure partie par des pèlerins agissant par précaution. Ils effectuaient ce don avant de partir en Terre sainte. Peu nombreuses, ces donations ont été remplacées par le legs testamentaire. Donation rémunérée : le donateur agissait dans le but de percevoir un contre-don. Il ne s’agissait pas exactement d’une vente mais plutôt d’un don rémunéré, assurant le donateur d’un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre. Le bénéficiaire (à cette occasion l’ordre du Temple) était également gagnant dans ce type de don, le contre-don étant d’une valeur inférieure. Le but de ce type de donation était de faciliter le processus de don, sachant que la cession de tout ou partie d’un bien foncier pouvait sérieusement entamer le revenu du donateur ou celui de ses héritiers. Il n’était pas rare d’ailleurs que certains conflits entre l’ordre et des héritiers survinssent en de pareils cas, le litige se réglant parfois par le biais de la justice. Après la réception de ces dons, il restait à l’ordre du Temple d’organiser et de rassembler le tout en un ensemble cohérent. Pour ce faire, les Templier sont procédé à nombre d’échanges ou de ventes afin de structurer leurs commanderies et de rassembler les terres pour optimiser le revenu qui pouvait en être tiré. On peut prendre le processus de remembrement comme parallèle, tout au moins à propos du regroupement des terres autour ou dépendant d’une commanderie. Par essence, on peut citer tous les pays de l’Occident chrétien du Moyen Âge comme terres d’établissement de l’ordre du Temple. Ainsi, il y eut des commanderies templières dans les pays actuels suivants : France, Angleterre, Espagne, Portugal, Écosse, Irlande, Pologne, Hongrie, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas. De même, il existait des commanderies en Orient. Selon Georges Bordonove, on peut estimer le nombre de commanderies templières en France à 700. La qualité de ces vestiges est très diverse aujourd’hui. Très peu ont pu garder intégralement leurs bâtiments. Certaines commanderies ont été totalemen tdétruites et n’existent plus qu’à l’état archéologique, ce qui est le cas par exemple de la commanderie de Payns dans le fief du fondateur de l’ordre. En France, trois commanderies ouvertes au public présentent un ensemble complet : pour le nord, la commanderie de Coulommiers, en région centre se trouve la commanderie d’Arville et au sud la commanderie de la Couvertoirade. Seuls les documents d’archives et en particulier les cartulaires de l’ordre du Temple permettent d’attester de l’origine templière d’un bâtiment. La chute de l’ordre du Temple fait également l’objet d’une polémique. Elle serait le fait du roi de France Philippe IV le Bel qui aurait agi dans le but unique de s’approprier le trésor des Templiers. Cependant, les raisons pour lesquelles l’ordre a été éliminé sont beaucoup plus complexes et celles exposées ci-dessous n’en représentent probablement qu’une infime partie. L’une des premières raisons fut la perte de la ville de Saint-Jean-d’Acre, qui entraîna celle de la Terre sainte. En effet, le 28 mai 1291, les croisés perdirent Acre à l’issue d’un siège sanglant. Les chrétiens furent alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que les Hospitaliers n’échappèrent pas à cet exode. La maîtrise de l’ordre fut déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l’utilité de l’ordre du Temple s’est posée car il avait été créé à l’origine pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ. Ayant perdu la Terre sainte et donc la raison même de leur existence, une partie de l’ordre se pervertit. Le peuple percevait d’ailleurs depuis plusieurs décennies les chevaliers comme des seigneurs cupides menant une vie désordonnée (les expressions populaires « boire comme un templier » ou « jurer comme un templier » sont révélatrices à cet égard) : dès 1274 au deuxième concile de Lyon, ils durent produire un mémoire pour justifier de leur existence. Une querelle opposait également le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1302 : Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d’une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri Solio. Boniface VIII mourut le 11 octobre 1303, peu après l’attentat d’Anagni. Son successeur, Benoît XI, eut un pontificat très bref puisqu’il mourut à son tour le 7 juillet 1304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1305. Or, à la suite de la chute d’Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en Occident occuper leurs commanderies. Les Templiers possédaient des richesses immenses, augmentées par les biens issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…) mais (surtout ?) ils possédaient une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape. Par conséquent, une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en place. Il est à ajouter que les légistes royaux, formés au droit romain, cherchaient à exalter la puissance de la souveraineté royale. Or, la présence du Temple en tant que juridiction pontificale limitait grandement le pouvoir du roi sur son propre territoire. L’attentat d’Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, des gens comme Guillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi a sûrement eu une influence sur Philippe le Bel. Enfin, certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l’ordre à Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1293 à Chypre après la perte de Saint-Jean-d’Acre. En effet, suite à la perte d’Acre, un projet de croisade germa de nouveau dans l’esprit de certains rois chrétiens mais aussi et surtout dans celui du pape Clément V. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte et le fit savoir dans une lettre qu’il envoya à Jacques de Molay en 1306. Le maître y répondit par une autre lettre dans laquelle il s’opposait à cette idée, sans pour autant être catégorique.xxx Cependant, les arguments qu’il avança pour étayer ses propres idées étaient bien minces …Aujourd’hui, l’implication du pape dans l’arrestation des templiers pourrait être soumise à polémique. Certains historiens parlent de 3 rencontres, entre Philippe le Bel et Clément V, étalées de 1306 à 1308, au cours desquelles fut statué le sort des templiers. Toutefois, ces historiens se fondent sur la seule source contemporaine. En effet, un chroniqueur italien du nom de Giovanni Villani est le seul à indiquer une rencontre entre le roi et le pape en 1305, soi-disant pour aborder la question de la suppression de l’ordre. Il est à noter que d’autres historiens estiment qu’il n’est pas sérieux de se fier uniquement à Villani, car les italiens de l’époque avaient un fort ressentiment contre Clément V, pape français. Les mêmes historiens attestent d’une rencontre entre le roi de France et le pape au mois de mai 1307, quelques mois donc avant l’arrestation. Les légistes royaux invoqueront, un an après, cette rencontre en affirmant que le pape avait alors donné son autorisation à l’arrestation. Par la bulle Faciens misericordiam, Clément V nomme en 1308 des commissions pontificales chargées d’enquêter sur l’ordre, en marge de la procédure séculière engagée par le Roi de France Philippe le Bel. Le donjon du château de Gisors, où furent emprisonnés les dignitaires de l’ordre, dont Jacques de Molay. L’idée de détruire l’ordre du Temple était déjà présente dans l’esprit du roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d’aveux afin d’entamer une procédure. Ce fut chose faite grâce à un atout majeur déniché par Guillaume de Nogaret en la personne d’un ancien Templier : Esquieu de Floyran. Celui-ci avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites d’entrée dans l’ordre et Philippe le Bel, personnage très pieux, fut choqué par de tels actes. Il écrivit donc au Pape pour lui faire part du contenu de ces aveux. En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda une enquête pontificale au pape. Ce dernier la lui accorda le 24 août 1307. Cependant, Philippe le Bel était pressé. Il n’attendit pas les résultats de l’enquête, prépara l’arrestation à l’abbaye de Sainte-Marie, près de Pontoise le jour de la fête de l’exaltation de la Sainte-Croix et dépêcha des messagers le 14 septembre 1307 à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers ainsi que l’arrestation massive des Templiers en France au cours d’une même journée, le vendredi 13 octobre 1307. Le but de cette action menée sur une journée fut de profiter du fait que les Templiers étaient disséminés sur tout le territoire et ainsi d’éviter que ces derniers, alarmés par l’arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupassent et ne devinssent alors difficiles à arrêter. Au matin du 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret et des hommes d’armes pénétrèrent dans l’enceinte du Temple de Paris où résidait le maître de l’ordre Jacques de Molay. À la vue de l’ordonnance royale qui justifiait cette rafle, les Templiers se laissèrent emmener sans aucune résistance. À Paris, il fut fait 138 prisonniers, en plus du maître de l’ordre. Templier embrassant un ecclésiastique, manuscrit de Jacques de Longuyon, vers 1350. Un scénario identique se déroula au même moment dans toute la France. La plupart des Templiers présents dans les commanderies furent arrêtés. Ils n’opposèrent aucune résistance. Quelques-uns réussirent à s’échapper avant ou pendant les arrestations. Les prisonniers ont été enfermés pour la plupart à Paris, Caen, Rouen et au château de Gisors. Tous leurs biens furent inventoriés et confiés à la garde du Trésor royal. Ceux qui, en 1306, avaient recueilli Philippe IV le Bel pendant les émeutes de Paris se retrouvaient maintenant enfermés en attendant leur procès. Procès de l’ordre du Temple. Puisque tous les Templiers du royaume de France avaient été arrêtés, Philippe IV le Bel enjoignit aux souverains européens (Espagne et Angleterre) de faire de même. Tous refusèrent car ils