folies de montpellier

La journée du 19 mars est consacrée à la découverte des alentours de Montpellier, l’association Rencontre nous a concocté 3 visites, c’est à 9 heures que notre nouveau carrosse fait halte à l’avenue de Toulouse pour embarquer une bonne partie du groupe. Nous prenons la direction du nouveau quartier d’Odysséum, nous dépassons les zones d’activités commerciales, nous roulons dans un environnement champêtre. Nous empruntons la route de Vauguières, nous abordons une des demeures montpelliéraines appelées (folie de Montpellier). Nous arrivons au château de la Maugère (folie), qui est enserrée entre l’actuelle A9, l’aéroport de Fréjorgues et bientôt certainement par le doublement de l’autoroute, la ligne TGV et sa gare.
En 1706, Fulcran Limozin secrétaire du Roi, maison et couronne de France et contrôleur de la chancellerie de Montpellier achète le Domaine de la Mogère. Celui-ci ne devait plus quitter cette famille et, à partir du second propriétaire, sera transmis de façon directe jusqu’à nos jours. Dessinée par Jean Giral en 1715, cette élégante folie du XVIII.me siècle, présente une façade harmonieuse surmontée d’un fronton dont la silhouette se découpe sur un fond de pins. L’actuel propriétaire, le Vicomte Gaston de Saporta, vous accueille et vous conduira à travers les magnifiques salons de sa demeure pour vous en faire découvrir tous les secrets. A l’intérieur on découvre de nombreux portraits de famille, meubles, peintures, décor mural de gypseries et tableaux du XVII et XVIII.me siècle, de Jean Jouvenet “Pentecôte”, Hyacinthe Rigaud, Louis David et Ranc, transmis depuis plusieurs générations. A l’extérieur, c’est à mi-chemin entre un parc à l’anglaise et un jardin à la française, où vous découvrirez des statues, un superbe buffet d’eau…. La Mogère offre une vue d’ensemble sur l’histoire de Montpellier et sur l’une des principales familles de la ville, les Boussairolles, également propriétaires du Château de Flaugergues depuis le XIX.me siècle. Les principales pièces à découvrir : Salon Régence : Ses Tableaux, Meubles, Portraits de famille, Miroirs, Peintures sur le thème des Quatre Saisons… Salon des Gypseries: Ses Gypseries sur le thème des Quatre Saisons et sa Plaque de Cheminée. La Salle à Manger : Avec un Portrait Équestre de Louis XIV, devant Maastricht en 1673; Par Mignard. La salle à manger est le lieu où trône un superbe meuble cévennol, dont la desserte atteint près de 5 mètres.
Nous commençons la visite par un cheminement fléché à travers le jardin, des immenses pins donnent vie à un lieu quelque peu aride, où seulement quelques buis chétifs tentent de donner une pâle verdure à l’ensemble. Nous découvrons le buffet d’eau, il est alimenté par un aqueduc qui mesure 55 mètres, il achemine l’eau du puits initial de la propriété. Le buffet d’eau est une arche de 5 mètres de haut et de largeur, c’est une sorte de petit arc de triomphe d’où ruisselle l’eau qui s’écoule dans un bassin. L’arche du buffet d’eau et couronné d’un cheval, et, de 2 anges. Aujourd’hui le buffet d’eau n’est plus alimentée en eau, la chute d’un énorme arbre à sectionner une partie de l’aqueduc, la restauration n’est pas à l’étude pour le moment. Un petit sentier mène à la chapelle du château, elle n’est pas ouverte à la visite. Après un petit quart d’heure de déambulation dans les jardins, nous abordons la visite du château c’est le vicomte de Saporta qui officie, nous le suivons. Les folies de Montpellier étaient les résidences d’été des notables de la ville, ils y séjournaient l’été, la propriété leur procurait les victuailles à l’année, des employés s’occupaient du potager, du bétail, de la basse cour et du domaine viticole tout cela orchestré par un régisseur qui dictait les ordres du propriétaire et les faisait appliquer. Nous pénétrons dans le vestibule, c’est un hall très vaste, nous découvrons un plan du domaine établi par un géomètre, il date de 1788. A droite de la porte, on distingue le portrait de l’homme qui a créé et financé la Maugère, le tableau devra être restauré, car son état est quelque peu délabré. Dans une vitrine on aperçoit en forme de médaillon en plâtre, il représente un des personnages de ce lieu qui a modifié la demeure à la fin du XVIII.me siècle, le médaillon le représente à l’âge de 33 ans, il est mort en 1815. Au XIX.me siècle on transforme on ne sait pas pourquoi, les portes fenêtres en simple fenêtres, sur les 9 portes fenêtres on n’en a gardé qu’une. Les domaines de la maugère et de Flaugèrgues, vont appartenir au même propriétaire en 1811, à la suite d’héritage et par le mariage. Par la suite, ce sont les 2 arrières petites filles de ce couple qui vont se partager les 2 domaines. Au milieu du XIX.me siècle, la Maugère a succombé à la mode des jardins à l’anglaise, on a donc remodelé l’écran de verdure qui environne le domaine. Aujourd’hui avec le problème