Sur les pas des cathares

C’est le 2 octobre 2010, que nous avons découvert le pays cathare. La journée est organisée par l’association Rencontre, nous sommes transportés par un autocar de la Populaire conduit par Thierry. Nous quittons Montpellier en empruntant l’A9, nous mettons le cap à l’ouest, nous contournons Béziers qui fut un haut fait de la croisade des albigeois, dont voici une présentation, en fin de document j’évoquerai le catharisme :
La croisade des Albigeois (1208-1249) (ou croisade contre les Albigeois) est une croisade proclamée par l’Église catholique contre l’hérésie, principalement le catharisme et dans une faible mesure le valdéisme. Dès le XII.me siècle, les textes de l’époque parlent d’hérésie albigeoise sans que cette région soit plus cathare que ses voisines. Le catharisme était surtout implanté en Languedoc, lequel était dominé par deux familles, la maison de Toulouse et la maison Trencavel. N’ayant pas réussi à s’entendre pour faire front, le comte Raymond VI de Toulouse fait amende honorable et se croise, tandis que Raimond-Roger Trencavel se prépare à se défendre contre la croisade. Une fois Béziers et Carcassonne prises et le vicomte Trencavel emprisonné, les croisés désignent l’un des leurs, Simon de Montfort, pour poursuivre la lutte (1209). Cette croisade évolue rapidement en guerre de conquête, d’abord pour le compte de Simon de Montfort, puis après la mort de ce dernier (1218) et l’échec de son fils Amaury, pour le bénéfice de la couronne. Cela n’empêche pas la lutte contre le catharisme, d’abord sous la direction des évêques locaux, puis sous celle de l’Inquisition (à partir de 1233). Finalement, les vicomtés de Carcassonne, d’Albi et de Béziers sont annexées au domaine royal en 1226 ; le comté de Toulouse passe à Alphonse de Poitiers, un frère de saint Louis en 1249 et est annexé en 1271. Le Languedoc, qui se trouvait au début du XIII.me siècle dans la sphère d’influence du Royaume d’Aragon est entièrement passé à la fin de ce siècle sous celle du roi de France. À cette époque, le catharisme est éradiqué en Languedoc, et seulement quelques cathares ont pu se réfugier en Lombardie. Le miracle de Fanjeaux, par Pedro Berruguete. Le catharisme apparaît en Languedoc au cours du XII.me siècle et six évêchés cathares s’y créent. Face à un clergé chrétien riche et parfois corrompu et dénonçant cette situation, cette nouvelle religion n’a aucun mal à se développer dans les classes inférieures de la population, puis à gagner les couches les plus hautes de la société. Par rapport au christianisme, les cathares considèrent qu’il existe deux principes supérieurs, le bien (Dieu) et le mal (Satan). La création du monde, imparfaite, relève du mal et les cathares doivent s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Pour cela, ils prônent une vie de pauvreté et de renoncement pour atteindre une perfection spirituelle. Certains cathares se destinent à l’état religieux et après être ordonnés, pratiquent une vie d’ascète et sont appelés Parfaits (ou Parfaites). Les cathares rejettent également tous les sacrements chrétiens, et ne reconnaissent qu’un seul sacrement, le consolament, qui apporte le salut à celui qui le reçoit, mais l’engage à suivre cette vie d’ascétisme. Cette situation est préoccupante pour l’Église, car c’est une véritable contre-église qui se développe en terre chrétienne. Dès 1119, le pape Calixte II dénonce cette Église. En 1177, le comte Raymond V de Toulouse demande l’aide de l’abbaye de Cîteaux pour combattre l’hérésie qui ne cesse de gagner du terrain. Une expédition conduite par le comte et l’abbé Henri de Marsiac assiège Lavaur, connue comme étant le centre de l’hérésie. Quand la ville se rend, deux dignitaires cathares sont capturés et abjurent leur foi. Henri de Marsiac retourne ensuite dans son abbaye, mais l’hérésie reprend de plus belle après son départ. Quand Raymond VI succède à son père, en 1194, l’hérésie est tellement bien implantée qu’il ne pourrait rien faire contre eux sans susciter des révoltes de ses comtés. Plus important, une partie de la classe dirigeante est convertie au catharisme. Au début de son pontificat, le pape Innocent III s’inquiète de l’influence grandissante de l’Église cathare en Languedoc. Il envoie de nombreux prêtres, dont Dominique de Guzmán et Guy des Vaux de Cernay, pour prêcher le retour au catholicisme. Les conversions sont rares et Dominique de Guzmán a l’idée de créer l’Ordre des Prêcheurs qui prend modèle sur la prédication itinérante de Jésus afin de mieux toucher les populations locales. En même temps, le pape délègue Pierre de Castelnau auprès de la noblesse et du haut-clergé languedociens, pour les inciter à prendre des mesures contre les Cathares, mais sans grand succès. Très vite, Pierre de Castelnau comprend que le comte Raymond VI de Toulouse n’agira pas et, après plusieurs entrevues, l’excommunie début janvier 1208. Peu après, le 14 janvier 1208, Pierre de Castelnau est assassiné, alors qu’il quitte Saint-Gilles pour revenir auprès du pape. Le pape Innocent III décide alors d’organiser une expédition contre les Cathares, et accorde aux combattants les mêmes indulgences et faveurs qu’à ceux qui combattaient en Terre sainte. Bien que très différente dans l’esprit des précédentes croisades, cette expédition prend le nom de croisade des Albigeois. Avec la croisade des Albigeois, on assiste à une évolution de la notion de croisade, où il s’agit de combattre les ennemis de la papauté. Arnaud Amaury et Guy des Vaux de Cernay parcourent le royaume de France afin d’inciter les barons à prendre part à la « croisade ». Le pape demande d’abord à Philippe Auguste de prendre la tête de cette expédition, mais ce dernier s’y refuse. Ceci s’explique par plusieurs raisons. La première est d’ordre juridique : si le roi estime que le pape peut réformer et assainir le clergé local, la décision de confisquer les fiefs à un seigneur n’appartient qu’à son suzerain, en l’occurrence le roi. La seconde raison est d’ordre pratique : il est encore en guerre contre Jean sans Terre, roi d’Angleterre et ne veut pas ouvrir un autre front. Il commence d’ailleurs par interdire aux barons de son royaume de prendre part à cette croisade, avant de changer d’avis et de donner cette autorisation. Eudes III, duc de Bourgogne, annonce son engagement, suivi d’Hervé IV de Donzy, comte de Nevers, et de Gaucher III de Châtillon, comte de Saint-Pol. De nombreux barons de moindre importance se rallient également à la nouvelle croisade. Comme le comte de Nevers refuse de voir son rival de Bourgogne diriger la croisade, le pape désigne le légat Arnaud Amaury comme chef de la Croisade. Les croisés se réunissent à proximité de Lyon et se dirigent vers le sud, sous la direction du légat Arnaud Amaury. Trois grands féodaux dominent alors le Languedoc : le roi Pierre II d’Aragon, également comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon, seigneur de Montpellier et le suzerain de plusieurs autres seigneurs, Raymond VI, comte de Toulouse et Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi. Pour écarter la menace de ses états et n’ayant pas réussi à s’entendre avec Trencavel pour une défense commune, Raymond VI de Toulouse fait amende honorable le 18 juin 1209 à Saint-Gilles et rejoint la croisade. Raymond VI de Toulouse a rejoint les croisés, et ne peut donc pas être attaqué. Pierre II d’Aragon est un roi puissant et le catharisme n’est que faiblement implanté dans ses états, aussi les croisés décident de ne pas l’attaquer. Arnaud Amaury annonce alors que seront attaqués les fiefs de Raimond-Roger Trencavel, vicomte d’Albi, de Béziers et de Carcassonne, qui abritent de nombreux cathares. Alors que la croisade atteint Montpellier, ce dernier se présente et demande une entrevue au légat Arnaud Amaury. Il proteste de son attachement à la foi romaine et tente de négocier, mais le légat exige une soumission totale, ce que refuse le jeune vicomte. Dès la fin de l’entrevue, Trencavel met Béziers en état de défense et y amasse des armes et des vivres. En effet, les croisés ne doivent que quarante jours au service de la croisade, et il peut espérer qu’à l’issue de cette quarantaine, l’armée croisée s’amenuise. Béziers défendue, il se rend à Carcassonne afin de réunir une armée de secours. Les fortifications de Béziers sont suffisamment solides et puissantes pour espérer que la ville résiste longtemps. Mais l’imprudence de quelques Biterrois fait que les croisés pénètrent par surprise dans la ville le 22 juillet 1209 et massacrent plusieurs centaines d’occupants, cathares ou catholiques. Les habitants de Carcassonne expulsés en 1209. Le 26 juillet, les croisés quittent Béziers en ruines et se dirigent vers Carcassonne. Après la prise de Béziers, Trencavel n’a d’autre choix que de se retrancher dans la ville en attendant que l’orage passe. En temps normal, la cité abrite trois à quatre mille habitants, mais un plus grand nombre de paysans s’y sont réfugiés, fuyant la croisade. Celle-ci arrive au pied de la ville le 1er août. Le 3 août, un premier assaut permet aux croisés de prendre le faubourg du nord et de se rendre maîtres des points d’eau qui ravitaillent la ville. Le lendemain, un assaut contre le Castellare est repoussé, et les croisés mettent le siège autour de la cité. Trencavel effectue même une sortie, tuant les soldats se trouvant dans les faubourgs et les incendiant afin qu’ils ne puissent être utilisés par l’assaillant. C’est alors que le roi Pierre II d’Aragon se rend à Carcassonne. En effet, il est suzerain de plusieurs fiefs languedociens, dont certains appartiennent au Trencavel, et cherche à étendre son influence dans la région. L’apparition d’une armée comme celle de la croisade ne peut que l’inquiéter dans ses ambitions, et il se propose comme médiateur, afin que tout revienne rapidement dans l’ordre. Voulant rester en paix avec l’Église, il invite Raimond-Roger à négocier avec le légat, mais l’intransigeance de ce dernier fait échouer la négociation. Le manque d’eau et la surpopulation dans la ville, dans des conditions sanitaires déplorables, incite le vicomte à négocier la reddition. D’un autre côté, les croisés veulent éviter un nouveau sac : ils ont besoin du butin pour financer leur participation, et doivent nommer un nouveau vicomte pour remplacer Trencavel ; et ce vicomte devra disposer de ressources pour continuer la lutte contre les cathares. Un accord est conclu le 15 août : Carcassonne capitule, la vie sauve est garantie à ses habitants et chevaliers, qui devront quitter la ville avec leurs seuls habits, et Trencavel se livre comme otage. Il meurt peu après dans sa prison de la cité de Carcassonne, à l’âge de 24 ans. Par le passé, plusieurs expéditions avaient été déjà organisées contre les cathares. Mais dès le départ des soldats, l’hérésie avait repris de plus belle. Pour éviter que cela ne recommence et mettre définitivement fin au catharisme, le légat du pape décide de confier les vicomtés de Trencavel à l’un des croisés, avec la mission de continuer la lutte contre l’hérésie. Comme cela lui permet d’agrandir ses domaines, Raymond VI de Toulouse se propose, mais son repentir est trop récent et semble suspect à Arnaud Amaury, qui refuse. Elles sont ensuite proposées à Hervé IV de Donzy, comte de Nevers, qui, bien qu’il soit ambitieux se récuse, disant qu’il avait assez de terres et voulait y retourner. De même, le duc de Bourgogne, puis le comte de Saint-Pol déclinèrent cet honneur. Les trois barons les plus importants de la croisade ayant ainsi refusé, Arnaud Amaury préside une commission formée de deux évêques et de quatre barons, qui fixe son choix sur Simon IV de Montfort. Ce dernier commence par refuser, mais l’insistance de son ami Guy des Vaux de Cernay et d’Arnaud Amaury finit par le faire revenir sur sa décision. Il accepte, à la condition que tous les barons présents fassent serment de venir l’aider au cas où il serait en péril. La première difficulté du nouveau vicomte se manifeste avec la fin de la quarantaine, qui survient peu après la reddition de