craignaient les foudres du pape. Le roi de France n’en fut pas découragé et ouvrit donc le procès des Templiers. Cependant, l’ordre du Temple était un ordre religieux et ne pouvait subir à ce titre la justice laïque. Philippe le Bel demanda donc à son confesseur, Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers, trente-huit moururent sous la torture, mais surtout le début des « aveux » avait été enclenché. Parmi les péchés revenant le plus souvent, l’Inquisition entendit parler du reniement de la Sainte-Croix, du reniement du Christ, de la sodomie et de l’adoration d’une idole (appelée le Baphomet). Seuls trois Templiers résistèrent à la torture et n’avouèrent aucun comportement obscène. Afin d’essayer de protéger l’ordre du Temple, le pape Clément V fulmina la bulle Pastoralis praeminentiae qui ordonnait aux souverains européens d’arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens sous la gestion de l’Église. De plus, le Pape demandait à entendre lui-même les Templiers à Poitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés à Chinon, le roi Philippe le Bel prétexta que les prisonniers (soixante-douze en tout et triés par le roi lui-même) étaient trop faibles pour faire le voyage. Le pape délégua alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins à Chinon. Le manuscrit ou parchemin de Chinon qui en traite indique que le pape Clément V absout les dirigeants de l’ordre à cette occasion. La première commission pontificale eut lieu le 12 novembre 1309 à Paris. Elle avait pour but de juger l’ordre du Temple en tant que personne morale et non comme personne physique. Pour ce faire, elle envoya dès le 8 août une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés pour qu’ils comparaissent devant la commission. Un seul frère dénonça les aveux fait sous la torture : Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns. Le 6 février 1310, quinze Templiers sur seize clamèrent leur innocence et furent bientôt suivis par la plupart de leurs frères. Le roi de France souhaita alors gagner du temps et fit nommer à l’archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui était totalement dévoué : Philippe de Marigny (demi-frère d’Enguerrand de Marigny). Celui-ci envoya cinquante-quatre Templiers au bûcher le 12 mai 1310, suite à leurs aveux extorqués sous la torture en 1307. Tous les interrogatoires furent terminés le 26 mai 1311. Le fac-similé de l’interrogatoire des dignitaires templiers en août 1308 à Chinon, conservé aux archives vaticanes, a été publié et vendu en 2007. Le concile de Vienne, qui se tint le 16 octobre 1311 au sein de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne, avait trois objectifs : statuer sur le sort de l’ordre, discuter de la réforme de l’Église et organiser une nouvelle croisade. Cependant, lors du concile, quelques Templiers décidèrent de se présenter : ils étaient au nombre de sept et désiraient défendre l’ordre. Le roi, voulant en finir avec l’ordre du Temple, partit en direction de Vienne avec des gens d’arme afin de faire pression sur Clément V. Il arriva sur place le 20 mars 1312. Le 22 mars 1312, le Pape fulmina la bulle Vox in excelso qui ordonnait l’abolition définitive de l’ordre. Pour ce qui est du sort des Templiers et de leurs biens, le pape fulmina deux autres bulles : Ad providam le 2 mai 1312, concernait les biens du Temple qui furent légués en totalité à l’ordre de l’Hôpital (à l’exception de l’Espagne et du Portugal, où deux ordres naquirent des cendres de l’ordre du Temple, l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ) • Considerantes dudum le 6 mai 1312 quant à elle, déterminait le sort des hommes. Ceux ayant avoué ou ayant été déclarés innocents se verraient attribuer une rente et pourraient vivre dans une maison de l’ordre alors que tous ceux ayant nié ou s’étant rétractés, subiraient un châtiment sévère (la peine de mort). Toutefois, le sort des dignitaires de l’ordre du Temple restait entre les mains du pape. Une commission pontificale fut nommée le 22 décembre 1313. Elle était constituée de trois cardinaux et d’avoués du roi de France et devait statuer sur le sort des quatre dignitaires de l’ordre. Devant cette commission, ils réitérèrent leurs aveux. Le 11 ou 18 mars 1314, les quatre Templiers furent amenés sur le parvis de Notre-Dame de Paris afin que l’on leur lût la sentence. C’est là que Jacques de Molay, maître de l’ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou-Aquitaine apprirent qu’ils étaient condamnés à la prison à vie. Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clamèrent leur innocence. Ils avaient donc menti aux juges de l’Inquisition, furent déclarés relaps et remis au bras séculier (en l’occurrence, la justice royale). Voici la description qu’en fit, dans sa chronique latine, Guillaume de Nangis, un chroniqueur de l’époque : « Mais alors que les cardinaux pensaient avoir mis un terme à cette affaire, voilà que tout à coup et inopinément deux d’entre eux, le grand maître et le maître de Normandie, se défendirent opiniâtrement contre le cardinal qui avait prononcé le sermon et contre l’archevêque de Sens. Philippe de Marigny], revenant sur leur confession et sur tout ce qu’ils avaient avoué. » Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bûcher, enluminure provenant des Grandes Chroniques de France. Le lendemain, Philippe le Bel convoqua son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamna les deux Templiers au bûcher. Ils furent conduits sur l’île aux Juifs afin d’y être brûlés vifs. Geoffroi (ou Godefroi) de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l’ordre : « […] Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamné à tort : Dieu vengera notre mort. […] » Proclamant jusqu’à la fin son innocence et celle de l’ordre, Jacques de Molay s’en référa donc à la justice divine et c’est devant le tribunal divin qu’il assignait ceux qui sur Terre l’avaient jugé. La malédiction légendaire de Jacques de Molay « Vous serez tous maudits jusqu’à la treizième génération » lancée par des ésotéristes et historiens par la suite inspira Les Rois maudits de Maurice Druon. Les deux condamnés demandèrent à tourner leurs visages vers la cathédrale Notre-Dame pour prier. C’est avec la plus grande dignité qu’ils moururent. Guillaume de Nangis ajouta : « On les vit si résolus à subir le supplice du feu, avec une telle volonté, qu’ils soulevèrent l’admiration chez tous ceux qui assistèrent à leur mort… ». La décision royale avait été si rapide que l’on s’aperçut après coup que la petite île où l’on avait dressé le bûcher ne se trouvait pas sous la juridiction royale, mais sous celle des moines de Saint-Germain-des-Prés. Le roi dut donc confirmer par écrit que l’exécution ne portait nullement atteinte à leurs droits sur l’île. Giovanni Villani, contemporain des Templiers, mais qui n’assista pas à la scène, ajouta dans sa Nova Cronica que « le roi de France et ses fils éprouvèrent grande honte de ce péché », et que « la nuit après que ledit Maître et son compagnon eurent été martyrisés, leurs cendres et leurs os furent recueillis comme des reliques sacrées par les frères et d’autres religieuses personnes, et emmenés en lieux consacrés. » Ce témoignage est toutefois sujet à suspicions, Villani étant un florentin et ayant rédigé son ouvrage entre une et deux décennies après les faits. L’original du parchemin de Chinon, document essentiel mais perdu dans les archives secrètes du Vatican depuis le XVII.me siècle, a été retrouvé en 2002 par l’historienne Barbara Frale et publié en 2007 avec l’ensemble des documents relatifs au procès. Il indique que le pape Clément V a finalement absous secrètement les dirigeants de l’ordre. Leur condamnation et mise à mort sur le bûcher est donc bel et bien la responsabilité du roi Philippe IV de France et non celle du pape ni de l’Eglise contrairement a une fausse idée largement répandue. La dissolution de l’ordre lors du concile de Vienne et ensuite la mort de Jacques de Molay marquèrent la fin définitive de l’ordre du Temple. Les biens templiers, en particulier les commanderies, furent reversés par la bulle papale Ad Providam en majeure partie à l’ordre de l’Hôpital, sauf dans le royaume de Valence où ils passèrent au nouvel ordre de Montesa, fondé en 1317, et au Portugal où ils passèrent à l’ordre du Christ, fondé en 1319 (ordre du Christ dont on verra la croix sur les voiles des navires de Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique en 1492). Ces deux ordres sont les seuls « successeurs légitimes du Temple », mais leur caractéristique nationale commune empêche de les considérer comme de réelles survivances (l’ordre du Temple ayant cette caractéristique d’être international). La nationalisation de l’administration financière du royaume, voulue alors par le roi afin de ne plus dépendre de personnes étrangères (que ce soit des lombards, des juifs ou des templiers, ces derniers échappant à la sphère du pouvoir royal) fut une autre conséquence de la disparition de l’ordre. Cette dernière conséquence rentrait dans le cadre du renforcement du pouvoir de l’État, via la personne royale, processus qui fut une pièce maîtresse du règne de Philippe le Bel. La fin tragique des Templiers a contribué à générer des légendes à leur sujet. Celles-ci vont des rumeurs au sujet de leur association avec le Saint-Graal, jusqu’aux interrogations à propos de leurs liens éventuels avec les francs-maçons. De plus, certains groupements ou sociétés secrètes, tels que la Rose-Croix ou encore certaines sectes, telles que l’ordre du Temple solaire (et ses survivances, comme le Collège Templier) ou l’Ordo Templi Orientis, se réclameront par la suite de l’ordre, affirmant leur filiation en s’appuyant sur une pseudo-survivance de l’ordre ou en usurpant l’habit templier et en reprenant certains rites.

Michel Michelland

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