de la main d’œuvre, on se contente de délimiter les espaces par des bordures de buis, qui ne nécessitent pas trop de travail et d’eau. Au XX.me siècle on a creusé un forage pour l’arrosage du jardin, l’électricité a apparu à la Maugère qu’en 1939. Aujourd’hui les propriétaires essaient bien que mal, d’entretenir, de rénover ou de restaurer le bâti et l’environnement coup par coup, car les travaux demandent de plus en plus de finances. Dans le hall nous découvrons un long fusil de marine de guerre, il date du XVIII.me siècle, il a servi pendant la guerre appelée de 7 ans. Le futur de la Maugère est très compromis, le domaine sera morcelé, des terres ont d’ailleurs été vendus à la SNCF pour la construction de la ligne TGV, d’autres sont frappées d’alignement et donc d’expropriation pour le doublement de l’autoroute. Une vue aérienne de la Maugère de 1989, montre l’emprise de l’aéroport qui se situe à quelques encablures des pistes de Fréjorgues. Près d’une porte on distingue, une sorte de fauteuil, c’est un lit de camp d’officier du XVIII.me siècle, il est certes en ébénisterie, mais n’a rien à envier au mécanisme du clic-clac du XX.me siècle. Dans un coin se dresse un vélocipède, il est l’œuvre d’un serrurier parisien nommé Michaud, il a été acheté à Montpellier en 1868. En fait c’était une draisienne dont l’invention est située en 1820, lors d’une réparation, il a eu l’idée d’adapter des pédales sur le moyeu de la roue avant. La pratique de la draisienne devient moins fatiguant, et surtout plus rapide. Une photo de 1920 représente le buffet d’eau, il était en parfait état, il donnait un charme au jardin. Un canon solaire trône dans le hall, il était rempli de poudre, une loupe activait les rayons du soleil, et aux environs de midi, la poudre s’enflammait et provoquait une détonation. Il existe le même canon au palais royal à Paris, celui de la Maugère n’a pas fonctionné depuis longtemps, il est dépourvu de sa loupe. Au mur on distingue les portraits de la famille Boussairolle, qui s’est marié à 2 reprises à la famille Campan au début et à la fin du XVIII.me siècle. Nous passons dans le salon, un feu de cheminée nous y accueille, une immense table est installée au milieu de la pièce, elle est entourée de fauteuils du XVIII.me siècle dont le revêtement demanderait à être restauré. Une balance de chimiste se trouve sur un guéridon, elle a été offerte au grand-père de notre guide en 1896 par le muséum d’histoire naturelle de Paris. Des tableaux sont accrochés au-dessus des portes à l’intérieur du salon, ils représentent les quatre saisons, c’est un thème que l’on reproduisait souvent au début du XVIII.me siècle. Les tableaux sont l’œuvre du peintre montpelliérain Raoux, il s’est inspiré de tableaux découverts dans sa jeunesse, chez son professeur de peinture qui se nommait de Boulogne. Sont-ils des œuvres de Raoux ou de ses élèves, on ne le sait pas, mais on dira que l’artiste ne s’est pas foulé pour peindre ces reproductions. Les peintures d’origine, sont nettement plus grandes, elles sont exposées dans un musée à Genève. Le salon est entouré de glaces, en plus modeste, on dirait le palais des glaces de Versailles. On dénombre tout de même 4 séries de 8 glaces, les 32 glaces sont d’origine, aucune n’a subi de dégât, n’a été cassée donc remplacée. Jusqu’au XIX.me siècle, il était de bon ton de peindre toutes les huisseries, les poutres apparentes du plafond ou encadrement comme celui des glaces en couleur marron, le marron était partout. Pour redonner son éclat du XVIII.me siècle, où la dorure était légion, depuis 2 générations, on restaure tous les encadrements et autres surfaces marron, en ponçant artisanalement l’additif du XIX.me siècle, et on recouvre le support d’une peinture à l’eau couleur doré qui donne de la clarté à l’ensemble du salon. Les mures du salon sont pavoisés de portraits de la famille de la Maugère, un portrait qui représente la grand-mère de notre guide morte en 1941, il a été réalisé par une peintre célèbre en son temps Mathilde Frances. On découvre une table de jeu, non pas pour jouer au poker, mais au brelan très apprécié et joué au XVIII.me siècle. Un superbe secrétaire orne un pan de mur, sur la cheminée est disposé une pendule Louis XIV fin du XVII.me siècle, elle est recouverte d’écaille incrustée de laiton, elle a été restaurée il y a quelque temps, car elle se trouvait en piteux état. Nous passons dans la salle à manger, elle est d’époque Louis XVI, il faut savoir que jusqu’à Louis XV le nom salle à manger n’existait pas, cette pièce prend place dans les demeures à la fin de son règne. Les murs sont de couleur vert foncé, une table entourée de 8 chaises tendent les bras aux hôtes, un buffet cévenol rompt la monotonie verdâtre, des bibelots y sont présentés. Le sol est en barre de Montpellier, dans l’emplacement de l’ancienne cheminée qui fut remplacée par la suite