Carcassonne. Simon supplie le duc de Bourgogne et le comte de Nevers de rester encore quelques temps. Le duc de Bourgogne accepte, par amitié, alors que le comte de Nevers refuse et quitte le Languedoc. Raymond VI de Toulouse prend également quelques châteaux mais plus pour arrondir ses possessions et retourne dans sa ville comtale. Avec le duc de Bourgogne, Simon prend Fanjeaux, puis s’installe à Alzonne, position jugée assez centrale. Il y reçoit une délégation de la ville de Castres, s’y rend et reçoit l’hommage de ses habitants. Il tente ensuite de prendre les châteaux de Lastours, mais doit abandonner le siège après le départ du duc de Bourgogne. Il ne peut alors compter que sur une trentaine de chevaliers et une troupe de cinq cents soldats. Sur la demande de l’abbé de Saint-Antonin de Pamiers, il prend Mirepoix, qu’il donne à son beau-frère Guy de Lévis, détruit la maison de Parfaits implantée à Pamiers par la sœur du comte de Foix et prend Saverdun. Il retourne ensuite dans ses états et reçoit l’hommage des habitants d’Albi. Il prend ensuite Preixan et reçoit l’hommage de plusieurs seigneurs locaux. Investi de ses nouveaux domaines par l’Église, Simon doit faire confirmer cette investiture par le suzerain des vicomtés, le roi Pierre II d’Aragon. Il le rencontre à Narbonne, mais au bout de quinze jours, le roi ne s’est toujours pas décidé à le reconnaître comme son vassal. C’est à ce moment, le 10 novembre 1209, que meurt Raimond-Roger Trencavel, et les ennemis de Montfort firent courir le bruit qu’il avait été assassiné. Le pays se révolte alors, son cousin Bouchard de Marly tombe dans une embuscade tendue par le seigneur Pierre Roger de Cabaret, et plusieurs de ses châteaux sont assiégés. Giraud de Pépieux, un des seigneurs qui venait de prêter serment à Montfort, assiège et investit le château de Puisserguier. Les défenseurs, deux chevaliers et cinquante sergents, se rendent contre la promesse d’avoir la vie sauve. Comme Montfort approche du château, Giraud fait exécuter les sergents et fuit vers Minerve en emmenant les deux chevaliers, qu’il relâche ensuite après leur avoir crevé les yeux et coupé les oreilles et le nez. D’autres châteaux sont repris par les Languedociens et leurs garnisons massacrées. Simon de Montfort ne peut compter que sur quelques villes et doit se préparer à faire une conquête complète du pays. Il commence à prendre Bram, à proximité d’Alzonne, et fait preuve d’une cruauté égale à celle de Giraud de Pépieux : les seigneurs qui ont violé leur serment de fidélité sont traînés à la queue d’un cheval et pendus, et les autres sont aveuglés et leur nez coupé. Quinze jours après, il prend le château de Miramont, près de Carcassonne. Comprenant que Montfort ne sera pas aisément délogé du Languedoc, le roi d’Aragon prend contact avec le comte de Foix, mais deux interventions de Simon de Montfort perturbent les négociations à Pamiers. Début juin 1210, les Narbonnais viennent voir Simon de Montfort et lui proposent leur aide contre la ville de Minerve. Simon saute sur l’occasion pour assiéger la ville, où sont réfugiés de nombreux parfaits et cathares. Il commence par faire construire une énorme perrière, la « Malvoisine », qui détruit le chemin couvert permettant aux assiégés de s’approvisionner en eau. La ville capitule le 22 juillet, le seigneur ayant obtenu la vie sauve pour les habitants, les soldats et les cathares qui acceptent d’abjurer leur foi. Cent quarante Parfaits refusent de le faire, sont condamnés au bûcher et brûlés. Impressionnée par l’efficacité du siège de Minerve, Montréal se rend sans combattre. Encouragé par ces succès, Simon attaque le château de Termes, qu’il prend après un siège de quatre mois. Au début du mois de janvier 1211, le roi Pierre II d’Aragon organise une conférence visant à négocier la paix entre Arnaud-Amaury, Simon de Montfort, Raymond de Toulouse, qui n’avait combattu les cathares que mollement, et Raymond-Roger de Foix qui avait affiché une franche hostilité vis-à-vis de la croisade. Le comte de Foix refuse de s’y rendre, mais le roi fait preuve de bonne volonté en annonçant qu’il enverrait des soldats à Foix pour assagir le comte. Simon, faisant preuve d’obstination, parvient au bout de plusieurs jours à se faire confirmer la possession de ses vicomtés par le roi. La conférence reprend à Montpellier et les légats exigent de Raymond de Toulouse qu’il démilitarise ses états. Raymond refuse, est immédiatement excommunié, mais bat le rappel de ses vassaux et réunit une armée. Simon ne peut pas réagir immédiatement, car il lui faut d’abord pacifier et contrôler ses états. L’arrivée d’un bataillon de croisés lui permet de mettre le siège devant les châteaux de Lastours. Le seigneur Pierre-Roger de Cabaret livre les châteaux à Simon en même temps qu’il libère Bouchard de Marly. C’est alors qu’un seigneur qui avait déjà prêté allégeance à Simon, Aimery de Montréal, encouragé par la réaction du comte de Toulouse, se révolte et se retranche à Lavaur. Simon arrive au pied de la citadelle, où le rejoint une troupe de cinq mille combattants, sous les ordres de Foulques, évêque de Toulouse, qui s’oppose au comte. Ce dernier ne tarde pas à venir avec son armée, mais renonce après une entrevue à dégager la ville de ses assiégeants. Une troupe de croisés allemands se dirigeant vers Lavaur est détruite à Montgey par Raymond-Roger de Foix et Giraud de Pépieux. Le 3 mai 1211, après un mois et demi de siège et de bombardements intensifs, une mine permet d’ouvrir une brèche dans les remparts. L’assaut donné immédiatement après permet à Simon de se rendre maître de la place. Aimery de Montréal et ses chevaliers sont pendus pour avoir trahi leur allégeance. Dame Guiraude, sœur d’Aymeri, est lapidée au fond d’un puits et trois à quatre cents Parfaits sont brûlés vifs. Simon a alors terminé la conquête de ses vicomtés et peut envisager d’attaquer le comté de Toulouse. L’excommunication de Raymond de Toulouse autorise toute personne qui le désire à s’emparer de ses biens. Cette règle extrêmement sévère n’est que rarement appliquée au cours de l’histoire, car le pape espère toujours la repentance de la personne frappée de ce châtiment. Dans le cas présent, les légats savent pouvoir compter sur un homme suffisamment résolu, Simon de Montfort, et sur un apport constant de croisés pour aller jusqu’au bout. Simon commence par prendre Castelnaudary, puis occupe l’Albigeois. Le 5 juin 1211, il obtient la renonciation de Raimond II Trencavel sur les fiefs de son père. Puis il se présente avec un détachement de croisés, conduit par Thiébaut Ier de Bar, devant Montaudran le 15 juin, met en déroute une troupe qui tente de lui barrer la route de Toulouse, et assiège la ville. Celle-ci résiste et Simon, comprenant qu’elle est trop bien protégée pour être prise d’assaut, lève le siège pour ravager le comté de Foix. Il s’agit pour lui de l’affaiblir et de se venger de la défaite de Montgey. Il rentre à Carcassonne pour apprendre que Raymond de Toulouse a terminé ses préparatifs et se prépare à passer à l’offensive. Simon s’installe à Castelnaudary pour lui barrer la route. Il demande des secours, mais la plupart des villes du Languedoc, attendant de voir qui sera le vainqueur, temporise. Bouchard de Marly arrive avec une petite troupe et un convoi de vivres. Il est attaqué par le comte de Foix, mais les routiers de ce dernier préfèrent rapidement piller le convoi plutôt que continuer le combat, et une sortie de Montfort met en déroute la troupe du comte de Foix. Le comte de Toulouse lève le siège, mais Simon ne peut exploiter son succès, certaines localités s’étant entre-temps révoltées. Pour l’aider, le pape destitue des évêques jugés trop liés au catharisme comme Bérenger de Barcelone, archevêque de Narbonne, remplacé par Arnaud-Amaury, et Bernard Roger de Roquefort, évêque de Carcassonne, remplacé par Guy des Vaux de Cernay. Une arrivée massive de croisés lui permet d’envahir le nord de l’Albigeois au printemps 1212, puis de l’Agenais, pendant l’été. Il s’occupe de prendre Moissac, puis se rend à Pamiers pour soutenir son abbé, attaqué par le comte de Foix. Il prend ensuite Muret, achevant l’encerclement de Toulouse, tandis qu’un de ses alliés occupe le Comminges, neutralisant ainsi le comte de Comminges. Ayant réduit à l’impuissance le comte de Toulouse, Montfort profite d’une période de paix relative pour convoquer les seigneurs de ses domaines à Pamiers et leur faire rédiger les statuts de Pamiers, une charte décrivant l’organisation militaire, civile et religieuse de ses états. Pendant ce temps, Raymond VI négocie une alliance avec Pierre II d’Aragon, auréolé du prestige que lui confère sa victoire contre les musulmans à Las Navas de Tolosa, et plaide sa cause au pape Innocent III. Celui-ci réunit un concile pour examiner le cas du comte de Toulouse, où le roi d’Aragon plaide largement la cause des comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges. Le pape tranche en décidant la fin de la guerre contre les hérétiques (15 janvier 1213). Le roi d’Aragon prend officiellement les trois comtes sous sa protection et prépare une nouvelle guerre. Il franchit les Pyrénées, fait la jonction avec les forces des trois comtes et assiège Muret. Simon accourt à la tête d’une armée et l’entente languedocienne subit une cuisante défaite le 12 septembre 1213. Les conséquences de la bataille de Muret sont importantes, puisque Foix, Narbonne, le Comminges tombent dans les mains de Simon de Montfort. Il commence également à occuper les possessions provençales du comte de Toulouse. Mais Raymond négocie l’alliance de l’Angleterre, et Simon doit encore passer du temps à pacifier ses possessions. L’Église décide d’une paix provisoire en avril 1214, que les Languedociens acceptent, en attendant qu’un concile décide du sort de Raymond de Toulouse. En effet, Jean sans Terre, occupé par une campagne contre la France, ne peut pas encore venir soutenir ses nouveaux alliés languedociens. Sa défaite à la Roche-aux-Moines le 2 juillet 1214, et celle de ses alliés à Bouvines le 27 juillet met définitivement fin aux espoirs de Raymond VI. Un concile régional se réunit à Montpellier au mois de janvier 1215 et attribue les terres de Raymond de Toulouse à Simon de Montfort, puis s’aperçoit qu’il n’a pas ce pouvoir et en réfère au pape. Ce dernier modifie les conclusions du concile et attribue le marquisat de Provence à Guillaume des Baux, le duché de Narbonne à Arnaud Amaury et le reste à Simon de Montfort (4 février 1215). Peu après le prince héritier Louis fait un voyage dans le sud de la France pour y affirmer la présence capétienne et trancher un premier litige entre Simon de Montfort et Arnaud Amaury à propos de la possession de Narbonne. La ville de Toulouse fait sa soumission, le prince Louis et Simon de Montfort y font leur entrée, après avoir démantelé les fortifications. Le concile de Latran dure du 11 au 30 novembre 1215 et traite de l’ensemble de la chrétienté, et particulièrement de la Terre Sainte, de la foi (et donc des hérésies) et des réformes. Le sort de Raymond de Toulouse est examiné à la dernière séance. À la suite du concile, le pape décide le 15 décembre 1215 d’attribuer définitivement le marquisat de Provence à Raymond VII de Toulouse, fils de Raymond VI, et le comté de Toulouse, les vicomtés de Carcassonne et de Béziers et le duché de Narbonne à Simon IV de Montfort. Le légat Arnaud Amaury, archevêque de Narbonne, lui dénie la possession du duché de Narbonne et Simon doit intervenir et le soumettre, malgré les menaces d’excommunication du légat. Il se rend ensuite à Toulouse, où il reçoit l’hommage des habitants le 7 mars 1216. Contrôlant le pays, il se rend alors en Île-de-France, qu’il n’avait pas revue depuis sept ans, pour rendre l’hommage au roi Philippe Auguste pour ses nouveaux domaines (10 avril 1216). Raimond VI, réfugié à Gênes et son fils Raymond VII parcourent la Provence, lèvent une armée de partisans que vont rejoindre les chevaliers faydits. Raymond VII commence par revendiquer Beaucaire. La garde de cette