par un poêle à bois, aujourd’hui l’espace est comblé par une splendide pendule. La salle à manger a été réalisée en 1774, époque transitoire entre le règne de 2 rois. Le buffet cévenol est de style Louis XIII, il est du XVII.me siècle. Des tableaux arborent les murs, ils représentent des natures mortes et des portraits. Certains tableaux sont du XVII.me siècle, nous apercevons un des portraits célèbres de Louis XIV. Il est représenté en costume romain, il a une couronne de laurier sur la tête, ça symbolise la victoire de Maastricht où est succombé d’Artagnan, c’est un tableau de Mignard. On distingue le portrait d’un montpelliérain célèbre d’Aigrefeuille, il fut secrétaire d’un non moins montpelliérain célèbre Cambacérès, c’était un grand juriste, il est à l’origine du code civil qui régit encore la société actuelle, c’est un tableau de David. Nous pénétrons dans un autre salon, les murs sont sculptés d’innombrables objets ou figures, les sculptures sont façonnées en plâtre, on y retrouve la représentation des 4 saisons. L’hiver se trouve à droite d’une glace, au-dessus d’un canapé on découvre le printemps, au-dessus d’une commode on aperçoit l’automne et l’été a été sculpté au-dessus de la cheminée. Des vases de fleurs sculptés chapeautent les dessus de portes principales du salon. Des instruments de jardinage sont représentés râteau, bêche, arrosoir, pelle ainsi qu’un tambourin et une sorte de biniou. 7 fauteuils et un canapé est le résultat d’un troc, réalisé par la grand-mère de notre guide, qui a échangé un mobilier du XIX.me siècle contre ces 8 pièces du XVIII.me siècle. Le mobilier du salon est complété par 6 chaises et 2 fauteuils, ces 8 pièces ont été retapissées au XX.me siècle. Pour réaliser l’opération, on a cédé au tapissier une robe de bal, elle contenait assez de tissu pour renouveler l’éclat des sièges. Nous terminons la visite par la découverte d’une chambre qui est à restaurer, le sol est recouvert de mosaïque, nous retrouvons le thème des 4 saisons sculptées, ce qui donnent à la pièce délabrée un soupçon de décoration. Une belle armoire trône sur un des murs de la chambre, elle date du XVII.me siècle, elle est l’œuvre d’un ébéniste de Sumène, qui étant protestant a été obligé de quitter la France à cause des guerres de religions. Cette armoire était encastrée dans une demeure de Ganges, la famille Boussairolles qui n’était à vrai dire pas des riches notables. La famille a tout de même acquis ce joyau, elle est apposée à un mur, cette armoire ne possède pas de fronton. La chambre est meublée d’un lit, le portrait de la sœur du premier propriétaire est accroché au-dessus d’une commode. C’est grâce à elle, que la Maugère n’a pas été vendue, le premier propriétaire avait eu des enfants morts en bas âge. Il n’avait donc plus d’héritier, il désigna le fils aîné de sa sœur comme héritier, ce qui a permis de garder le domaine dans la famille. La sœur s’appelait Lucres, elle est représentée avec un poignard à la main, Lucrès était une des figures romaines. Après une bonne heure et demie de visite, nous quittons le vicomte Gaston de Saporta, Thierry le chauffeur de notre autocar a dressé une table, nous arrosons son nouveau bus Mercédès, carrossé par Sétra, il possède 503 chevaux sous le capot. Thierry nous offre les mises en bouche, quant à madame Granel, elle a offert le Champagne. Nous avons donc bu et grignoté, afin de souhaiter longue route à ce monstre de la route gadgétisé à outrance. Ensuite nous prenons la direction de Lattes, nous déjeunons au restaurant, qui se nomme, les terrasses du port, sous une véranda abritée du vent.
L’après-midi, nous rejoignons Pignan, nous visitons l’abbaye de Vignogoul :
L’abbaye de Vignogoul est une ancienne abbaye cistercienne située dans la commune de Pignan dans le département de l’Hérault. Elle fut d’abord appelée abbaye Notre-Dame puis abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Bon-Lieu de Vignogoul. Ce prieuré de femmes de l’ordre de Cîteaux, appartint d’abord à l’ordre de saint Benoît ; il existait dès l’an 1130. Dédié d’abord à Notre Dame, il le fut ensuite à Marie-Madeleine. Au XIII.me siècle, du fait du trop grand nombre de religieuses, les revenus étaient devenus insuffisants et ne pouvaient couvrir les frais de la reconstruction du monastère qui tombait en ruines ; il obtint de Raymond, évêque d’Uzès, légat apostolique, des lettres circulaires pour inviter les fidèles à lui faire des aumônes. Jusqu’en 1245, le monastère eut des prieures, et après cette date, des abbesses ; c’est à cette époque qu’il devint cistercien, sous la dépendance immédiate de l’abbaye de Valmagne. L’abbatiale est composée d’un vaisseau central flanqué de deux chapelles latérales formant un faux transept. Très belle élévation intérieure de la nef unique sur croisée d’ogive qui mesure 32 mètres de long par 8 mètres de large et 15 mètres de haut.