ville avait été confiée par les archevêques d’Arles aux comtes de Toulouse, mais l’archevêque l’avait repris en 1214 et donné à Simon de Montfort qui avait installé une garnison commandée par Lambert de Limoux. La décision du pape Innocent III du 15 décembre 1215 ne mentionne pas cette ville, donc n’indique pas à qui elle était attribuée. Stratégiquement importante, Beaucaire gardait la rive française du Rhône, face à Tarascon, une cité impériale. Raymond VII entre dans la ville en mai 1216, acclamé par la population. Lambert de Limoux tente de s’opposer à la venue de Raymond, mais doit reculer face à la foule et se retrancher dans le château, rapidement assiégé par les habitants de la ville. Dès qu’il apprend la nouvelle, Guy de Montfort marche sur Beaucaire, le comte Raymond VII refuse l’affrontement en plaine et Guy doit assiéger la ville. Simon apprend la nouvelle alors qu’il est encore à Paris. Il se rend immédiatement à Beaucaire, qu’il atteint le 6 juin. Deux assauts sont repoussés au mois de juillet. Un troisième assaut est tenté le 15 août, et prend pied sur les murailles, mais les défenseurs ameutent la population et Simon doit renoncer. Pendant ce temps, la garnison de Lambert de Limoux commence à manquer de vivres et Simon doit négocier l’abandon du siège contre la vie sauve pour sa garnison (24 août 1216). L’annonce de cet échec de Simon sème l’agitation en Languedoc. Il rentre à marche forcée vers Toulouse, craignant la révolte, qui éclate alors qu’il approche de la ville et réclame des otages à la ville. La ville est prise, mais Simon réclame des indemnités de guerre telles qu’il se retrouve avec une ville qui le hait et prête à se révolter. Profitant de l’accalmie, Simon marie son second fils Guy avec la comtesse Pétronille de Bigorre. Ce mariage renforce son influence dans la région et soustrait la Bigorre aux partisans du comte de Toulouse. Il intervient ensuite dans le comté de Foix, mais apprend que Raymond VII rallie plusieurs villes du Languedoc et le comte de Valentinois qu’il combat durant l’été 1217. À la fin de cette campagne, Montfort apprend que Raymond VI est revenu à Toulouse le 13 septembre 1217, que la ville se révolte et qu’elle relève ses murailles. Guy, prévenu le premier, commence le siège le 22 septembre. Le siège s’éternise et le 25 juin 1218, Simon est atteint à la tête par un jet de pierre et meurt. Prise de Marmande, par le prince Louis en 1219 (Guilhem de Tudèle, Chanson de la croisade des Albigeois, début XIII.me s.). Amaury VI de Montfort, succède à son père à la tête de l’armée croisée. Le 25 juillet, il lève le siège et se retire à Carcassonne. Bien que ne manquant pas de courage, Amaury n’a pas l’habileté de son père, et ne peut empêcher la plupart des barons languedociens de se rallier aux comtes de Toulouse et de reprendre les fiefs tenus par des croisés. Devant la situation d’insurrection, le pape Honorius III se remet à prêcher une nouvelle croisade, au début de l’année 1218. Le roi Philippe Auguste décide d’envoyer son fils Louis pour intervenir en Languedoc. Philippe agit plus dans le but d’imposer au sud l’arbitrage royal que par ferveur religieuse ou pour soutenir un vassal en difficulté. Le prince Louis se rend en Languedoc à la tête d’une armée et rejoint Amaury VI de Montfort qui assiège Marmande (2 juin 1219). La ville est prise et sa population massacrée. Les croisés marchent alors sur Toulouse qu’ils atteignent le 17 juin. Au bout d’un mois et demi de siège infructueux, le siège est abandonné le 1er août, et le prince Louis retourne dans le nord. Pendant le restant de l’année, Raymond et Amaury parcourent le pays, chacun cherchant à gagner les partisans. De juillet 1220 à février 1221, Amaury assiège sans succès Castelnaudary. Le 2 août 1222, Raymond VII succède à son père et tente de faire allégeance au roi, qui lui répond qu’il ne le reconnaîtrait que si l’Église fait de même. Raymond commence des démarches en ce sens, tandis que Roger-Bernard de Foix continue la lutte en reprenant Fanjeaux, Limoux, Pieusse (1222), puis Mirepoix (juin 1223). La paix revenait en Languedoc, sur une victoire de Raymond VII. Un concile s’apprête à se réunir à Paris pour négocier les termes politiques et religieux de la paix. Mais le roi Philippe, malade, meurt le 14 juillet 1223. Les envoyés du pape, sachant le nouveau roi plus prompt à diriger une croisade que son père, renoncent au concile de paix et l’incitent à reprendre la lutte. Blanche de Castille, la femme de Louis VIII convainc également son mari à intervenir. Amaury, à qui il ne reste plus que Carcassonne, Minerve et Penne-d’Agenais, retourne en Île-de-France le 14 janvier 1224. Ruiné et ne pouvant plus payer une armée, il abandonne tous ses droits en Languedoc au roi de France en février 1224. Le roi demande alors au pape des garanties (les archevêques de Bourges, Reims et Sens doivent être les chefs spirituels de la croisade et ont tout pouvoir pour excommunier et jeter l’interdit ; trêve de dix ans avec l’Angleterre ; contribution financière accordée par l’Église aux croisés, …) qui montrent plus l’action d’un roi de France que d’un dévot. Pendant ce temps, le 3 juin 1224, les comtes de Toulouse et de Foix et le vicomte Trencavel s’engagent devant une conférence d’évêques à purger leurs territoires de l’hérésie et à restituer les biens spoliés au clergé, à la réserve de l’annulation de tous les actes de cession des Montfort. Le 25 août, le pape accepte les termes du triple serment. Mais le roi Louis, ne voulant pas renoncer à annexer le sud, envoie Guy de Montfort en ambassade auprès du pape pour le faire revenir sur ses décisions. Un concile se réunit à Bourges le 29 novembre 1225 pour traiter de la question cathare et le comte Raymond VII, n’ayant pas satisfait à toutes les exigences du pape est à nouveau excommunié le 28 janvier 1226. Le 30 janvier, le roi Louis VIII prend la croix contre les cathares. Cette expédition, qui n’a de croisade que le nom, est en fait une tentative de conquête du Languedoc. Son armée arrive à Lyon le 28 mai. Il suit le cours du Rhône et reçoit les soumissions des différentes villes provençales et languedociennes, qui envoient leur délégation bien avant que l’armée approche des villes. Le 6 juin, l’armée se présente devant Avignon, mais les habitants, craignant les exactions des soldats, lui refusent l’entrée. Le 10 juin débute le siège. Un assaut général est tenté le 8 août, mais est repoussé. Les vivres manquant, la ville capitule le 9 septembre. Thibaud IV, comte de Champagne quitte alors l’ost, ayant effectué sa quarantaine, au grand déplaisir du roi. Louis VIII reçoit la soumission du comte de Comminges, privant Raymond VII de son seul allié, et annexe les vicomtés Trencavel. Avertis de l’approche de l’armée royale, les bourgeois de Carcassonne se révoltent contre Trencavel, qui s’était établi à la cité, et le forcent à se replier sur Limoux, en compagnie de Roger Bernard de Foix. De là, les deux alliés organisent la résistance. Le roi contrôle maintenant le pays et réinstalle les compagnons de Simon de Montfort dans leurs anciens domaines. Il nomme Humbert V, sire de Beaujeu comme gouverneur des vicomtés. Il ne réussit pas à prendre Toulouse, et repart en passant par l’Auvergne. Malade en atteignant Montpensier, le 29 octobre 1226, il s’alite et y meurt le 8 novembre. Raymond VII et ses alliés profitent de l’hiver qui suit pour regagner du terrain. Humbert possède une armée réduite de cinq cents chevaliers pour le contrer, mais est investi de l’autorité royale et n’est pas assujetti, comme l’étaient Simon et Amaury de Montfort, aux directives de l’Église. L’hérésie regagne également du terrain et l’archevêque de Narbonne réunit un concile provincial qui renouvelle l’excommunication des comtes de Toulouse et de Foix et de Trencavel. Au cours de l’été, Humbert de Beaujeu reçoit des renforts et assiège Labécède, défendu par Olivier de Termes et Pons de Villeneuve. Le château est pris et les Parfaits qui s’y étaient réfugiés sont brûlés. Il prend d’autres châteaux, mais Raymond VII en occupe d’autres, si bien que l’équilibre se maintient. Au cours de l’été 1228, Humbert attaque la ville de Toulouse, mais ne pouvant prendre la ville trop bien défendue, ravage la campagne environnante, pendant trois mois sans que le comte Raymond VII n’intervienne. Au mois de novembre, Olivier de Termes et Pons de Villeneuve, deux des faydits les plus redoutables, font leur soumission. Le pape Honorius III meurt le 18 mars 1227 et son successeur, Grégoire IX connaît les problèmes de la régente Blanche de Castille face aux grands seigneurs insoumis, et sait qu’elle pourrait difficilement intervenir dans le Languedoc. Il est également en conflit avec l’empereur Frédéric II, et résoudre la question albigeoise lui permettrait de se consacrer à cette autre lutte. Il envoie son légat Romain de Saint-Ange à Paris pour négocier une paix. Finalement un accord se dessine, une conférence est réunie à Meaux en mars 1229, et le Traité de Paris est signé le 12 avril 1229. Raymond de Toulouse fait pénitence devant Notre-Dame de Paris, il est confirmé comme comte de Toulouse, mais donne Jeanne, sa fille unique, en mariage à Alphonse de France, frère du roi. Le 16 juin, Roger-Bernard II de Foix accepte de se soumettre et signe la capitulation de Saint-Jean-de-Verges. Le pape envoie en Languedoc les tribunaux de l’Inquisition pour lutter contre les Cathares. Le comte de Toulouse ne soutient que mollement la lutte contre l’hérésie. De plus, peu de Languedociens acceptent de dénoncer les hérétiques contre récompense. En 1233, le pape constate l’inefficacité de la lutte, et comprend que les évêques ne peuvent en même temps lutter contre l’hérésie, exercer leur ministère et gérer leur diocèse. Le 20 avril 1233, il institue l’Inquisition, déchargeant ainsi de cette charge le clergé séculier. Il confie cette institution aux Dominicains, qui font bientôt régner la terreur parmi les diocèses méridionaux, n’hésitant pas à brûler les cathares, favorisant les dénonciations, allant même jusqu’à déterrer les morts soupçonnés d’hérésie pour mettre leur cadavre au bûcher. Au cours de l’été 1240, les Languedociens poussés à bout se révoltent. Une armée surgit des Corbières. Son chef Raymond Trencavel, à la tête de faydits du Razès, du Carcassonnais et du Fenouillèdes, épaulé par un corps d’infanterie aragonais, tente de reprendre ses anciens domaines au roi de France. Profitant de l’effet de surprise, elle fond sur le Carcassès, mais au lieu d’attaquer directement la cité, le vicomte préfère entrer en possession du Razès. Ainsi, le sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes a le temps de renforcer ses défenses. Le siège de la cité par Raymond est un échec et il s’enferme dans Montréal. Les comtes de Toulouse et de Foix se présentent alors au camp des français et parviennent à obtenir une reddition honorable pour Trencavel, autorisé à rejoindre l’Aragon. Le comte de Toulouse est resté à l’écart du conflit, mais le roi lui reproche de ne pas avoir répondu à l’appel du sénéchal du Languedoc, et il doit faire sa soumission le 12 mars 1241. Il donne le change en assiégeant en juillet 1241 le château de Montségur qu’il ne prend pas. Pour avoir un fils, et ainsi permettre que Toulouse ne revienne pas à Alphonse de Poitiers, il répudie son épouse et en cherche une autre, mais les décès successifs de plusieurs papes retardent l’annulation de son mariage. En 1241, Alphonse de France est investi du comté de Poitiers par son frère Louis IX. La noblesse poitevine, qui reste attachée aux Plantagenêts, et particulièrement Hugues X de Lusignan, marié à Isabelle d’Angoulême, ancienne reine d’Angleterre, commence à nouer des alliances avec le roi d’Angleterre, le roi d’Aragon et le comte de Toulouse. Raymond VII épouse Marguerite de Lusignan, fille de Hugues X. Si le complot avait été bien coordonné, il aurait pu réussir, mais les imprudences de Hugues de Lusignan le découvrent prématurément, et le roi a le temps de prendre les dispositions nécessaires. Hugues se révolte plus tôt que prévu (Noël 1241), ce qui permet au roi de le vaincre avant que n’éclate la révolte en Languedoc. En Languedoc, l’Inquisition reprend ses activités avec encore plus de férocité. Plusieurs chevaliers réunis par Pierre-Roger de Mirepoix massacrent plusieurs inquisiteurs dans la ville d’Avignonet, le 28 mai 1242. L’annonce de ce massacre est le signal de la révolte languedocienne, et de nombreux seigneurs et chevaliers faydits rallient l’armée de Raymond VII. Raymond VII de Toulouse, appuyé par Trencavel, le vicomte de Narbonne Amalric et le comte de Foix, s’empare du Razès en 1242, puis du Minervois, d’Albi, avant d’entrer à Narbonne. Les Français tiennent fermement Carcassonne et Béziers. Mais le soulèvement général qu’escompte Raymond VII ne s’est pas produit : ni le duc de Bretagne, ni le comte de Provence, ni le roi d’Aragon ne répondent à son appel. Le 21 juillet 1242, Louis IX écrase la noblesse poitevine et le roi Henri III d’Angleterre à Taillebourg et marche en direction du Languedoc, à la tête d’une armée. Le comte de Foix est le premier à abandonner le comte de Toulouse pour se rallier au roi, provoquant la défection des autres alliés. Le comte de Toulouse en est réduit à traiter avec le roi de France. En janvier 1243, Raymond VII fait acte de soumission à Louis IX, imité par le comte de Foix et le vicomte de Narbonne. La résistance cathare se concentre alors sur quelques châteaux pyrénéens, dont Montségur et Quéribus. Le concile de Béziers, en 1243, décide d’en finir et ordonne la prise du château de Montségur. Hugues des Arcis, sénéchal de Carcassonne, prend le château le 16 mars 1244, après un siège de dix mois. Les Parfaits réfugiés dans le château refusent d’abjurer leur foi et 200 d’entre eux sont aussitôt brûlés (Seuls trois arriveront à s’échapper du château la nuit précédant le bûcher). Guy II de Lévis, seigneur de Mirepoix, prend ensuite possession du château. Après le bûcher de Montségur, l’église cathare est désorganisée, et de nombreux Parfaits se réfugient en Lombardie. Les derniers châteaux cathares, Quéribus et surtout Niort-de-Sault (Niort) (qui était avec tout le pays de Sault le refuge de nombreux parfaits), sont pris à leur tour en 1255. Vers 1295, un notable d’Ax-les-Thermes, se rend en Lombardie auprès des cathares, puis revient et tente de recréer une église cathare en Languedoc, mais l’Inquisition met fin à son mouvement en 1309. L’Inquisition reste encore active dans cette partie du royaume pendant environ trois quarts de siècle jusqu’à ce que le catharisme soit complètement éteint.Cette croisade a eu des répercussions autant sur le plan religieux que sur le plan politique. Sur le plan religieux d’abord, les conséquences directes sont l’élimination du catharisme en Languedoc, la création de l’Ordre des Prêcheurs (les dominicains) et la création de l’Inquisition médiévale. Le nombre total des personnes tuées par la croisade ou exécutées par l’Inquisition n’est pas connu avec certitude, mais il est important du fait des exécutions collectives. Une conséquence religieuse moins connue est la réforme du clergé local. C’est en effet la richesse (et parfois la corruption) du clergé catholique et sa dénonciation par les prélats cathares qui a incité une partie de la population à se convertir à la nouvelle religion. Une partie de la hiérarchie cléricale était également suspectée de sympathies cathares. La période allant de 1209 à 1215 a vu la déposition de plusieurs évêques et leur remplacement par des prélats venus du nord du royaume (Arnaud Amaury à Narbonne, Guy des Vaux de Cernay à Carcassonne). Certains diocèses, jugés trop étendus pour être correctement administrés, ont été divisés. Sur le plan politique, les comtés de Toulouse et de Foix et les vicomtés Trencavel étaient vassaux du roi de France en théorie, mais indépendants par rapport à ce dernier de fait, tout en subissant l’influence du royaume d’Aragon. La croisade modifie radicalement cette situation et à la fin du XIII.me siècle, seul le comté de Foix et la vicomté de Narbonne ne sont pas annexés au domaine royal. Le comté de Toulouse et les vicomtés de Béziers, de Carcassonne et d’Albi sont remplacés par trois sénéchaussées de Toulouse, de Beaucaire et de Carcassonne. Montpellier et le Gévaudan, possessions du roi d’Aragon, sont achetés par le roi de France. En définitive, c’est le royaume de France qui retire le plus de bénéfices de ce conflit dans lequel il ne voulait pas s’impliquer au départ : le Languedoc, qui jusque là était encore sous l’influence de la Catalogne et des Aragonais, rentre définitivement dans la sphère d’influence française. La croisade marque la séparation définitive entre les Languedociens, au nord, plus préoccupés désormais d’affaires françaises, et les Catalans, au sud. La croisade des Albigeois marque une modification radicale de la politique extérieure des royaumes de France et d’Aragon : Au début de XIII.me siècle, Philippe Auguste, roi de France, hésite à annexer la Rochelle, qu’il considère comme trop éloignée du pouvoir royal : en cas de siège de la ville, l’éloignement ne permet pas à l’ost royal une intervention rapide. À la fin de ce même siècle, le territoire correspondant aux actuelles régions Midi-Pyrénées et Languedoc fait partie du domaine royal. L’influence du roi de France s’exerce jusqu’aux Pyrénées et prend une dimension nationale. Au début du siècle, c’est le roi d’Aragon qui domine le Languedoc, bien que se heurtant aux comtes de Toulouse : il possède en propre les comtés de Gévaudan et de Roussillon, la vicomté de Millau et la seigneurie de Montpellier. Un cousin possède le comté de Provence, les comtes de Comminges, les vicomtes d’Albi, de Béziers, de Carcassonne et de Narbonne sont ses vassaux. À la fin du siècle, il ne lui reste plus que le Roussillon au nord des Pyrénées. Ses vassaux soit sont passés sous la suzeraineté du roi de France, soit ont eu leurs domaines annexés, Saint-Louis a racheté le Gévaudan (1258) et Montpellier et le comté de Provence est passé par mariage à Charles d’Anjou, frère de Saint-Louis. L’Aragon va alors s’étendre vers le sud (Reconquista et conquête du royaume de Valence) et la Méditerranée (Sicile, Sardaigne, Corse, …). La croisade contre les albigeois a comme ultime conséquence d’élargir le domaine personnel des rois de France jusqu’à la Méditerranée et aux Pyrénées. Pour défendre ses nouvelles frontières avec la couronne d’Aragon, Saint Louis fait dresser la plus grande ligne de forteresses jamais dressée en Europe.
Béziers et la tourmente du moyen âge : Les invasions barbares touchent de plein fouet Béziers, au centre d’une Narbonnaise très disputée : d’abord aux mains des Wisigoths au VI.me siècle, elle est bientôt conquise par les musulmans au début du VIII.me siècle, puis par les Francs qui, menés par Charles Martel la ruinent en 737. Siège d’un évêché puis bientôt, grâce à Charlemagne, d’un comté, Béziers continue à se fortifier, notamment au début du XII.me siècle, au moment de la grande guerre méridionale entre la maison d’Aragon et la maison de Toulouse, et son enceinte, englobant les bourgs de Capnau, Saint-Aphrodise et Saint-Jacques, prend sa forme définitive. En 1209, le 22 juillet, le vicomte de Béziers, Raimond-Roger Trencavel, ne peut résister aux assauts des croisés du Nord venus châtier les seigneurs soutenant les hérétiques « Albigeois » : une partie des habitants de Béziers est passée par les armes suite à un assaut non-prémédité par les chefs de la croisade puisque mené au départ par des soldats de base. (d’après une source très douteuse, le légat du pape Innocent III, l’abbé Arnault, aurait proclamé : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Voir article Arnaud Amaury.) Il exista aussi un massacre bien moins connu des habitants de Béziers en 1169 par les troupes catalanes et aragonaises du roi d’Aragon et comte de Barcelone Alphonse II, allié au vicomte de Béziers Roger II Trencavel. Le vicomte de Béziers Roger II Trencavel, pour venger l’assassinat de son père le vicomte Raimond Ier Trencavel par les habitants de Béziers en 1167 en l’Eglise de la Madeleine, s’allia avec Alphonse II, roi d’Aragon et comte de Barcelone et ils assiégèrent ensemble la ville (1168). Les Biterrois, après une fière résistance, réussirent à obtenir leur pardon sous certaines conditions. Mais l’année suivante (1169), sous prétexte de les protéger contre le comte de Toulouse, Roger II Trencavel et le roi Alphonse II firent héberger des troupes catalanes et aragonaises chez les habitants de la ville. À un moment défini à l’avance, ces soldats passèrent au fil de l’épée ou bien pendirent tous les habitants de la ville à l’exception des Juifs qui, eux, n’avaient pas été impliqués dans le meurtre du vicomte Raymond Ier Trencavel. La ville fut ensuite repeuplée par l’installation de populations originaires de la région. La cathédrale de Béziers est reconstruite, Béziers intégrée au domaine royal en 1247. La ville est alors aux mains de trois pouvoirs : l’évêché, qui connaît son apogée au XVI.me et au XVII.me siècle quand il est occupé par la famille des Bonsi, alliée aux Médicis, le consulat, créé à la fin du XII.me siècle, et enfin le roi, représenté par un viguier pour les affaires judiciaires, puis par un subdélégué de l’intendant à partir du XVII.me siècle. Béziers n’est pas inquiétée pendant la guerre de Cent Ans.
Nous détournons Narbonne, qui n’a pas subi les exactions de la croisade des albigeois Nous sommes en vue de Carcassonne, où son imposante cité rompt la monotonie de l’autoroute. Voici le passé moyenâgeux de Carcassonne :
Le catharisme atteint Carcassonne qui aura beaucoup d’adeptes dans ses murs. Les cathares étant protégés par le vicomte Raimond-Roger Trencavel, la ville devient terre d’hérésie aux yeux du pape. En conséquence, elle subira de plein fouet les feux de la croisade dirigée par Simon de Montfort. C’est ainsi qu’au mois d’août 1209, l’armée des Croisés met le siège devant Carcassonne. Les deux bourgs tombent rapidement, ils sont brûlés et détruits. L’enceinte de la Cité va résister à l’assaillant. C’est la sécheresse et la soif qui feront capituler le vicomte de Carcassonne au bout de deux semaines de siège. Il sera aussitôt jeté en prison où il mourra très vite. Dès la prise de la Cité les terres des Trencavel sont attribuées à un des Barons du nord, le célèbre Simon de Montfort. Son fils donnera ses terres au roi de France, qui les intégrera au domaine royal en 1224. Ce dernier événement est majeur dans l’histoire de Carcassonne. Après la tentative de révolte des Carcassonnais menée par le fils du vicomte Trencavel en 1240, Saint Louis chasse la population de la ville, et l’autorise à s’établir sur l’autre rive du fleuve : c’est la création d’une ville nouvelle. Une bastide est alors créée en contrebas de la Cité de Carcassonne. Carcassonne devient alors une ville bicéphale où une concurrence acharnée a lieu économiquement et socialement entre Cité et Bastide. Progressivement, la Bastide Saint-Louis va prospérer économiquement au point de surpasser la Cité qui perd au fur et à mesure tous ses pouvoirs et son rayonnement politique. La ville basse est dotée d’un consulat en 1248. Six consuls gouvernent la ville aidés par des notables. Au XIV.me siècle, la ville est le premier centre de production textile du royaume, dont la matière première utilisée est la laine. Elle provient des élevages de la Montagne Noire et des Corbières. Les productions étaient exportées vers les grands comptoirs européens comme Constantinople ou Alexandrie. En 1348, la ville est touchée par la peste comme le reste du pays et l’épidémie est récurrente jusqu’au siècle suivant. À cette même période, la guerre de Cent Ans provoque de nombreux dégâts. Le prince Noir dévasta par le feu la ville basse en 1355 en épargnant la cité de Carcassonne. Un siège aurait été trop long et l’aurait ralenti dans son entreprise de pillage. La bastide fut reconstruite (mais seulement la moitié de la bastide) et fortifiée en 1359. L’industrie du drap reprend et se développe.