Le Vignogoul, abbaye de femmes, est remarquablement situé au coeur d’une plaine fertile, bonne à cultiver, entouré de collines couvertes de garrigues et de bois. La plaine est peuplée, comme en témoignent de nombreux vestiges archéologiques, la présence d’une paroisse disparue et du château de Saint-Martin.A peu de distance, une couronne de villages fortifiés : Pignan, Saussan, Lavérune, Saint-Georges, Murviel, hérissent leurs castra (forteresses), leurs remparts et leurs tours, sur de petites buttes. Là-bas, à l’horizon, la grande ville : Montpellier. Un nom de lieu obscur. On pense naturellement au mot vigne. Ce n’est pas si simple. En fait, les linguistes nous disent que l’origine du mot est inconnue. Cependant, en 1696, les religieuses ont choisi de faire figurer dans leurs armoiries, le sarment et le raisin. L’étymologie populaire s’est imposée. L’origine de la fondation. La première mention de ce lieu, comme siège d’une communauté religieuse, date de 1150, sous la dénomination de Notre-Dame de Bon Lieu. Sommes-nous là, à l’origine du prieuré ? Sa création pourrait être bien antérieure. Jean Segondy suggère de la faire remonter aux années de l’épiscopat de Galtier (1104-1128), voire à celui du grand Arnaud (1048-1078). Une communauté monastique qui change de règles. A l’origine, le monastère est placé sous la juridiction de l’évêque de Maguelone, avec une règle probablement bénédictine. Il passe sous l’obédience de Cîteaux en 1178. Il dépend alors de l’abbaye de Valmagne sise à quelque 25 km de là. En 1259, le monastère devient une abbaye. La nouvelle supérieure, Guillaumette Daudé, prend alors le titre d’abesse. La maison va garder cette appellation jusqu’à sa disparition en 1791. Un grand développement au XIII.me siècle. L’abbaye a pris de l’importance, sous la direction de la prieure Elisabeth d’Alignan (1243-1256). Elle poursuit la politique de rassemblement des terres de ses devancières, mène l’exploitation de main de maître, fait faire de grands travaux d’irrigation, construire des digues et des moulins. Grâce aux dots des religieuses, mais aussi aux dons, legs ou achats, L’abbaye possède des terres de culture et de dépaissance, sur un vaste territoire de Cournonterral à Vailhauquès. Troubles et décadence. Le XIV.me et le début du XV.me siècles conjuguent divers fléaux : peste noire, guerre de Cent Ans, ravages des grandes compagnies et enfin la famine. S’ensuivent appauvrissement, récoltes gâchées, vols, pillages et destructions. Les religieuses sont obligées de fuir et de vagabonder. En 1437, la communauté a tellement fondu que le Pape Eugène IV rattache les dernières soeurs aux Prouillanes dominicaines, de Montpellier. Un temps de renaissance. En 1446 elles vont retrouver leur indépendance. La prospérité renaît. L’abbesse, Marguerite Alamand, fait exhausser la nef de l’église, telle que nous la voyons aujourd’hui. L’installation à Montpellier (1683) Les guerres de religion causent à nouveau aux moniales de sérieux ennuis. Finalement, elles décident, en 1683, de s’installer à Montpellier, dans l’Hôtel de Rignac, pas très loin de l’actuelle église des Dominicains. Pourquoi ce départ ? On a avancé leur éloignement de la ville, les obstacles mis au recrutement, les troubles incessants. A Montpellier, elles gardent leur règle, mais « s’embourgeoisent ». Elles reçoivent quelques jeunes filles pour les instruire de la religion catholique , en 1790. A cette date, les religieuses ne sont pas très nombreuses. Elles ne sont que cinq, plus une tourière. Mais la communauté est relativement jeune : quatre d’entre elles ont entre 25 et 42 ans, moyenne d’âge 42 ans .Il y a encore un espoir de survie. Mais la nationalisation des biens du clergé va provoquer leur dispersion. La liquidation de L’Abbaye (1791) Le 19 février 1791, les trois grands domaines ruraux que possèdent alors les soeurs à Vailhauquès Grabels et Pignan : la Soucarède, la métairie de la Fenouillède et le Vignogoul sont vendus aux enchères. Ce dernier domaine comprenait 28 hectares en « maisonnage, champs, près et vignes et olivettes » sur Pignan et 11 hectares en devès -zone de pâture- , au terroir de Murviel. Le renouveau monastique. Le Vignogoul est alors, durant un siècle, un centre d’exploitation agricole. Il faut attendre la fin du XIX.me siècle pour voir des religieuses y revenir. Ce sont les Dominicaines de Prouilles appelées par Mgr de Cabrières. Arrivées en 1898, elles sont contraintes au départ, en septembre 1901, à la suite des lois sur les associations. En 1919, l’abbaye restaurée par le P. Charles Prévost en 1913, accueille, pour une durée de huit ans environ, les Carmélites rentrées de leur exil en Belgique. C’est alors que Jean Secondy, leur aumônier, écrit l’histoire de l’abbaye. Mais elles aussi, abandonnent ce lieu pour s’installer à Montpellier. Vers 1930, arrive une troisième communauté, les soeurs Franciscaines de Lenne, qui y implantent une maison d’enfants. L’établissement, sécularisé, a gardé sa vocation, aujourd’hui encore. Voilà une page d’histoire qui permet de comprendre le destin de ce monument. Que nous en reste-t-il aujourd’hui ?