Nous quittons l’autoroute, nous prenons la direction de Limoux, qui a aussi été sous le feu de la croisade des albigeois. Nous circulons dans un cadre champêtre, où se succèdent les prairies, les zones agricoles, les bosquets puis la vigne dont le raisin pressé donne la fameuse blanquette de Limoux. Ensuite nous prenons la direction de Quillan, nous traversons d’immenses forêts où se mêlent les frênes, les hêtres et d’immenses sapinières. La route est sinueuse, nous roulons entre monts et vaux, la route est bordée de fougères. Nous apercevons des champs de maïs, de tournesols. A l’approche de Chalabre nous découvrons des champs de pommiers, car le cidre est à l’honneur dans ce coin où la viticulture est reine. Nous faisons une petite halte à Chalabre pour découvrir le village, nous parcourons les ruelles, nous visitons l’église puis nous déambulons sur la place du marché avant de rejoindre l’autocar. Voici une présentation de Chalabre :
Chalabre (occitan : Eissalabra) est une commune française, située dans le département de l’Aude et la région Languedoc-Roussillon. Ses habitants sont appelés les Chalabrois. La commune compte 1091 habitants et s’étend sur 15 kilomètres carrés. Chalabre est situé dans la vallée de l’Hers-Vif, au confluent de cette rivière et de deux affluents de rive droite : le Blau, qui passe également à Puivert, et le Chalabreil, qui semble avoir donné son nom au village. Le village est fondé avant le XII.me siècle et les terres appartiennent à la maison Trencavel. Après la croisade contre les Albigeois, les terres sont léguées aux Pons de Bruyères. En 1279, le village connaît d’importantes inondations. En 1350, les remparts sont terminés et forment une fortification complète autour du village. Le centre-ville est une bastide du XIII.me siècle. Le Château de Chalabre est un château composé de trois parties (XIII.me, XV.me et XVIII.me siècles). Le calvaire de Chalabre est situé sur une colline au-dessus de Chalabre et est constitué d’une chapelle. On peut y observer un magnifique panorama sur les Pyrénées. L’église Saint-Pierre date de 1552 et on y trouve une statue en bois de Saint Éloi datant du XIV.me siècle. On peut également y voir un orgue datant de 1943, construit par Merklin & Kuhn et qui est un don de M. Canat, industriel Chalabrais. Chalabre est la capitale du Quercorb, la commune est entourée de hautes collines forestières, elle est au carrefour de trois rivières ce qui en fait un point stratégique. Chalabre fut le théâtre de terribles combats lors de la croisade des albigeois. Chalabre est un chef lieu de canton, qui vit d’une petite industrie de la chaussure et d’une activité agricole, l’activité économique de la capitale du Quercorb, ressemble plus en ce domaine à l’Ariège atlantique qu’à l’aude méditerranéenne. De vieilles maisons en encorbellement dominent la rive droite du Blot, l’hôtel de ville a été reconstruit sur son ancien emplacement entre 1725 et 1732. Une belle rampe de la même époque se situe à l’intérieur de l’hôtel de ville, le château qui ne se visite pas domine la ville, quand en 1450 la famille de Bruyère s’installe à Chalabre, on restaurera le château féodal qui dresse ses tours carrées et trapues couronnées de créneaux. Cette belle et imposante résidence, fut aggrandie et remaniée au XVIII.me siècle par Louis Henri de Bruyère, évêque de Saint-Pons. L’église ressemble à la cathédrale de Mirepoix, elle a subi plusieurs remaniements,seul le clocher a été épargné, les gargouilles tressaillantes sont courtes et bien conservées, l’intérieur est très sobre et sombre. Les spécialités de Chalabre sont la tourgnol pain d’anis au beurre, et, le cidre du Quercorb.
Nous reprenons notre circuit, nous roulons au milieu de magnifiques sapinières, on a du mal à s’imaginer qu’un tel cadre a pu engendrer temps de haine humaine pendant plus d’un siècle lors de la croisade des albigeois. La terre est d’aspect noirâtre, elle est très fertile, des châtaigniers majestueux forment une magnifique haie qui ombrage la route. Dans des prairies pentues, on distingue des troupeaux de vaches qui paissent dans de l’herbe grasse. Nous arrivons à Puivert, le groupe se divise en deux, certains vont visiter le musée de Puivert, et d’autres choisissent d’aller découvrir le château de Puivert. L’autocar nous laisse sur un parking sur la route principale, nous empruntons un petit chemin goudronné qui serpente la colline, il nous conduit au château de puivert. Une fois sur le promontoire, nous marchons sur un petit sentier caillouteux qui nous conduit au point d’informations du site. Un guide nous prend en main, nous pénétrons dans l’enceinte du château en franchissant un pont levis revisité, qui donne accès à la porte principale de l’enceinte. Nous nous installons au soleil sur des chaises pour écouter notre guide, ensuite nous nous dirigeons vers le donjon qui est le seul élément encore intact de la construction, c’est cet élément que nous allons découvrir, il nous faut marcher sur des passerelles et monter aux étages par des escaliers en colimasson, à l’intérieur la chapelle et la salle des musiciens sont des cubes qui ont des arêtes de 8 mètres. Des travaux de restauration sont entrepris au gré des dons, des financements publics et des sommes récupérées par la billetterie du site. Voici une présentation du château de Puivert :
Le château de Puivert (Puègverd en occitan) est un château dit cathare situé sur la commune de Puivert, dans le département de l’Aude. Ce bâtiment, posé sur une colline surplombant le village et son lac, culmine à une altitude de 605 mètres. Le site se trouve dans la région du Quercorb, à 60 kilomètres au Sud de Carcassonne et à 45 kilomètres à l’Est de Foix. La construction daterait du XIII.me siècle. Les premières mentions de l’édifice remontent à 1170 : il appartient alors à la famille de Congost, au moment de la croisade des Albigeois. Ces seigneurs pratiquaient le catharisme et étaient montrés comme des hérétiques. Ainsi, en novembre 1210, le château subit un siège de quelques jours par l’armée de Thomas Pons de Bruyère, lieutenant de Simon de Montfort et Puivert devient une possession française. Un effondrement du barrage naturel retenant les eaux du lac au pied du site provoque la destruction d’une partie de la ville de Mirepoix, située à 30 km au nord, dans l’Ariège, en 1279. Au début du XIV.me siècle, Thomas de Bruyère, petit-fils de Pons et sa femme, Isabelle de Melun, font reconstruire le « nouveau château », à l’est du Castèl vièlh (Vieux Château) dont les vestiges sont toujours visibles. Les armoiries d’Isabelle de Melun, fille d’un grand chambellan de France, étaient d’ailleurs toujours installées dans l’ancien édifice. La remise en forme du bâtiment lui a donné le caractère symbolique et pittoresque que l’on peut observer. Sa classification comme Monument historique date de 1907. Depuis sa vente en 1996 par la famille de Puivert, le château a servi à de nombreux tournages (La Neuvième porte, Le Peuple migrateur, La Passion Béatrice…) grâce à son donjon très bien conservé. Au quatrième étage du donjon se trouve la salle des musiciens. Elle porte ce nom car huit sculptures très fines de musiciens avec leurs instruments sont représentés sur les culs-de-lampe de la pièce. En effet, une histoire indiquerait que la ville de Puivert a accueilli au XII.me siècle une célèbre rencontre de troubadours. Les instruments visibles dans la salle sont la cornemuse, la flûte, le tambourin, le rebec, le luth, la guiterne, l’orgue portatif, le psaltérion et la vièle.le musée du Quercorb,expose les reconstitutions de l’instrumentarium, un deuxième exemplaire fut reconstituée de la cornemuse (chevrette)du château de puivert en 2010, lors de l’anniversaire de la prise du château et présentée par nicolas dedieu musicien du groupe OC et jouée au château lors du concert OC-CATHARES EPISODE 1 ce modèle est le seul au monde joué et exposé au grand public,de pâles copie ont eu lieu sur cette cornemuse, mais la rareté du travail et sa complexité, ont fait que seul le luthier qui réalisa celle du musée et celle de nicolas dedieu, ai pu réaliser cette prouesse,et reste le seul modèle au monde. Les fonctions du château sont guerrières : le guet et la défense, contrairement aux bâtiments construits à cette époque qui avaient plutôt des buts religieux. L’enceinte s’étend sur une longueur de 175 mètres. Le plan de celle-ci est rectangulaire, elle est percée d’archères et son fossé qui le séparait du plateau est pratiquement invisible de nos jours. L’entrée à l’intérieur de la cour se fait par une tour-porte carrée, située au centre de la courtine Est. Il subsiste 5 tours des 8 initiales : une ronde, lisse, à l’angle nord-est ; une ronde à bossage au milieu du front nord ; une tour au plan carré, avec une tourelle en encorbellement, sur le côté oriental, reliant les deux derniers étages ; les restes d’une tour ronde au sud-est ; le donjon (partie la mieux conservée du château) ; En plus de la porte centrale située sur le mur oriental, deux autres portails sont présents : un sur l’angle défendu par le donjon, c’est-à-dire l’angle nord-ouest ; un autre au sud du donjon qui permet d’accéder au vieux château ; La surface au sol (basse-cour) du site est très grande : 3200 m² à l’intérieur des murs ! Le donjon est la partie la mieux conservée de l’édifice, de forme carrée, il mesure 15 mètres de côté et 32 mètres de haut. Il était initialement attenant du logis seigneurial. Sur la partie ouest de la tour, on peut observer des morceaux de pans de murs perpendiculaires, ainsi que des portes, donc on en a déduit que les habitations étaient accolées à cette paroi. Le donjon est composé de : deux niveaux inférieurs : partiellement souterrains, ils se trouvent sous le donjon. Le plafond est composé de berceaux brisés ; un troisième niveau : accessible par une porte couverte en arc brisé, c’est la chapelle qui s’y trouve. La salle est décorée de colonnettes, de moulures et de blasons. Le plafond est voûté d’ogives, avec des culots sculptés. Sur les murs, on trouve une piscine liturgique, ainsi que des fenêtres trilobées. un quatrième étage : une pièce voûtée d’ogives sur culots, sculptés de figurines profanes jouant des instruments de musique. Cette pièce a ainsi été nommée : « Salle des Musiciens ». Son éclairage se fait grâce à trois fenêtres semblables à celles de la chapelle. le cinquième et dernier étage : la plate-forme défensive, à l’époque bordée par un crènelage, nous permet de découvrir une vue magnifique de la région du Quercorb.
Après un bon bol d’air de près de 2 heures, et, une magnifique vue panoramique depuis la terrasse du donjon, nous reprenons place dans l’autocar, nous rejoignons l’autre groupe qui a visité le musée du Quercorb, puis nous allons déjeuner dans un excellent restaurant qui se situe à Puivert.