Nous sommes accueillis par 2 guides, ils sont membres de l’association qui gère l’abbaye, dont une des activités et la visite et l’histoire de l’abbaye. Nous accédons à l’abbaye par une cour où se dressent 2 magnifiques sapins. L’abbaye est entourée de bâtiments qui gèrent et administrent l’aide à l’enfance. Nous pénétrons dans l’abbaye, une fraîcheur de fin d’hiver nous envahit. L’abbaye a été implantée sur d’anciens marais, l’abbaye a été plusieurs fois modifiée au cours de ses 8 siècles d’existence. Au début du XIII.me siècle l’ordre des cisterciens c’est établi à vignogoul, les règles étaient quelque peu galvaudées, il fallait remettre de l’ordre dans les communautés bénédictines. L’abbaye de vignogoul dépendait de l’abbaye d’hommes de Vallemagne qui chapeautait 3 abbayes de moniales Saint-Félix de Montceaux au-dessus de Gigean, Saint-Geniès de Mourgues et celle de vignogoul qui est la seule des 3 à être encore debout aujourd’hui. Le prieur de Vallemagne venait visiter les moniales, et les confesser. Au début l’abbaye était une chapelle avec une toiture en bois, Grâce à des dons on voit ce qu’elle est devenue. Le sieur de Pignan a bien voulu donner 4 carterets de vignes, pour le rachat et l’expiation de ses fautes et celles de sa famille, c’était très courant à l’époque. L’abbaye est parfaitement conservée, pourtant elle est située sur un terrain plat dans une immense plaine, par contre les 2 autres abbayes de moniales construites sur des hauteurs ont été complètement détruites. Vignogoul a certainement été sauvegardée des pilleurs et des vandales, car elle était sous la protection des villages fortifiés alentours. A un certain moment, au cours de la guerre de cent ans, l’abbaye s’est vidée de ses moniales qui ne se trouvaient pas en sécurité. Les habitants des villages ont donc spoliés les terres, et ce les sont appropriées. Au retour des moniales, le calme étant revenu, il a fallu bon nombre de procès pour que leurs biens leur soient restitués. Une lutte s’était engagé contre les pignanais, les religieuses ont demandé secours au roi, il leur a conseillé de porter l’affaire devant le tribunal de Toulouse. La défense est organisée par un juriste de lavérune, et par le Saint-Christ de Maguelone. Les moniales ont gain de cause en 1491, elles réintègrent le lieu en 1493. Le responsable de Pignan, le consul ou maire actuel doit faire mande honorable, et livrer celui qui avait insulté la mère supérieure. Il doit entrer dans l’abbaye la tête nue, un cierge dans les mains, venir devant l’autel où il y avait le pilier de Marie, et demander pardon à dieu et aux religieuses. Une période de prospérité s’ouvre, à la suite de ces péripéties. Le domaine était entouré de 50 hectares de terres cultivables, à cela la communauté avait aux alentours des fermes cisterciennes. C’est au XVI.me siècle que l’on a donné à l’abbaye sa forme actuelle, on a surélevé les murs d’enceinte, l’intérieur de la voûte est entre l’art roman et le gothique, on aperçoit sur les murs la trace de la surélévation. On a commencé un triforium qui aurait dû faire le tour de la nef, il n’a pas été terminé. La galerie aurait permis aux personnes extérieures à l’abbaye d’assister aux offices, elles auraient emprunté un escalier extérieur pour ne pas être au contact des moniales. Pendant la guerre des religions les religieuses se sont réfugiées à Montpellier à l’hôtel de Rignac, elles sont devenues éducatrices de jeunes filles de bonnes familles. A la révolution, les moniales sont chassées, l’abbaye et les bâtiments conventuels sont vendus comme bien national. Le domaine a été vendu aux enchères en 3 lots, l’abbaye a été acheté par un magistrat de Montpellier, le juge Rabinet, il a installé un fermier, il a mis en valeur les terres, et l’abbaye est devenue grange de stockage. Paradoxalement ça a sauvé l’abbaye, car pour protéger les récoltes, la toiture a été très bien entretenue. Un renouveau épisodique de communauté a eu lieu à la fin du XIX.me siècle, mais il fut interrompu par la loi restrictive des associations. Au début du XX.me siècle on a restauré l’abbaye et les bâtiments conventuels, après la première guerre mondiale, on a essayé de faire vivre une communauté de carmélites, mais elles se plaignaient de la froidure des lieux et de l’éloignement de toute civilisation, Saint-Georges et Pignan se trouvaient assez loin de Vignogoul. La toiture est faite de pierres plates, la réfection de la toiture on la doit à un père de Montpellier qui avait une certaine fortune, et grâce à l’état suite au classement comme monument historique de l’abbaye. Les bâtiments conventuels rénovés, ils n’ont plus rien à voir avec les anciens bâtiments partiellement détruits à la révolution. C’est la famille Estève de Pignan qui en avait fait l’acquisition à la révolution, la famille en fait don à des franciscaines qui en feront un orphelinat, elles gèreront l’établissement jusqu’en 1980. Depuis la gestion a été donnée à un laïque, mais l’institut garde toujours le même esprit, s’occuper d’enfants en difficulté. Auparavant tous les enfants vivaient à vignogoul, aujourd’hui ils sont dispersés dans des familles d’accueil, il y a 3 maisons d’accueil à Montpellier, une à Clermont-L’hérault, une à fabrègues et celle de Vignogoul, l’institut encadre une cinquantaine d’enfants sous la responsabilité de 50 éducateurs, psychologues, enseignants, administratifs etc. L’architecture est très sobre même austère, les cisterciens ont adhéré à la trinité. La trinité pour eux, c’était une ligne de vie, un symbole de reconnaissance du père, du fils et du saint-esprit. Nous avons dans l’architecture de l’abbaye beaucoup de choses qui rappellent ces 3 éléments. Nous pouvons voir des fenêtres à lancette, elles sont au nombre de 3. Les colonnes sont élancées en 3 parties, elles sont de tailles différentes. Les colonnes sont baguées en 3 parties, le chœur est réalisé en 3 parties. Une des 3 absinthes est dédiée à Marie, une à la première patronne du lieu sainte-Madeleine et la troisième enfermait la chapelle des morts dont une porte permettait d’aller au cimetière. Le triforium présente lui aussi 3 arcades, l’architecture de l’abbaye évoque à tout instant la trinité. La règle cistercienne est respectée, même dans l’ambiance du lieu qui est très stricte, il ne comprend aucun ornement superflu. Même la lumière diffusée dans l’enceinte, n’est pas éclatante, elle amène au recueillement et à l’élévation de l’âme. La seule décoration de l’édifice se trouve sur les clés de boute, elles sont constituées de feuilles de vigne, elles vont en grossissant du fond de l’église au chœur, elles rappellent par ailleurs le nom du lieu Vignogoul. Le tout est chapeauté par un puits de lumière, façonné par un chevet de 7 pignons, ce qui fait l’originalité de la bâtisse et son charme exceptionnel. Les murs sont nus, ils sont parfaitement lisses, quelques feuilles d’acanthe sont sculptées sur les culots de l’entrée principale. Les seuls motifs admis dans une abbaye cistercienne sont végétaux ou floraux, la pierre a un reflet blond, elle provient de la carrière de Pignan, qui est aujourd’hui inactive. La porte par laquelle nous sommes entrés a été réalisée au XVIII.me siècle, l’église de Pignan ayant subi un incendie, les paroissiens de la commune n’avait donc plus de lieu de culte. Ils venaient donc suivre les offices à l’abbaye, on a donc été obligé d’ouvrir une porte, afin que le public ne se mêle pas aux moniales. Les laïcs étaient en bas, et on avait dû construire une tribune pour les moniales afin qu’elles ne soient pas au contact du monde extérieur, c’est une supposition, car on n’a pas trouvé d’écrit sur cette éventualité. D’ailleurs on distingue dans le mur, un rajout de pierre, qui provient certainement du rebouchage d’une porte d’accès des moniales depuis les bâtiments conventuels. Une porte romane donnait accès au cloître, aujourd’hui le cloître a disparu, il a été détruit à la révolution, ses pierres ont été dévalisées, et elles ont servi à construire des demeures dans les villages alentours. Chaque année au mois d’août, l’abbaye de vignogoul est le théâtre d’un festival de musiques anciennes. Nous sortons de l’abbaye, nous découvrons l’édifice depuis l’extérieur. On peut déterminer le poids de la toiture en découvrant l’épaisseur de la tranche des pierres qui forment le toit, d’épais contreforts ceinturent l’ensemble, ce n’est pas pour la défense de l’édifice, mais pour soutenir le poids élevée de la toiture. Nous apercevons l’escalier qui mène au triforium intérieur, et qui conduit à la toiture d’où s’élève le chevet constitué de 7 pignons.
Les mystères de l’abbaye du vignogoul. L’abbatiale du Vignogoul (Hérault) : les vertus de la constance. Elizabeth d’Alignan est la grande figure inconnue du Languedoc. Fille des seigneurs d’Alignan-du-vent, une circulade aux environs de Pézenas, elle fut la première abbesse de l’abbaye cistercienne du Vignogoul. L’abbaye possédait des biens que la fragile apparence d’Elizabeth et la faiblesse de sa frêle communauté rendaient encore plus désirables. Parce que féminine, cette communauté pauvre isolée et vulnérable devait lutter sans cesse contre tous les enfants d’iniquité et les convoitises de toute sorte qui s’abattaient régulièrement sur elle. Pourtant l’apparence dissimulait une force inébranlable car ces femmes se sentaient responsables du destin de l’humanité en s’assignant, chacune au quotidien, une tâche juste assez difficile pour requérir toutes leurs capacités. En des temps difficiles, Elizabeth, à force de persévérance, témoigna de son indéfectible espérance en l’avenir en relevant l’abbaye de Notre-Dame-de-bon-lieu du Vignogoul. Par la grâce de sa foi, de ces pauvres bâtiments, elle réussit à insuffler toute la force et la douceur de son architecture. L’abbatiale est un édifice particulièrement attachant. Lumineuse et ramassée, concentrée et orientée, ses dimensions à taille humaine reproduisent en miniature la démesure des grandes cathédrales. Solide, elle résiste au temps, légère, elle repousse l’espace. Gothique dans son couronnement, romane dans son assise, la volonté humaine s’allume dans l’obscure espérance en l’univers. En définitive les modestes vertus de cette communauté de moniales furent reconnues et l’abbaye obtint la faveur suprême du pape, la grande bulle de protection. Une longue période de prospérité s’en suivit. L’abbatiale ne se livrera pas sans effort de ta part, son secret est dans son étrange orientation, tu le découvriras en passant la voir le soir de Noël et tu en trouveras la raison en lisant le  » De natura rerum » d’Isidore de Séville. Résonne et tu comprendras le message d’espoir qu’elle nous délivre. Sept : Les mystères de L’Heptaméron. L’Heptaméron, bibliothèque de Dijon ms 0008 la Bible multiplie les références au nombre sept. L’Heptaméron, les sept jours de la création, est le premier signe du septénaire sacré qui couvre tout un ensemble de significations qu’il nous faut retrouver. Toutes les églises expriment d’une manière ou d’une autre le septénaire sacré. Dans notre belle région méditerranéenne tu le trouveras : Dans les sept arcatures du chœur de l’abbatiale de Gellone, de l’église de Saint-Martin-de-Londres. Dans les sept piliers qui soutiennent l’église Sainte-Marie de Rieux-en-Minervois, l’église du couvent des Jacobins à Toulouse et les sept piliers en pierre noire du portail d’entrée de l’église primatiale Saint-Trophime d’Arles. Dans les sept fenêtres du chevet des églises abbatiales cisterciennes de Sénanque, du Thoronet, de Sylvanès, de Silvacane, d’Aiguebelle. Dans les sept travées de l’église abbatiale de Sainte-Marie de Valmagne, de l’église abbatiale Sainte-Eulalie d’Elne. Dans les sept travées en longueur et en largeur du carré du cloître de l’abbaye Sainte-Marie de Valmagne, du cloître de la cathédrale Saint-Just-Saint-Pasteur de Narbonne, du cloître de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers. Dans les sept absidioles originelles du chevet et des sept autels commémorant les sept dons du saint Esprit de l’église abbatiale de Saint-Michel-de-Cuxa. Et bien sûr dans l’abbatiale du Vignogoul, qui te crève les yeux mais que tu n’as pas vu. Le septénaire sacré a des élévations que la raison ignore et des profondeurs que le cœur mésestime. Un jour, peut-être comprendras-tu pourquoi nous avons tant voulu en octobre 2004 que notre belle région du Languedoc-Roussillon s’appelle à nouveau Septimanie, et peut-être si tu avances dans la nuit comprendras-tu pourquoi son rejet par la population était inscrit.