Le ventre bien rempli nous prenons la direction de Quillan Lavelanet, nous circulons dans de très jolies sapinières, la route est étroite et très sinueuse, pour passer certains virages en épingle Thierry est obligé de s’y reprendre à 2 fois pour continuer notre route. Nous changeons de département et de région, nous sommes dans l’Ariège qui se trouve dans la région midi-Pyrénées. Nous traversons le village de Fontestove, nous y faisons un petit arrêt pour y admirer une chute d’eau qui sort de la falaise, l’eau tombe dans une sorte de bassin pas très profond avant de continuer son chemin, à Chalabre elle constitue une des trois rivières qui sillonnent la commune. Nous reprenons notre circuit, nous sommes entourés par la chaîne de montagnes appelée Saint-Barthélemy. Nous ravissons la montagne par une route en lacets, nous arrivons au col de Montségur, dont l’altitude est de 1057 mètres. Nous nous garons sur un immense parking, qui est le point de départ pour se rendre au château de Montségur qui culmine à 200 mètres au-dessus du parking. Comme il est déjà tard, nous découvrons le château depuis le parking, pour atteindre la forteresse il faut cheminer à travers la montagne pendant une bonne heure de marche. Voici une présentation du château de Montségur :
Le château de Montségur (Montsegur en occitan) est un château qualifié de cathare. En effet, ce château fut implanté à l’emplacement arasé de l’ancien village fortifié qui constituait, jusqu’au siège de 1244, le lieu de résistance des cathares et des faydits. Les cotes architecturales démontrent que le château actuel fut conçu sur la base de la canne anglaise qui ne fut introduite qu’ultérieurement ce qui prouve que celui-ci a été partiellement reconstruit par la famille du nouveau Seigneur des lieux, le Maréchal de la Foi Guy II de Lévis après la reddition cathare de 1244. Située sur la commune de Montségur dans le département de l’Ariège et la région Midi-Pyrénées. Le château est situé sur le point culminant de la montagne qui surplombe le village, à 1207 mètres d’altitude. Une première forteresse fut érigée au sommet de la montagne, appelée aussi pog (un Pog, est l’interprétation libre, par Napoléon Peyrat, d’une forme ariégeoise du mot occitan, pech, du latin podium, signifiant « éminence », pour désigner la montagne en forme de pain de sucre de Montségur. Cette version est désormais communément admise, mais exclusivement au bénéfice de Montségur), dont on ne sait peu de choses si ce n’est qu’elle était en ruines aux alentours de 1204, date à laquelle le village fortifié cathare fut bâti sous la direction de Raymond de Péreille. C’est le village fortifié ou castrum auquel les archéologues ont donné le nom de Montségur. Le dispositif défensif de cette forteresse était différent de celui que l’on connaît actuellement. Le castrum en lui-même comprenait la demeure fortifiée du seigneur des lieux, le castellum ou castèl en occitan (qui sera sans doute restauré par la maison de Lévis pour donner la forteresse actuelle) et le village cathare de l’époque entourés par une enceinte fortifiée. Du côté de la route actuelle, se dressaient trois murs de défense dont le premier se situait au niveau du guichet actuel pour la visite payante du château. De l’autre côté du pog, à 800 mètres environ, se trouvait une tour de guet (au Roc dit de « La Tor » la tour) surplombant une falaise de 80 mètres. L’entrée du castrum qui donne sur cette tour de guet était défendue par une barbacane. À l’intérieur de l’enceinte de la forteresse, se dressait un village dont il ne reste que quelques terrasses au nord-ouest du château actuel. Sur cesdernières, on y trouve les fondations de plusieurs habitations, des escaliers pour communiquer entre les terrasses, une citerne et un silo. Montségur abrita une communauté cathare importante. En 1215, le concile de Latran cite la forteresse comme étant un repaire d’hérétiques. En 1229, le rôle de Montségur comme abri pour l’Église cathare est réaffirmé dans le traité de Meaux-Paris. À partir de 1232, ce rôle ne cesse de se renforcer. Parallèlement, le château accueille également les chevaliers faydits qui furent dépossédés de leurs terres par le traité de 1229. Au nombre de ces derniers figure Pierre-Roger de Mirepoix, cousin de Raymond de Péreille qui sera le maître militaire de Montségur. Dans la première moitié du XIII.me siècle, la forteresse subit pas moins de quatre sièges dont un seul sera couronné de succès : Guy de Montfort, frère de Simon IV de Montfort fait une première tentative en 1212, Simon IV de Montfort dirige la deuxième en 1213, En juillet 1241, Raymond VII de Toulouse sur l’ordre de Louis IX débute un siège qu’il lève sans même donner un assaut, Le dernier est l’œuvre de Hugues des Arcis, sénéchal de Carcassonne. Ce dernier fut déclenché par le massacre de quelques inquisiteurs en 1242 à Avignonet par une soixantaine d’hommes issus de la garnison de Montségur. Le sénéchal de Carcassonne et l’archevêque de Narbonne (Pierre Amiel) furent chargés d’assiéger la forteresse, sur l’ordre de Blanche de Castille et de Louis IX. En mai 1243, les croisés, au nombre d’environ 6000 hommes, entourent Montségur. L’équilibre des forces perdure jusqu’à Noël 1243 où une poignée d’« alpinistes » parvient, suite à une escalade audacieuse effectuée de nuit, à se rendre maître de la tour de guet. À partir de ce moment, un trébuchet est acheminé et monté, qui bombarde sans relâche la position des assiégés comme en témoignent les nombreux boulets de pierre taillée retrouvés sur le site. Environ un mois plus tard, peut-être suite à une trahison locale, la barbacane tombe aux mains des assaillants. Un dernier assaut lancé en février sera repoussé mais laissera les assiégés très affaiblis. Le 1er mars 1244, Pierre-Roger de Mirepoix se voit contraint de négocier la reddition de la place forte. Les termes en sont les suivants : la vie des soldats et des laïcs sera épargnée, les parfaits qui renient leur foi seront sauvés, une trêve de 15 jours est accordée pour les cathares qui veulent se préparer et recevoir les derniers sacrements. Le 16 mars, la forteresse s’ouvre à nouveau. Tous les cathares qui refusèrent de renier leur foi périrent sur le bûcher qui fut dressé pour un peu plus de 200 suppliciés dont la femme, la fille et la belle-mère de Raymond de Péreille : après avoir distribué tout ce qu’ils possédaient à ceux qui les avaient défendus durant dix mois, les parfaits de Montségur furent enfermés dans un enclos préparé au pied de la montagne puis les croisés mirent le feu aux fagots qui y étaient entassés. En tout, deux cent vingt hommes et femmes périrent dans le brasier. Parmi eux se sacrifièrent des soldats de la garnison qui n’avaient pas voulu les abandonner. Pour certains, le bûcher aurait été monté à 200 m du castrum dans le « Prat dels Cremats » (le champ des brûlés) où une stèle fut par la suite érigée par la contemporaine Société du souvenir et des études cathares. Sur la stèle figure l’inscription : « Als catars, als martirs del pur amor crestian. 16 de març 1244″. Pour d’autres, il semblerait que le lieu réel du bûcher soit sur la colline au-dessus du parking à droite du col en se rendant sur Montferrier. D’après Yves Dossat, le bûcher fut érigé à Bram, dans le canton de Fanjeaux. Après la prise du château en 1244, la possession du pog revient à Guy II de Lévis, Maréchal de la Foi, seigneur officiel de Mirepoix depuis le traité de 1229. Les restes du village cathare furent rasés ainsi que l’enceinte fortifiée extérieure. Le castellum fut restauré et réaménagé pour y poster une garnison d’une trentaine d’hommes qui resta présente jusqu’au Traité des Pyrénées au XVII.me siècle. Certains documents mentionnent le château comme étant « défensable » en 1510. Puis, au fil des décennies, le château finit par être abandonné. Le château fut classé monument historique en 1875 et le puòg sur lequel il est situé rejoint ce classement en 1883. Depuis, le site n’a cessé d’enflammer les imaginations à un tel point que beaucoup n’ont pas hésité à fouiller le puòg à titre personnel pour les raisons que nous verrons plus bas. Paradoxalement, la campagne de restauration du château débutée en 1947 freina ces dégradations et effaça dans le même temps certains indices archéologiques. Cette restauration motiva une prospection spéléologique de la montagne, menée par la Société spéléologique de l’Ariège. Cette dernière aboutit, en 1964 à l’exhumation d’une sépulture dans l’avenc du trébuchet. En 1968, le GRAME (Groupe de Recherche Archéologique de Montségur et Environs) est fondé. Ce dernier a déjà conduit plusieurs campagnes de fouilles sur le site. On doit à l’ariégeois Napoléon Peyrat, vers 1870, la redécouverte enthousiaste de Montségur ; et à sa plume inspirée, l’atmosphère romantique qui depuis lors habite le lieu. Au point qu’il est encore difficile aujourd’hui à un certain public d’admettre que le temple de Paraclet n’est qu’un petit château français du XIV.me siècle. En outre, une légende voudrait que Montségur ait été le lieu de refuge des derniers Templiers, après avoir été excommuniés par le Pape Clément V. Chaque année, au solstice d’hiver, le premier rayon de soleil à l’horizon traverse le château dans sa longueur et, au solstice d’été, il traverse les quatre archères du donjon au nord-ouest avec une précision millimétrique. Un phénomène comparable est visible à Quéribus. Certaines personnes y voient un lien entre le culte solaire, d’origine manichéenne, et la religion des cathares. Montségur est supposé avoir abrité le riche trésor de l’église cathare. De ce supposé trésor nous ne savons que peu de choses. Deux faits alimentent les suppositions autour de ce trésor. Le premier, est la fuite à cheval du parfait Mathieu et du diacre Bonnet aux environs de Noël 1243 emportant avec eux « de l’or et de l’argent et une infime quantité de monnaie ». On pense que ce trésor est parvenu en Italie à Crémone, lieu d’Italie où une autre communauté cathare importante a vécu. Cette supposition est renforcée par les correspondances épistolaires avérées entre les deux communautés. Un deuxième trésor aurait été sauvé durant la trêve de mars 1244 puisqu’il est fait état de quatre individus s’enfuyant de Montségur avec un chargement. Les historiens conjecturent que ce trésor réunissait les nombreux textes hérétiques conservés par les Parfaits dans la forteresse. Montségur a été considéré comme étant le château du Graal. Le Graal aurait été une des pièces du trésor de l’église cathare : la coupe dans laquelle Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ sur le mont Golgotha ou bien l’émeraude tombée de la couronne de Lucifer lors de la chute des Anges. L’Allemand Otto Rahn a été l’artisan zélé de ce mythe que lui avait inspiré un érudit d’Ussat-les-Bains, Antonin Gadal. Otto Rahn avait étudié l’histoire des cathares et était passionné par ce Languedoc riche en « légendes ». En 1932, il s’était installé dans la petite station thermale d’Ussat-les-Bains à l’hôtel Les Marronniers dont il avait pris la gérance. Grâce aux théories poétiques d’Antonin Gadal, il écrivit la « Croisade contre le Graal » qui participa activement, après le premier essai sur Montségur de Napoléon Peyrat, au regain d’intérêt pour l’Occitanie.
Après une découverte visuelle du château de Montségur, nous avons pris la route du retour sur Montpellier. Lors de la descente du col de Montségur, nous avons aperçu des troupeaux de brebis encadrés par des bergers.
C’est à 20 heures que nous atteignons Montpellier, cette journée ensoleillée, m’a permis d’appréhender et de mieux comprendre l’épisode cathare qui a mis à sang le Languedoc tout au long du XIII.me siècle. Je tiens à remercier le propriétaire du château de Puivert, madame Granel et Paule-Marie qui m’ont donné beaucoup de grains à moudre pour rédiger ce compte rendu.
Comme convenu voici une présentation du catharisme :
On appelle « Cathares » (du grec καθαρός / katharós, « pur ») les adeptes d’un mouvement chrétien médiéval. Le nom a été donné par les ennemis de ce mouvement, jugé hérétique par l’Église catholique et adopté tardivement par les historiens. D’autres sources rappellent que ce nom, proposé pour la première fois par le moine Eckbert de Schönau (en Rhénanie), serait un jeu de mot associant ces hérétiques avec des adorateurs du diable (catus), représenté sous la forme d’un chat blanc ailé. Enfin, Michel Roquebert, propose dans son ouvrage, l’hypothèse d’une erreur de Alain de Lille qui aurait confondu le terme catharos (pur) et kataroos (écoulement) qui a donné en français le mot catarrhe, pris dans le sens d’un « suintement de la doctrine hérétique ». « Communauté à deux niveaux », les adeptes de ce mouvement se nommaient eux-mêmes « Bons Hommes », « Bonnes Dames » ou « Bons Chrétiens », mais étaient appelés « Parfaits » par l’Inquisition, qui désignait ainsi les « parfaits hérétiques », c’est-à-dire ceux qui avaient reçu le « consolament », c’est-à-dire l’imposition des mains et faisaient la prédication, par opposition aux simples « fidèles » hérétiques. Principalement concentré en Occitanie, dans les comtés de Toulouse et de Béziers-Albi-Carcassonne le catharisme subit une violente répression armée à partir de 1208 lors de la croisade contre les Albigeois puis, condamné au IVe concile de Latran en 1215, durant un siècle, la répression judiciaire de l’Inquisition. L’origine du terme semble remonter au grec catharoi, terme qui, chez Saint-Augustin, désigne une secte manichéenne africaine dont les adeptes se seraient prétendus « purs ». Eckbert de Schönau, moine rhénan, utilise le mot dans un de ses sermons en 1163 pour désigner les hérétiques de Germanie. Vers 1200, on retrouve le mot dans un ouvrage « De haeresi catharorum in Lombardia » puis dans « Adversus catharos », de Monéta de Crémone vers 1241 et enfin « Summa de catharis » de Rainier Sacconi, quelques années plus tard. Alain de Lille, dans « De catholica », écrit vers 1200, propose trois étymologies. La première rattache le mot à « casti », chaste, juste. Michel Roquebert juge cette hypothèse irrecevable. La deuxième est grecque, « cathar », qui signifierait que des cathares suinte le vice. En fait Alain de Lille confond « cathar »,pur, et « katarroos », écoulement, mais au delà de