Nous reprenons la route, nous rejoignons Lavérune, où nous attends notre dernière visite, le domaine du château d’Engarran.
Le château de l’Engarran, au nord sur la route vers Juvignac, est une des « folies » montpelliéraines, un de ses domaines viticoles dont la résidence principale fut reconstruite à grands frais au XVIII.me siècle par la bourgeoisie et la noblesse de robe locale. Le domaine de l’Engarran, fondé par Henry d’Engarran, voit sa folie construite par Jean Vassal. La grille du château est classée monument historique. Jean Vassal acheta ces grilles en 1785 à la ville de Montpellier qui s’en servait pour clore la place de la Comédie, après les avoir elle-même achetées à la famille Bonnier de la Mosson, ruinée par la construction du château de la Mosson, autre folie située sur la rive gauche de la Mosson. Le château de l’Engarran est une folie montpelliéraine du XVIII.me siècle située route de Juvignac, à Lavérune, dans l’Hérault. Cet édifice est classé aux monuments historiques. L’ensemble comprenant le château de Lengaran et son parc, avec la fontaine monumentale et les oeuvres d’art qui le décorent, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 31 mai 1926.
Nous traversons un Bâtiment des dépendances du château, aujourd’hui transformé en musée de la viticulture. Nous débouchons sur une prairie parsemée de pâquerettes, Nous passons un portail, nous sommes dans l’enceinte du parc du château de l’Angarran. Nous sommes devant la façade du château, le château initial a été construit par Henri de l’Engarran en 1623, à l’époque ce n’était qu’une métairie, par la suite on a construit le château en surmontant le bâtiment agricole. L’ancienne métaierie est construite en voûte, le lieu a été racheté par la famille Loïse de Mariny au XVIII.me siècle. Jean Vassal est tombé fou amoureux de la demoiselle Suzanne Loïse de Marini, pour prouver son amour, il a fait construire pour elle, le château devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui. La bâtisse et ses symboles furent terminés en 1750, le château représente plusieurs choses, l’amour bien sûr, la paix puisque sur les fenêtres nous apercevons des colombes et des ailes qui se regardent, et s’entrelacent. Et le vignoble, 2 statues soutiennent le balcon, les corps sont entourées de lianes de vigne, ça signifie que le vignoble est présent en Languedoc depuis toujours. Aussi loin que l’on remonte dans l’existence du domaine de l’Engarran, la vigne a toujours été présente, reconnaissons qu’auparavant les vins du Languedoc était considéré comme de la piquette, mais depuis une trentaine d’années, les vins du Languedoc sont renommés et appréciés, aujourd’hui 40% de la production du domaine de l’Engarran est voué à l’exportation. Sur la porte du balcon, on distingue un portrait, on suppose que c’est celui de Suzanne de Marini, l’amoureuse de monsieur Jean de Vassal. Il était gouverneur de la cour des comptes à Montpellier, en dessous du portrait, on voit 2 chérubins. Toute la décoration est à l’honneur de la femme, par ailleurs ce sont presque toujours des femmes qui ont régi ce domaine. La famille actuellement propriétaire depuis 1923, ne déroge pas à cette tradition, ce sont des femmes qui œuvrent à la destinée du domaine viticole. Nous découvrons aussi des statues dites grotesques, elles surveillent le château sans méchanceté. Ce qui est de particulier, c’est le renfoncement de la porte principal de la demeure, il signifie l’invitation aux personnes d’entrer.
Le couple Vassal n’a pas eu d’enfant, le château fut racheté par Quéton Saint-Georges, dont un des crus du domaine porte son nom, c’était un baroudeur. Il ne voulait pas resté au château de l’Engarran, c’est son épouse madame de Valguéragues qui régissait donc le domaine. Notre châtelain barroudeur est parti au Canada, il faisait commerce de fourrures avec les indiens, il les troquait contre des barriques de vin, et ravitaillait les colons installés dans l’ontario en porcelaine. Quéton Saint-Georges est mort à Orléans, son épouse a rapatrié son corps au château de l’Engarran où il repose dans la chapelle du domaine. C’était une famille protestante, tous les baptêmes, les mariages et les enterrements se faisaient dans la chapelle du domaine. Le fils du couple Quéton saint-Georges n’a pas voulu s’occuper du domaine, c’est donc un quatrième propriétaire qui a investi les lieux. Henri Marès a racheté le domaine, il était déjà propriétaire de vignes à Pignan, c’est lui qui a découvert l’effet bénéfique du souffre pour lutter contre l’oïdium. C’était un ami de Pasteur, il n’y est pas resté longtemps, en 1923, c’est la famille Bertrand devenue aujourd’hui la famille Ry qui a racheté le château d’Engarran. C’est cette famille qui s’est attelée à l’extension du vignoble, à la rénovation du jardin à la française qui était dans un état lamentable. Aujourd’hui le château est occupé épisodiquement par ses propriétaires, on y organise des fêtes où sont invités les clients, c’est un lieu de propagande des crus et cuvées du domaine. Des grandes réunions et fêtes familiales s’y déroulent à la belle saison, les propriétaires très sympathiques y convient le personnel à certaines. La construction a été réalisé en pierre de Pignan, elle est très claire et calcaire, avec le coucher du soleil la façade a des reflets dorés. Une large allée conduit aux grilles du château, j’en ai fait allusion ci-dessus, alors je ne m’y attarde pas. Les folies de Montpellier, pourquoi ce nom folie, ça vient de folia qui veut dire feuillu ou arbre, toutes les folies de Montpellier sont donc entourées de verdures et d’arbres. Des corbeilles de fleurs égaient les pelouses, elles embellissent la nature et harmonisent le havre de paix du site. A la période de la chasse, le gibier se réfugie au domaine, on peut y voir des lapins, des lièvres, des faisans et même des sangliers. Nous sommes sur une terrasse derrière le château qui surplombe le jardin, et, la Mosson qui coule en fond de vallée. C’est véritablement un petit Versailles, pour la petite histoire, l’architecte qui a dessiné le jardin était un disciple de Le nôtre. En première ligne, on voit les corbeilles, en second plan on découvre le premier bassin dans lequel se mire la façade du château. Ensuite on aperçoit encore la symbolique, ce sont des statues d’êtres humains en mouvement, les femmes à droite et les hommes à gauche. On commence par les enfants, ils se regardent, un peu coquins, ils sont comme des gamins qui veulent jouer. Puis viennent les adolescents, ils se regardent plus sérieusement, et enfin nous avons les gens à l’âge de se marier, on les appelle Diane et Apollon. La femme à un chien contre sa jambe, nous avons avec ces 6 représentations les symboles de fertilité, de chasse, d’amour et de vin, car les enfants sont représentés avec des cruches de vin à la main, un peu comme des Bacchus. Ensuite s’étend le second bassin, et, en dernier plan qui ferme la perspective du parc, se dresse un magnifique buffet d’eau, il est recouvert de coquillages, on y remarque Neptune avec sa fourche. A gauche dans les allées latérales au parc, on découvre des lionnes gourmandes, elles ont des grappes de raisin dans la gueule, elles symbolisent le pouvoir et le vignoble. Par contre à droite on aperçoit des molosses, ils symbolisent la garde, ils ne sont pas méchants, ils ont les yeux tout ronds et les crocs rentrés, ils sont assis et regardent l’arrière du parc. La façade nord du château a un aspect plus sombre, la pierre est plus foncée, elle garde plus l’humidité par manque de soleil. On voit une porte d’entrée qui permet d’accéder au sous-sol du château ou ancienne métairie, l’intérieur du château est entièrement meublé de pièces du XVIII.me siècle, les tentures sont d’époque. Les décorations des fenêtres nous renvoient aussi des symboles, à droite une jeune fille qui baisse les yeux, car à l’époque les femmes n’avaient pas le droit de regarder un homme tant qu’elles n’étaient pas mariées, la jeune fille est corsetée jusqu’au menton. Au milieu est représentée une femme ayant l’âge d’avoir un enfant, elle est un peu plus décolletée, les yeux grands ouverts, elles regardent vers la droite, qui signifie regarder vers l’avenir, c’est tout à fait symbolique, rien n’est prouvé. Au-dessus, trône un chérubin qui prouve qu’elle a un enfant. Enfin à gauche, on distingue une dame âgée, quant à elle, elle regarde à gauche vers son passé, elle se souvient de tout, elle a un sourire narquois, qui signifie qu’elle surveille d’un œil les 2 femmes qui sont à ses côtés. De chaque côté de la façade, on découvre 2 statues grotesques, elles surveillent et protègent les 3 femmes contre tout prétendant. Le haut de la façade est sculpté d’aigles et d’autres symboliques, le fronton a été épargné par la révolution française et aussi par la seconde guerre mondiale, la kommandantur avait investi les lieux pendant l’occupation allemande. Les allemands n’ont rien détériorés, à part quelques statues, par contre ils ont fait sauter la chapelle qui contenait des armes et des munitions à leur départ, le toit fut détruit, il a été refait à l’identique. Le château est une belle bâtisse, elle est cubique, très harmonieuse, le jardin de 3,5 hectares en fait tout son charme. Après la visite et les discours, venons en au plaisir, nous pénétrons dans le caveau de dégustation, une mise en bouche nous est proposé pour savourer les cuvées du domaine, nous apprécions rosé, blanc et rouge. Ensuite chacun fait ses emplettes, puis nous rejoignons notre carrosse, à 19 heures nous sommes de retour à Montpellier.
Ce fut une agréable journée de découverte des folies de Montpellier qui ne manquaient pas de charme, nous avons survolé l’histoire des familles notoires qui ont marqué la vie de Montpellier. L’abbaye de Vignogoul vaut vraiment une visite, elle est parfaitement conservée, elle permet par son histoire de parcourir un presque millénaire d’histoire locale et religieuse.

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