l’erreur de grec le sens reste plausible. Enfin la troisième origine serait latine, de catus, le chat »car, à ce qu’on dit, ils baisent le derrière d’un chat » alors que dans le Nord de la France le chat noir est la personnification du Diable. Lorsque l’Eglise n’utilise pas le terme « hérétique » elle emploie parfois le mot cathare, infamant. Quoiqu’il en soit, le terme n’est jamais utilisé par les hérétiques eux-mêmes. C’est apparemment Charles Schmidt qui relance l’expression en 1848 avec son « Histoire ou doctrine de la secte des cathares ou albigeois ». Le terme cathare manque donc d’historicité et de neutralité, mais c’est celui qui s’est imposé. On a longtemps hésité sur les liens entre le catharisme et le bogomilisme. Ces deux doctrines furent considérées alors comme proches du manichéisme, car le clergé romain disposait d’ouvrages de réfutation, notamment ceux d’Augustin, ancien manichéen lui-même. Le bogomilisme subsistera en Bosnie, où il aurait été la religion officielle jusqu’à la conquête turque, à la fin du XV.me siècle. La thèse de filiation directe est aujourd’hui contestée, même si les historiens admettent l’existence d’échanges et de convergences des doctrines. Le dernier colloque de Mazamet (2009) vient de confirmer les liens entre cathares et bogomiles, ainsi que les origines doctrinales des deux, qui remontent aux premiers siècles du christianisme (Paul, Marcion, Valentin). Même si le développement du catharisme semble appuyer l’idée d’une expansion depuis l’Europe centrale, il n’est pas prouvé à ce jour qu’il s’agisse bien de la réalité. Des communautés hérétiques sont apparues en Europe occidentale vers l’an Mil, sous différents noms selon les régions : manichéens, origénistes, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins, albigeois, en Allemagne, en Flandre, en Champagne, en Bourgogne. Le fait que les relevés doctrinaux soient conformes à la base de la doctrine cathare (au sens large du terme) permet de relier ces différentes émergences, même si la répression les a fait disparaître de ces régions. La présence de l’évêque de France à Saint Félix Caraman, cité dans la Charte de Ninquinta (aujourd’hui largement authentifiée), prouve les liens entre ces communautés du nord et celles d’Occitanie. Les réactions des autorités civiles ou ecclésiastiques et des populations expliquent cette géographie du catharisme et sa persistance dans le Midi. Selon Michel Roquebert, cette tolérance religieuse est peut être due à une longue cohabitation avec d’autres confessions : arianisme de la période wisigothe, proximité de l’Espagne islamique, présence de nombreux juifs. Pour ce qui est de l’Italie du Nord, l’implantation du catharisme, très différent de celui qui se développa en France, profite du conflit entre le pape et l’empereur. C’est dans ces régions que les Bons Hommes se sont organisés en communautés d’hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. Ces communautés étaient constituées de plusieurs «maisons». On y aurait souvent pratiqué des métiers liés à l’artisanat local, et fréquemment le tissage, en référence aux premières communautés chrétiennes. Plusieurs communautés constituaient une Église, ou diocèse cathare, à la tête duquel se trouvaient des évêques. la croix du Languedoc, croix « évidée et pommetée », fut un symbole de raliement cathare, puisqu’elle fut la croix des armoiries des comtes de Saint-Gilles, devenues celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc, avant la croisade catholique et l’Inquisition visant à exterminer les cathares. Au milieu du XII.me siècle (1167), les Églises cathares étaient au nombre de huit cents en France. Au XIII.me siècle, en 1226, un nouvel évêché fut créé, celui du Razès, dans la région de Limoux. Ces Églises étaient indépendantes. Elles ne reconnaissent pas d’autorité supérieure à celle des citoyens, comme celle du pape pour l’Église romaine. Les maisons de «parfaits» étaient réunies sous l’autorité d’un diacre, et chacune était dirigée par un ancien ou une prieure. L’évêque était lui-même assisté par un «fils majeur» et un «fils mineur», qui étaient choisis parmi les diacres, et qui prenaient sa succession, le fils mineur remplaçant le fils majeur, qui devenait évêque, à sa mort ; cela se produisit fréquemment lorsque la persécution commença. Les femmes pouvaient obtenir le consolament, et accéder ainsi à la vie de parfait. Même si elles n’étaient pas habituellement chargées de la prédication, comme les hommes, quelques exemples montrent qu’elles pouvaient assurer toutes les missions dévolues aux bons hommes : prédication, notamment aux femmes, ou en association avec un homme, participation aux disputes (Esclarmonde) et consolament, notamment pendant la répression inquisitoriale. Par contre, nous n’avons pas trace de bonne femme diacre ou évêque. Par cette organisation, les Cathares ont voulu reproduire fidèlement celle de l’Église primitive, telle qu’elle est décrite dans le Nouveau Testament, dans les épîtres de Saint-Paul, et dans les Actes des apôtres, principalement. Le catharisme ne s’appuie pas sur une théologie puisqu’il considère que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. Cette doctrine est le fruit d’un travail de recherche scripturaire, prenant en compte le Nouveau Testament, notamment l’Évangile selon saint Jean et celui selon saint Luc, dont au moins la moitié est aujourd’hui considérée comme le reliquat de l’Évangélion de Marcion de Sinope, lui-même écrit selon la prédication de Paul de Tarse. C’est une interprétation très différente des évangiles de celle qu’en fait l’Église catholique. Les cathares s’appuient aussi sur de nombreux écrits (Paul, Marcion, Livre des deux principes, rituels, etc.) et s’inspirent de courants de pensée plus anciens (paulinisme, gnosticisme), tout en gardant, sur bien des points, de notables distances avec ces philosophies ou religions, auxquelles le catharisme ne peut être assimilé d’un bloc. En effet, les cathares n’ont jamais parlé de Mani, de Sophia ou des Éons, et se différencient réellement des écrits de Paul et de Marcion, représentant une évolution doctrinale, de celle de ces deux pères de l’église. Les cathares recherchent le sens originel du message du Christ. Leur foi se base sur les principes suivants : Dieu, appelé le principe Bon, existe de toute éternité et n’aura pas de fin. Il est parfait et son œuvre est parfaite, inaltérable et éternelle. Il est omniscient et tout puissant dans le Bien. Dieu est le créateur de ce qui est, et ce qu’il n’a pas créé n’est rien (nihil traduit par «néant») ; Les esprits, appelés anges par simplification, sont de nature divine ; Dans le Néant est le principe Mauvais, ou principe du Mal. Dieu, qui n’a pas de mal en Lui, ne peut connaître ce principe Mauvais, mais celui-ci, ambitionnant d’imiter Dieu, est parvenu à détourner une partie des esprits de la création divine ; Le principe Mauvais a attiré les esprits par force (catharisme absolu ou dyarchien), ou par tentation (catharisme mitigé ou monarchien), car il n’a d’existence que pour autant qu’il puisse se mêler à la création divine (le Bien. Cette vision de la constitution de l’univers visible constitue le mythe de la chute du tiers des anges ou, selon les interprétations, de la troisième partie de leur composition : être, âme, et corps subtil. Introduits dans des corps charnels fabriqués par Lucifer, ces êtres sont différents de l’âme qui est de création maléfique, et qui assure la survie du corps charnel ; Cette création, issue d’un créateur imparfait et non éternel, est imparfaite et corruptible. Elle a eu un commencement et elle aura une fin. Cette fin surviendra quand le Mal s’étendra sur la création et que les esprits auront réussi à s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Alors, le Mal ayant perdu les avantages du mélange, redeviendra Néant. Le Mal est donc vainqueur dans le temps mais, son accomplissement constitue sa perte. Il est donc vaincu dans l’éternité. Les deux principes ne sont donc pas de même nature et de même puissance. Il ne s’agit donc pas d’un dualisme manichéen, ni d’un dithéisme, mais d’un dualisme comparable à celui de l’église de Rome, sauf qu’au lieu d’être eschatologique, centré sur la fin des temps et la division du monde entre paradis et enfer, il est originel, centré sur la bonne création, qui seule subsistera à la fin des temps. Le Christ, fils de Dieu, et envoyé par Lui, est venu pour leur révéler leur origine céleste et pour leur montrer le moyen de retourner aux cieux. Ainsi, le Christ est uniquement l’envoyé du Père (aggelos : ange, messager) venu apporter le message du salut aux hommes. Il ne s’est pas soumis au Mal par l’incarnation, et est demeuré un pur esprit (docétisme). Marie ne l’a jamais enfanté. Les cathares du Moyen Âge sont en accord sur l’essentiel de leurs croyances, et les légères variantes observées (absolus ou dyarchiques, et mitigés ou monarchiques) n’avaient pas de répercussion. L’esprit était transmis, soit par les générations depuis le premier homme (traducianisme), soit par transmigration dans un nouveau-né après la mort (réincarnation, origénisme). Les cathares reconnaissaient un ou deux principes, selon qu’ils étaient «monarchiens», ou «dyarchiens», «mitigés» ou «absolus». Les cathares absolus pensaient que le principe du Mal ne pouvait trouver son origine dans le principe du Bien. Autrement dit, représentant le Bien absolu, Dieu ne pouvait avoir créé un ange corruptible (Lucifer). Pour les dualistes absolus, les deux principes, le Bien et le Mal, coexistent depuis la création divine, puisque c’est hors de cette création qu’ils se trouvent. Le Dieu de l’Ancien Testament est en fait l’envoyé du Mal, comme le disait déjà le marcionisme (sources en Asie Mineure). C’est uniquement par le Saint-Esprit que l’esprit peut être libéré du monde physique, et c’est par le baptême, par imposition des mains, reçu par les apôtres et transmis par eux, que l’esprit pourra accéder au Salut. Toutefois, le baptême ne pouvait être administré à un jeune enfant de moins de 13 ou 14 ans, jugé inapte à discerner l’importance de cet acte (anabaptisme). Celui-ci devait être effectivement administré à une personne, en connaissance de cause, et sur la base de sa conviction. Il est à noter le respect inconditionnel de la vie qu’avaient et que prêchaient les Bons Chrétiens, comme ils se nommaient. Tout ce qui avait place dans le monde matériel méritait, pour eux, considération. Le mépris du corps et la volonté de purification expliquent qu’ils observaient un régime alimentaire très strict, parfois confondu avec un suicide par grève de la faim (endura) par ceux qui ne connaissaient pas la doctrine cathare. Les relations sexuelles, que ce soit dans le mariage ou en dehors, relevaient de la même impureté, et devaient être évités pour les Parfaits. Ils avaient à cœur de mener leurs contemporains sur la voie du salut afin d’écourter, un tant soit peu, le cycle des passages en ce bas monde. Les cathares, se considérant alors comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils s’appuient principalement sur les enseignements du Nouveau Testament, leur unique prière étant le Notre Père. Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l’Église catholique romaine tout au long du Haut Moyen Âge, n’ont aucune valeur : le sacrement du baptême d’eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés (incapables selon eux de comprendre l’engagement qu’est le baptême pour celui qui le reçoit) ; la médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts) ; le sacrement de l’Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison ». le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse. De même que dans certains courants de l’Église chrétienne primitive, l’idéal cathare est basé sur une vie ascétique, alors que le sacrement du mariage aurait été créé tardivement afin de permettre aux fidèles d’être chrétiens dans le mariage, leur donnant la possibilité d’accéder au salut sans suivre la voie monastique. Ils n’attachent pas d’importance aux églises bâties qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte car la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles. Leur seul sacrement est le baptême, ou consolament. Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin consolamentum) ou « baptême d’esprit et du feu » par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ, est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l’homme : l’esprit. Il est le point de départ d’un choix de vie en accord avec la doctrine (justice et vérité), permettant à la nature divine de l’impétrant de se détacher partiellement de la nature mondaine et d’accéder au salut. Le consolament officialise donc le choix du novice ou du mourant à mener une vie chrétienne. Il n’est que la reconnaissance d’un état et non un apport d’une qualité extérieure. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d’ordination et de viatique (extrême-onction), alors appelé « consolament des mourants ». Le consolament est conféré par un membre de la hiérarchie et engage celui qui le reçoit dans une vie religieuse qui, comme toute ordination, suppose la prononciation de vœux et le respect d’une Règle : pratique de l’ascèse, engagement à ne pas manger de la viande, la pratique de la morale évangélique : interdiction de jurer, de mentir, de tuer. Il fait d’un croyant cathare un Bon Homme ou une Bonne Dame, membre du clergé, prédicateur, capable d’apporter lui-même le consolament aux mourants. Il était donc aussi administré aux mourants qui en faisaient la demande, c’est-à-dire aux simples croyants qui n’avaient pas franchi le pas de l’ordination durant leur vie, mais souhaitaient rencontrer le Saint-Esprit, leur donnant une chance d’accéder au salut, avant de mourir. Les prières des parfaits après la mort du consolé pouvaient durer encore quatre jours, et si le mourant survivait, il devait alors embrasser la vie de parfait avec les contraintes associées. Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu’ils vont instruire directement, via des traductions en langue vernaculaire, contrairement au clergé catholique qui refuse tout contact direct du peuple avec les textes sacrés. Cela leur rapportera également, tout simplement, l’argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l’existence d’une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite. Les cathares vivaient dans des « maisons de parfaits », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d’atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination. Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n’étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant. Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et mourait. Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l’enseignement. Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Afin de ne pas procréer, c’est-à-dire créer un nouveau corps – d’essence mauvaise – ils étaient astreints à la chasteté et refusaient la procréation, ils devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l’accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l’Inquisition. En réalité, cette façon de vivre toujours au moins à deux tenait à la conviction que l’esprit seul ne peut éviter de se fourvoyer alors qu’avec – au moins- un compagnon ou une compagne, les errements sont plus faciles à combattre. Ils ne devaient pas mentir, s’abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l’édification des chrétiens, bien que le catharisme touchât essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s’appliquait également aux animaux. L’interdiction de mentir, ainsi que l’interdiction de jurer, fut largement utilisée par les inquisiteurs pour identifier et pourchasser les bons chrétiens. Ils devaient s’abstenir de toute consommation de produits de la fornication. En cela ils s’interdisaient toutes viandes ainsi que le lait et les produits dérivés. Le jeûne était de pratique courante mais, le jeûne le plus strict prévoyait du pain et de l’eau. L’endura, qui conduisit des « bons hommes » à la mort, est un jeûne suivant le consolament et qui a pu conduire certains « bons chrétiens » à la mort pendant l’inquisition en raison de situation particulières (mourants ou blessés consolés in extremis). Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l’ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique. Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués. « Dès la fin du XII.me siècle dans le Midi de la France, « manger de la viande » et se convertir au catholicisme sont synonymes. » René Nelli, la vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIII.me siècle. L’ingestion volontaire de la nourriture carnée avait les mêmes effets que la rupture délibérée avec l’Eglise cathare. Pour les cathares, l’abstinence n’est pas privation, comme pour le catholique : « le jeûne que vous faites vaut autant que le jeûne du loup », disait le cathare Bélibaste, (dernier « Parfait », assassiné brûlé vif), à propos du carême catholique. Cela dit, il n’y a pas de recherche de l’ascèse pour elle-même. Les Parfaits, qui ont l’obligation de travailler et même d’exercer un travail manuel, apprécient ce à quoi ils ont droit de manger et de boire, et aiment que ce soit bon. La prohibition du meurtre est commune à toutes les familles chrétiennes. Le catharisme, là encore, ne se distingue que par la valeur absolue qu’il lui donne, et par le fait qu’il l’étend aux animaux susceptibles d’avoir reçu une âme céleste. On retrouve, à l’autre extrémité de la période cathare, des indications explicites : Deux femmes de Montaillou (Ariège), vers 1300, discutent religion : « ma commère, ce serait un grand péché de tuer cette poule ! Est-ce un si grand péché de tuer une poule qu’on le dit ? Oui, car dans notre religion, les âmes humaines, quand elles sont sorties des corps des hommes et des femmes, se mettent ou s’introduisent dans des poules. » Le refus de tuer la volaille est un topique de la littérature miédiévale : un inquisiteur dénonce à l’empereur les cathares amenés à Goslar par le duc de Lorraine vers 1053, un autre inquisiteur fait brûler un toulousain qui lui avait répondu qu’il ne voyait pas quelle faute avait commise ce coq, pour qu’il dût le tuer (vers le milieu du XIII.me siècle) ; le même fait brûler deux dames de Foix, en fuite, et que leur déguisement de mauresque n’avait pas mise hors de la suspicion de leur aubergiste toulousaine, qui renseignait l’Inquisition : en effet, prétextant qu’elle s’en allait faire le marché, l’aubergiste leur demanda de tuer et de déplumer les poules pendant son absence, afin de l’avancer dans son travail ; comme lorsqu’elle fut revenue les poules étaient toujours vivantes : l’aubergiste ne dit pas un mot, appâtée par la prime promise aux délateurs ; elle sortit et revint avec deux sergents de l’Inquisition, qu’elle avait déjà alertés; il n’y a pas lieu de chercher des motifs mystérieux à cette épreuve, qui remplaçait avantageusement les ordalies en usage si longtemps contre les hérétiques dans le nord de la France. Les poulets ne sont pas seuls en cause. Les cathares fréquentaient les paysans, et essayaient de modifier leur mentalité. Ils leur recommandaient, par exemple, de traiter les animaux avec douceurs. Les femmes se montraient sans doute plus sensibles que leurs maris : « Guillemette, voyant un Croyant cathare faisant fonction de Parfait battre méchamment son ânesse, ne contient pas son indignation : « ça se dit receveur d’âmes, et ça martyrise les animaux ! » » La sensibilité cathare à ce sujet pouvant prendre les formes les plus désespérées : « Un hérétique que l’on mène en prison, à travers les rues de Limoux, se met à pleurer en voyant les bouchers tuer des veaux, près de l’abattoir de la ville. Il pleurait sur le sort de tous ces gens qui pêchaient mortellement et se perdaient en mettant à mort une bête. » Si les Parfaits tombaient par hasard sur un animal pris au piège, ils avaient le devoir de le délivrer, mais, de ce fait, ils causaient un dommage au chasseur… Alors, bien que le Rituel ne leur en fît pas obligation, ils faisaient partir le lièvre et laissaient à sa place une pièce de monnaie. Le « végétarisme cathare » était donc un refus de commettre la violence à l’égard d’une créature « ayant du sang », principe, pour eux, des « vrais chrétiens » : « Si un criminel dangereux les attaquait, ils pouvaient se défendre ; tuer la vipère ou le loup. Encore qu’à l’époque du Catharisme triomphant, un Parfait ne l’eût sans doute point fait, car il était aussi grave de tuer une bête « ayant du sang » que de tuer un homme. » Les Inquisiteurs exigeaient des sympathisants hérétiques – seulement en tant que premiers repentants (en cas de récidive, il y avait condamnation au bûcher) qu’une croix latine jaune soit cousue sur leurs vêtements, l’une sur le dos l’autre sur la poitrine, signe d’infamie. Ils restaient sous la surveillance active des recteurs qui chaque dimanche les frappaient de verges Illustration de la dispute entre saint Dominique et des Albigeois, où les livres des deux parties furent jetés au feu, et où ceux de saint Dominique furent miraculeusement préservés des flammes. Peinture par Pedro Berruguete. Leur obstination, leur anticléricalisme intransigeant, leur opposition à la hiérarchie catholique, à laquelle ils reprochent sa richesse ostentatoire et ses abus de pouvoir, valent aux cathares de s’attirer les foudres de l’Église romaine, d’autant plus que leur mépris pour le corps et leur conception nihiliste de l’existence étaient perçus comme éminemment dangereux. Ils sont condamnés comme hérétiques. Ainsi que beaucoup d’autres mouvements dissidents ou contestataires, les cathares deviennent l’objet d’une lutte permanente. L’Église romaine tente d’en « purifier » la chrétienté occidentale en excluant systématiquement tout individu ou groupe mettant en péril le projet de société chrétienne qu’elle construit depuis le début du Xe siècle. Un critère qui sera souvent utilisé est leur refus du mariage, qui permettra de les nommer orgiaques et impies. Une prière des confréries corses porte toujours une mention de cette réputation de « satanales », lorsqu’elle dit, « chandeliers triangulaires aux cierges éteints », écho des vices qui se pratiquaient prétendument dans les églises, une fois les cierges soufflés, et qui renvoie à toutes les peurs de la sorcellerie, des messes noires, etc. Mais la cause principale est politique : les nobles occitans étaient rebelles à l’autorité française et romaine, plus riches et appréciés des cours européennes, les nobles occitans se permettaient bien trop de liberté au gout du pouvoir français et romain. Il fallait les écraser et, accessoirement, voler leurs richesses. Ce fut fait. Plus de 1500000 d’occitans furent passés par les armes, les villes occitanes furent entièrement vidées de leurs habitants et ceux-ci tous occis, les grandes villes comme les plus modestes telle que Marmande. L’Église catholique confie aux cisterciens, au XII.me siècle, puis, avec plus de succès, au XIII.me siècle, aux ordres mendiants (aux franciscains et au nouvel ordre des dominicains, ayant reçu leur constitution en 1216) le soin de combattre ce danger de l’hérésie. Les cathares sont difficiles à convaincre. La prédication ou le débat doctrinal instaurés à cette fin dans le Midi de la France par l’Église tourne court pour le moment, malgré la prédication de Saint Dominique, qui fut par la suite mise en valeur par l’Église. : prétexte expier l’assassinat du légat du pape Face à cet échec de faire disparaître cette hérésie, le pape Innocent III lance en 1208 contre les « Albigeois », ou cathares, la première croisade qui se déroulera sur le territoire de la chrétienté occidentale. Avec la Croisade contre les Albigeois, il s’agit pour l’Église de mater une hérésie, mais aussi en partie, pour le pouvoir central de la royauté française, de soumettre les seigneurs du Sud, ses vassaux trop indépendants. Néanmoins Philippe Auguste, le roi de France, ne voudra jamais participer personnellement à cette croisade, mais il laissera ses vassaux libres de toutes actions. La guerre durera vingt ans (1209-1229). Il faut savoir que les domaines que tenait le comte de Toulouse étaient d’une richesse enviable. Simon de Montfort, un seigneur ambitieux, prit la tête des troupes levées par le pape et réussit à mettre à son nom tous les titres et possessions du comte de Toulouse, Raymond VI, comme le lui permettait la croisade. La lutte armée pour pacifier le Languedoc se poursuivit dans le Midi tout au long du XIII.me siècle. Elle est relayée sur un plan spirituel par l’institution de l’Inquisition, créée en 1231 pour traquer la « dépravation hérétique », et convaincre les cathares de revenir vers la foi chrétienne. Ajouter ici le sort de la première croisade, la reprise du pouvoir par le comte de Toulouse, la remise des titres de propriété au roi de France par le successeur de Guillaume de Monfort, la deuxième croisade à laquelle participe le roi de France, et l’annexion des territoires du Sud-Ouest à la couronne de France. La tâche de l’Inquisition fut facilitée par le refus du serment que pratiquaient les cathares. Ainsi, lorsqu’un inquisiteur interrogeait un parfait, les plus convaincus étaient faciles à détecter. Les inquisiteurs (surtout les Dominicains) notaient soigneusement tous les interrogatoires et ainsi tous les Bons Hommes furent l’un après l’autre arrêté suite, souvent, aux révélations de leurs pairs. De plus, un cathare ne pouvait être sacré que par un parfait et les mourants ne pouvaient recevoir l’Absolution (consolamentum des mourants) que des mains d’un parfait. Que ce soit une tactique déterminée ou pas, l’Inquisition, en faisant disparaître le clergé cathare, fit disparaître le culte avec lui, ce qui était le but recherché. Le sac de Béziers La ville de Béziers abritait des cathares ; elle était tenue par les Trencavel, vassaux des comtes de Toulouse – excommuniés par le pape en raison de leur trop grande tolérance envers les Cathares. La mémoire Biterroise conserve une place particulière à une date pendant cette période : le 22 juillet 1209. Ce jour-là, la Croisade des Albigeois, contre les Cathares, se traduisit par le sac, l’incendie de Béziers et le massacre d’une partie de sa population (20000 personnes) (chiffre considérablement exagéré car la population totale de Beziers ne dépassait pas à cette époque 8000 habitants) (cathares comme chrétiens, ici il n’est plus question de lutte religieuse mais de combattre les hommes de seigneurs excommuniés et rebelles) en l’église de La Madeleine. On l’a baptisé « Lo gran mazel » (« la grande boucherie ») Le moine allemand Césaire de Heisterbach (dont Régine Pernoud précise qu’il est un auteur « peu soucieux d’authenticité ») relate dans son Livre des Miracles qu’il écrit dix ans après les faits, qu’Arnaud Amaury, le légat du pape, à qui on demandait comment différencier les cathares des bons catholiques de Béziers pour les épargner, déclara « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les Siens. » Cette déclaration ne se trouve dans aucun document historique, elle n’a vraisemblablement jamais été prononcée mais est employée fréquemment depuis le film de télévision sur les cathares « La caméra explore le temps ». Les travaux inquisitoriaux de l’Evêque de Pamiers, Jacques Fournier, auront bientôt eu raison du « Dernier Parfait », Guilhem Bélibaste. Ce dernier, après avoir commis un meurtre (1305), fut contraint à l’exil, puis, après une pénible initiation, fut ordonné parfait. Pour fuir l’inquisition, qui se faisait de plus en plus présente, il alla se réfugier en Catalogne, puis à Morella, en haut pays valencien (1309), d’où il allait régulièrement prêcher et visiter la « diaspora » des hérétiques en exil installés dans toute cette région. En 1321, Arnaut Sicre le convainc de l’accompagner chez sa tante, dans le comté pyrénéen du Pallars, à la lisière du comté de Foix. Cela s’avéra être un piège imaginé par Fournier, dont Sicre exécuta la manœuvre par cupidité et pour venger la mort de sa mère victime elle-même du bûcher. Emprisonné et jugé à Carcassonne, l’inquisiteur Jean de Beaune le condamna au bûcher. C’est à Villerouge en Termenès que le « dernier Bon Homme » acheva son ultime voyage par le feu (1322). Les quelques derniers hérétiques furent emprisonnés, jusqu’à ce qu’à partir de 1329, on n’entendit plus parler de « Bons Hommes » ni de « Bonnes Femmes » en pays occitan.

Michel Michelland

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